La concurrence britannique menace MyFerryLink, 600 emplois en jeu

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MYFERRYLINK MENACÉ PAR L?AUTORITÉ BRITANNIQUE DE LA CONCURRENCE
MYFERRYLINK MENACÉ PAR L?AUTORITÉ BRITANNIQUE DE LA CONCURRENCE

par Cyril Altmeyer

PARIS/BERLIN (Reuters) - La concurrence britannique a confirmé mardi son intention d'interdire aux ferries de MyFerryLink opérés par Eurotunnel de relier Calais à Douvres, suscitant la colère du groupe et du secrétaire d'Etat français aux Transports Frédéric Cuvillier.

Cet avis préliminaire de l'Autorité de la concurrence britannique (Competition and Markets Authority, CMA), qui rendra sa décision définitive en juin, réitère sa demande faite à MyFerryLink de cesser sous six mois d'exploiter tout service de ferry à destination du port de Douvres.

Issue du rachat de l'ex-compagnie de ferries SeaFrance en 2012, MyFerryLink, qui emploie près de 600 personnes, a fait immédiatement savoir dans un communiqué qu'elle ferait appel de cette décision qui lui interdirait les liaisons transmanches pendant deux ans. Eurotunnel, qui ne pourra pas utiliser les navires Berlioz et Rodin sur cette même liaison pendant dix ans, a pour sa part estimé que la décision préliminaire du CMA était basée "sur une analyse erronée quant aux évolutions significatives du marché des ferrys depuis 2012".

Le secrétaire d'Etat aux Transports Frédéric Cuvillier a déclaré à Reuters que le gouvernement était en train d'étudier les recours envisageables en termes de droit international contre cette décision "inacceptable" si elle est confirmée par la concurrence britannique.

"Le pavillon français a tout autant le droit d'aller accoster à Douvres que d'autres pavillons. Cela s'appelle la liberté d'accès au port", a-t-il dit, en marge du salon de l'aérospatiale et de la défense ILA à Berlin.

"C'est une question de souveraineté économique", a-t-il ajouté, faisant écho au terme de "patriotisme économique" remis au goût du jour par le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg pour contrer l'offre de l'américain General Electric sur les activités d'énergie d'Alstom.

Frédéric Cuvillier s'est entretenu mardi sur le sujet avec son homologue britannique en marge de la réunion des ministres des Etats actionnaires d'Airbus (Allemagne, France, Espagne, Grande-Bretagne) à l'occasion du salon ILA.

DES FERRIES DÉFICITAIRES

En juin dernier, la CMA s'était déjà prononcée pour l'interdiction de la desserte de Douvres par MyFerryLink, estimant que la reprise de SeaFrance par Eurotunnel risquait de se traduire par une hausse du prix de la traversée. Eurotunnel avait acquis trois navires de SeaFrance après la liquidation judiciaire de la compagnie de ferries, une transaction qui avait reçu le feu vert de l'Autorité de la concurrence française

MyFerryLink, qui a quasiment doublé sa perte d'exploitation à 22 millions d'euros l'an passé, devrait perdre encore de l'ordre de 15 millions en 2014 avant d'atteindre l'équilibre en 2015 si elle poursuit son activité, avait expliqué en mars Jacques Gounon, le PDG d'Eurotunnel.

L'opérateur danois de ferries DFDS, l'un des deux autres concurrents de MyFerryLink avec P&O Ferries, est lui aussi déficitaire. "Au nom de la concurrence, on est en train de créer un duopole", a estimé Frédéric Cuvillier.

Même déficitaires, ces ferries, exploités par une coopérative de salariés (SCOP), permettent à Eurotunnel de pallier les pics de fréquentation sans avoir à envisager de commander de nouvelles navettes passagers en plus des neuf actuelles.

"C'est quand même un mauvais coup porté commercialement à MyFerryLink, d'annoncer des préconclusions en pleine période de saison touristique", a ajouté Frédéric Cuvillier, dénonçant une annonce "unfair".

"Il devrait y avoir un préjudice qui devrait être évalué. En tous cas, moi, je le demanderai", a-t-il ajouté, précisant ne pas vouloir non plus s'engager dans des contentieux sans fin.

(Avec Ole Mikkelsen et Pascale Denis, édité par Wilfrid Exbrayat)

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