La compétition se durcit pour Veolia et Suez

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Dans les contrats d'eau, les collectivités locales imposent des baisses de prix ou passent en régies publiques.Le leader Veolia prend des engagements d'amélioration de la qualité de service.

Réduire les fuites d'eau de 5 %, améliorer de 5 % l'efficacité énergétique des usines de traitement des eaux usées, augmenter le volume d'eaux réutilisées... Veolia Eau publie aujourd'hui une liste de sept engagements. «Nous voulons améliorer la performance globale des services d'eau et d'assainissement», explique Jean-Michel Herrewyn, son ­directeur général.

L'an dernier, avec son plan «Idées neuves sur l'eau», son rival Suez Environnement s'était engagé dans un large effort de transparence. Deux démarches qui participent à une même opération séduction à l'intention des élus des quelque 36 000 communes françaises, qui portent la lourde responsabilité de la gestion de l'eau potable et des eaux usées. «Il s'agit pour nous de reconquérir du terrain et de changer l'image de l'industrie», précise Jean Michel Herrewyn.


Car pour les deux poids lourds du marché - Veolia détient 38 % du marché de la distribution d'eau potable contre 20 % pour Suez Environnement - les règles du jeu changent radicalement. Les deux rivaux sont plus souvent mis en concurrence. Entre 2004 et 2008, 41 contrats arrivés à échéance ont ainsi changé d'opérateurs contre 18 seulement au cours des quatre années précédentes. Veolia a conservé son avance, mais le sujet est aujourd'hui particulièrement crucial pour le groupe engagé dans un vaste plan de restructuration. Deuxième tendance de fond: la municipalisation, que Veolia, Suez et leur petit concurrent Saur (10 % du marché) redoutent. «67 collectivités locales ont opté pour le passage en régie entre 2004 et 2008 contre 8 auparavant», note Jean Philippe Tridant-Bel, du cabinet de conseil Alcimed. Dans un secteur où 900 contrats sont remis en jeu chaque année, c'est peu. Mais les passages en régie concernent surtout de grandes villes, qui disposent des équipes et des moyens de gérer leur approvisionnement en eau. Castres, Châtellerault, Grenoble, et surtout Paris, l'ont fait récemment. Bordeaux remunicipalisera son eau en 2018. Lyon l'envisage.

Modèle économique condamné

«L'idée selon laquelle, quand on a gagné un contrat, c'est pour la vie, est totalement périmée», constatait récemment Jean-Louis Chaussade, le patron de Suez Environnement. Beaucoup de ces transferts du privé vers le public sont d'ordre politique. Les élus veulent faire bonne figure devant leurs administrés sur ce sujet de plus en plus sensible et, aussi, réduire les coûts. Paris a diminué la facture de 8 % en 2011, un an après être passé en régie. «Il y a beaucoup d'a priori mais, à réseaux comparables, les coûts sont à peu près identiques, qu'il s'agisse de contrats en délégation de service public ou de régie municipale», nuance toutefois Jean-Philippe Trident-Bel.

Surveillés de près par leurs électeurs, les élus sont en tout cas beaucoup plus exigeants sur les contrats attribués aux opérateurs privés. Veolia a ainsi regagné en 2010 le contrat du Sedif en Ile-de-France en baissant le prix du mètre cube d'eau de 16 %. À Dijon, la Lyonnaise des eaux, filiale de Suez, a dû s'engager à partager ses bénéfices avec la collectivité locale.

Le mouvement est tel que Veolia affiche une baisse moyenne des prix de 20 % sur ses nouveaux contrats. Pour limiter ces reculs des tarifs, les opérateurs lâchent du lest. «Une gouvernance plus partagée est une nécessité», a expliqué Jean-Louis Chaussade, en amont du Forum mondial de l'eau, qui se tenait début mars à Marseille.

Ils innovent aussi: télérelevés, nez électroniques pour surveiller les odeurs, tarification sociale, réseaux d'eau intelligents... «Le savoir-faire en services et en technologies est clairement du côté des industriels. À moyen terme, il y aura sans doute un retour vers les opérateurs pour bénéficier de leur expérience», pronostique Jean-Philippe Trident-Bel.

L'avenir passe aussi par un autre mode de calcul des coûts et des revenus. «La consommation baisse, elle est en recul de 10 % à 15 % depuis dix ans - mais pas les charges liées à la gestion de l'eau. Les modèles bâtis sur la consommation sont condamnés. Le secteur privé en est conscient», souligne Guy Leclerc, consultant chez PWC.

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