La condamnation de Berlusconi ajoute à l'incertitude politique

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LA CONDAMNATION DE BERLUSCONI AJOUTE À L'INCERTITUDE POLITIQUE
LA CONDAMNATION DE BERLUSCONI AJOUTE À L'INCERTITUDE POLITIQUE

par Roberto Landucci

ROME (Reuters) - A peine sortie d'une période d'incertitude provoquée par des élections générales sans vainqueur, la vie politique italienne est à nouveau menacée par des turbulences après la confirmation par la Cour de cassation de la peine de prison frappant Silvio Berlusconi dans l'affaire Mediaset.

Le président du Conseil, Enrico Letta, est au pouvoir depuis trois mois, à la tête d'une grande coalition qui réunit le Parti démocratique de centre gauche et le parti du Peuple de la liberté (PDL, centre droit) de Berlusconi.

La Cour de cassation a confirmé jeudi l'arrêt de la cour d'appel de Milan condamnant le milliardaire à quatre années de prison, réduits à un an, pour fraude fiscale dans l'affaire de l'achat de droits de retransmission par son empire télévisé Mediaset.

C'est la première fois que l'ancien chef du gouvernement, qui a dû faire face à une trentaine de procédures judiciaires, se voit ainsi condamné. A 76 ans, "Le Cavaliere" affirme que la justice n'a cessé de le persécuter depuis son entrée en politique voilà deux décennies.

"Personne ne peut comprendre la violence qui est dirigée contre moi", a réagi Berlusconi dans un message vidéo diffusé par la télé après l'annonce du jugement de la cour. "Il s'agit d'une véritable campagne d'agression sans équivalent", a-t-il ajouté.

Il est très peu probable que Berlusconi passe un seul jour derrière les barreaux en raison de son âge.

Mais cet arrêt pose une autre question car la juridiction suprême italienne a demandé un réexamen de l'interdiction prononcée en appel d'occuper un poste officiel pendant cinq ans.

Si cette demande permet pour l'instant à Silvio Berlusconi de conserver son siège de sénateur, l'arrêt de la Cour de cassation n'en demeure pas moins comme un coup de tonnerre dans le ciel politique italien.

"Sa condamnation est comme la chute du Mur de Berlin en 1989", a commenté Beppe Grillo, fondateur du Mouvement Cinq Etoiles (M5S), populiste, grand vainqueur des dernières élections parlementaires.

UN OBSTACLE

Berlusconi a indiqué qu'il entendait poursuivre ses activités politiques avec son premier parti "Forza Italia" et demandé une réforme du système judiciaire, mais n'a fait aucun commentaire concernant l'actuelle coalition au pouvoir.

"Cette condamnation n'affectera pas le gouvernement Letta qui a été constitué pour servir le pays et qui continuera à le servir", a commenté l'ancien ministre de la Justice Nitto Palma, après une entrevue dans la résidence romaine de Berlusconi.

Alors que des millions d'Italiens s'apprêtent à partir en vacances et que le parlement va observer son habituelle trêve estivale, il est peu probable de voir se déclencher dans l'immédiat une crise gouvernementale capable de déboucher sur des élections anticipées.

En revanche, l'incertitude est de mise pour les événements attendus à la rentrée.

Letta doit composer avec un mécontentement croissant au sein du Parti démocratique contraint de cohabiter avec le PDL de Berlusconi pris dans les scandales.

Le président Giorgio Napolitano, qui pourrait convoquer de nouvelles élections en cas d'explosion de la coalition, a immédiatement appelé au calme, précisant que le pays avait besoin de "sérénité et de cohésion" alors que la crise économique continue de faire sentir ses effets.

"Pour le bien du pays, il est nécessaire que, dans le respect du légitime débat interne entre les forces politiques, un climat de calme et de soutien à nos institutions garantisse que les intérêts de l'Italie prévalent sur les intérêts partisans", a dit Napolitano dans un communiqué.

Il n'en reste pas moins que ce jugement constitue un obstacle aux efforts d'Enrico Letta qui tente de faire sortir le pays de la plus longue période de récession qu'il ait connue depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

Outre la condamnation pour fraude fiscale, Berlusconi doit également répondre d'une condamnation pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure, Ruby, dans une affaire de prostitution lors d'une de ses célèbres soirées "bunga bunga".

Pour l'instant, les investisseurs se sont montrés peu sensibles aux affaires judiciaires impliquant l'ancien président du Conseil.

Mais les choses pourraient changer si s'installait une instabilité politique durable alors que le pays doit rétablir des finances publiques en mauvais état.

Pierre Sérisier pour le service français

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