La Commission juge la Turquie prête pour l'exemption des visas

le
0
    * La CE estimera mercredi qu'Ankara a rempli les critères 
    * L'accord UE-Turquie sur les migrants est en jeu 
    * Plusieurs pays membres et le Parlement européen sont 
sceptiques 
 
    par Paul Taylor 
    BRUXELLES, 1er mai (Reuters) - Passant outre aux 
appréhensions de certains pays membres, la Commission européenne 
devrait déclarer mercredi que la Turquie  satisfait aux critères 
fixés par l'UE pour l'exemption des visas, indiquent plusieurs 
sources européennes.  
    Bruxelles honorera ainsi l'une des promesses faites à Ankara 
lors de la conclusion de l'accord du 18 mars visant à stopper 
l'afflux de migrants et réfugiés en Europe grâce à l'aide des 
autorités turques.  
    L'exécutif européen recommandera aux gouvernements des Etats 
membres et au Parlement européen d'approuver sa décision d'ici à 
la fin juin.  
    "Nous n'avons pas abaissé nos critères, c'est la Turquie qui 
a élevé le niveau", a assuré un haut responsable européen au 
fait des négociations.  
    Il cherchait ainsi à expliquer comment la Commission 
européenne pourra certifier que la Turquie remplit les 72 
critères techniques et légaux fixés par l'UE alors qu'il y a 
deux semaines à peine, elle disait aux députés européens 
qu'Ankara ne respectait pas la moitié de ces normes. 
    Le Parlement turc a promis de voter lundi une série de 
mesures destinées à satisfaire aux exigences européennes.  
    Mais la réalité politique est que Bruxelles ne peut pas dire 
"non" à Ankara sans risque de faire capoter l'accord sur les 
migrants. Il lui manque sans doute le soutien des Etats membres 
pour un "oui" mais le gouvernement turc a déjà prévenu qu'il ne 
se contenterait pas d'un "plus tard" comme réponse.  
    L'action menée par la Turquie avec la Grèce et l'Otan, 
associée à la fermeture de la route des Balkans, a quasiment 
interrompu les arrivées de migrants et réfugiés dans les îles de 
la mer Egée, où plus d'un million de personnes ont transité l'an 
passé.  
    Selon les chiffres égrenés quotidiennement par la 
Commission, les nouvelles arrivées sur les îles grecques étaient 
tombées jeudi dernier à 63, contre plus de 10.000 lors du pic de 
la crise migratoire en octobre dernier.  
     
    "PAS DE RISTOURNE" 
    Reste que plusieurs pays fondateurs de l'Union comme 
l'Allemagne, la France ou les Pays-Bas, où une partie de 
l'opinion publique est hostile à cette libéralisation des visas 
pour les Turcs, soulignent qu'ils examineront au microscope les 
mesures prises par Ankara. 
    "Il n'y aura pas de ristourne au nom des réfugiés", insiste 
Manfred Weber, des conservateurs allemands de l'Union 
chrétienne-sociale, soeur bavaroise de l'Union 
chrétienne-démocrate d'Angela Merkel.  
    "Nous regarderons la tête froide, au Parlement, si la 
Turquie a bel et bien rempli les conditions", dit-il.  
    Parmi les critères, Ankara doit notamment garantir un accès 
sans discrimination au territoire turc à tous les ressortissants 
des pays membres, ce qui inclut Chypre, pays que la Turquie ne 
reconnaît pas officiellement.  
    La Commission européenne a fraîchement accueilli une 
proposition, formulée cette semaine par Paris et Berlin, 
d'introduire un mécanisme permettant de suspendre l'exemption de 
visas pendant six mois pour n'importe quel pays en cas d'afflux 
soudain de demandes d'asile.  
    L'ambassadeur de la Turquie auprès de l'UE, Selim Yenel, a 
en revanche jugé qu'Ankara pourrait s'en accommoder pourvu que 
son pays ne soit pas stigmatisé.  
    "Apparemment, la proposition franco-allemande vise à apaiser 
les craintes de certains pays et cela facilitera peut-être 
l'adhésion de plusieurs Etats membres", a-t-il dit. "Nous ne 
sommes pas inquiets par ces propositions même si nous estimons 
que les garanties actuelles sont suffisantes." 
    Les responsables européens sont convaincus qu'aucun Etat 
membre ne s'opposera au final à l'exemption de visas pour les 
Turcs, rappelant que tous les Etats membres ont signé l'accord 
controversé du 18 mars sur les migrants. 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant