La communauté internationale veut des réponses sur le vol MH17

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UNE ENQUÊTE INTERNATIONALE RÉCLAMÉE APRÈS LE CRASH DU BOEING DE MALAYSIA AIRLINES
UNE ENQUÊTE INTERNATIONALE RÉCLAMÉE APRÈS LE CRASH DU BOEING DE MALAYSIA AIRLINES

par Anton Zverev

HRABOVE Ukraine (Reuters) - Les appels se sont multipliés dans le monde entier vendredi pour réclamer une enquête internationale sur le crash du Boeing 777 de Malaysia Airlines qui s'est écrasé jeudi dans une zone de conflit de l'est de l'Ukraine, faisant 298 morts.

L'avion de ligne, qui était parti d'Amsterdam et se dirigeait vers Kuala Lumpur, a probablement été abattu par un missile sol-air, estiment les Etats-Unis, tandis que Kiev et les séparatistes pro-russes se renvoient la responsabilité de cette catastrophe qui n'a laissé aucun survivant.

Selon deux membres de l'administration américaine ayant requis l'anonymat, Washington soupçonne fortement les séparatistes d'être responsables du tir, évoquant un missile sol air SA-11 de fabrication soviétique, tiré avec l'aide de membres des services de renseignement militaires russes. Cette hypothèse fait écho à la version du gouvernement ukrainien.

L'avion s'est écrasé à environ 40 km de la frontière russe, non loin de la capitale régionale de Donetsk, fief des rebelles séparatistes qui combattent les forces ukrainiennes depuis le début du mois d'avril et ont déjà abattu des avions militaires.

Les représentants de l'autoproclamée "République populaire" de Donetsk nient toute implication et rejettent la faute sur l'armée de l'air ukrainienne.

Moscou a également pointé du doigt l'armée de Kiev, expliquant avoir perçu une activité radar correspondant à un système de missile ukrainien au sud de Donetsk au moment où l'avion a été abattu, rapporte la presse russe.

Vladimir Poutine, qui parle d'une "tragédie", ne s'est pas prononcé sur l'origine du tir, estimant seulement que les autorités ukrainiennes sont indirectement responsables de la catastrophe par leur décision de relancer une offensive contre les insurgés après la trêve observée il y a deux semaines.

Le président russe a lancé vendredi un appel à un nouveau cessez-le-feu et à l'ouverture de négociations de paix entre les parties.

LES BOÎTES NOIRES RETROUVÉES

Washington et Berlin ont quant à eux appelé à une trêve afin d'assurer l'accès au site de la catastrophe à des experts. "De nombreux éléments laissent penser que l'avion a été abattu", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. "Nous devons donc prendre les choses très au sérieux."

Les deux boîtes noires de l'appareil ont été retrouvées sur le lieu du crash par les services d'urgence ukrainiens, a fait savoir Kiev, alors que les séparatistes avaient annoncé jeudi soir en avoir récupéré une.

Les rebelles ont promis qu'ils assureraient aux experts de l'Organisation pour la sécurité et la coopération eu Europe (OSCE) ainsi qu'à des experts de Kiev un déplacement en toute sécurité sur les lieux de l'accident. Des spécialistes du FBI et du bureau national américain de sécurité des transports (NTSB) pourraient également être envoyés en Ukraine.

Les autorités de Kiev affirment que l'armée n'avait déployé aucun missile antiaérien dans l'est de l'Ukraine en raison de l'absence de menace aérienne de la part des rebelles.

Kiev dit également avoir enregistré une conversation entre membres des services secrets russes discutant d'un appareil de l'aviation civile abattu par des rebelles qui pourraient l'avoir pris pour un avion militaire ukrainien.

Mêlés aux débris de l'appareil, les corps des 283 passagers et 15 membres d'équipage sont éparpillés près de Hrabove, à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe et dans un rayon de plusieurs kilomètres. Cent quatre-vingt-un corps avaient été retrouvés vendredi après-midi.

189 NÉERLANDAIS DÉCÉDÉS

Selon Malaysia Airlines, 189 ressortissants néerlandais se trouvaient à bord de l'appareil, pour lesquels une journée de deuil national a été décrétée aux Pays-Bas, ainsi que 29 Malaisiens, 27 Australiens, 12 Indonésiens, neuf Britanniques, quatre Allemands, quatre Belges, trois Philippins, un Canadien, un Néo-Zélandais et quatre passagers qui n'ont toujours pas pu être identifiés.

Parmi les passagers se trouvaient certains des plus éminents experts du VIH, dont le professeur Joep Lange, qui se rendaient à une conférence internationale sur le sida à Melbourne, en Australie.

L'ampleur de la catastrophe pourrait accélérer la résolution d'une crise ukrainienne qui a fait plusieurs centaines de morts depuis la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février et l'annexion de la Crimée par la Russie, un mois plus tard. Elle pourrait amener les chancelleries occidentales à redoubler d'efforts pour obtenir la fin du conflit.

Alors que les Etats-Unis et l'Union européenne ont décidé mercredi de renforcer leurs sanctions contre Moscou en raison du conflit ukrainien, la réaction de Berlin et d'autres puissances européennes au crash du Boeing 777 pourrait être décisive.

Angela Merkel a cependant fait savoir qu'il était trop tôt pour décider d'éventuelles nouvelles sanctions et qu'il était nécessaire d'attendre d'en savoir plus sur les circonstances de la tragédie.

"ANNÉE TRAGIQUE"

Malaysia Airlines a déclaré que tous les systèmes du Boeing fonctionnaient normalement au moment de la disparition de l'appareil, vers 14h15 GMT jeudi, à une altitude de 33.000 pieds (environ 10.000 mètres) - 1.000 pieds au dessus de l'altitude minimale autorisée pour les vols commerciaux dans cette zone -, alors qu'il survolait l'est de l'Ukraine en direction de la frontière russe.

A cette altitude, il était hors de portée des roquettes que les rebelles ont utilisées pour abattre les hélicoptères et les autres appareils de l'armée ukrainienne volant plus bas, mais pas d'un missile SA-11.

Pour Malaysia Airlines, cette catastrophe s'ajoute à la mystérieuse disparition du vol MH370 entre Kuala Lumpur et Pékin le 8 mars dernier avec 239 personnes à bord.

"S'il s'avère que l'avion a bien été abattu, nous insistons pour que les responsables soient rapidement traduits en justice", a déclaré le Premier ministre malaisien Najib Razak, lors d'une conférence de presse organisée en fin de nuit à Kuala Lumpur. "C'est un jour tragique et c'était déjà une année tragique pour la Malaisie", a-t-il ajouté.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, a demandé l'ouverture d'une enquête internationale et transparente. Le Conseil de sécurité de l'Onu doit se réunir à 14h00 GMT pour une séance extraordinaire qui devrait donner lieu à l'adoption d'une déclaration.

(Avec les bureaux Reuters de Kiev, Moscou, Amsterdam, Kuala Lumpur et Washington; Service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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