La Colombie va tourner la page de 52 années de conflit

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 (Actualisé avec Kerry, Uribe) 
    par Helen Murphy et Luis Jaime Acosta 
    CARTHAGÈNE, Colombie, 26 septembre (Reuters) - Le président 
colombien, Juan Manuel Santos, et le chef des rebelles marxistes 
des Farc, Timoléon Jimenez Timochenko, vont signer ce lundi un 
accord de paix qui mettra fin à 52 années d'une guerre civile 
qui a fait quelque 250.000 morts. 
    Au terme de quatre ans de négociations à La Havane, le 
président Santos, 65 ans et Timochenko, nom de guerre du 
révolutionnaire Rodrigo Londono, 57 ans, échangeront pour la 
première fois une poignée de main sur le sol colombien, en 
présence de dirigeants de la communauté internationale. 
    L'accord de paix, qui met fin au plus long conflit civil 
d'Amérique latine, fera des Farc (Forces armées révolutionnaires 
de Colombie) un parti politique à même de lutter dans les urnes 
et non plus sur le champ de bataille comme il l'a fait depuis 
1964. 
    Les signataires utiliseront un stylo fabriqué à partir d'une 
balle "pour illustrer la transition des balles vers l'éducation 
et à l'avenir", a déclaré le président Santos, qui a joué sa 
réputation sur la conclusion de la paix.  
    Deux mille cinq cents dignitaires colombiens et étrangers 
assisteront à la cérémonie, lundi, à partir de 17 heures (22h00 
GMT) dans la ville coloniale de Carthagène des Indes. 
    Parmi les invités, à qui il a été demandé de porter du 
blanc, figurent le Secrétaire général des Nations unies, le 
président cubain, Raúl Castro, le secrétaire d'Etat américain, 
John Kerry, mais aussi des victimes du conflit. 
    John Kerry a salué l'accord de paix lors d'une visite à un 
centre de formation pour les victimes du conflit et les anciens 
combattants. "Tout le monde peut prendre une arme, faire sauter 
des choses, faire du mal à d'autres, mais ça ne mène nulle 
part... La paix est un dur travail", a déclaré le chef de la 
diplomatie américaine. 
    Le département d'Etat américain a promis de verser 390 
millions de dollars (345 millions d'euros) à la Colombie l'an 
prochain pour soutenir le processus de paix. Les Etats-Unis ont 
également annoncé qu'ils allaient réfléchir à la possibilité de 
faire sortir les Farc de leur liste des organisations  
terroristes, a déclaré John Kerry. 
       
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    Si la perspective d'un arrêt du bain de sang et des 
enlèvements apporte un profond soulagement, l'accord n'en a pas 
moins provoqué des dissensions au sein de la société 
colombienne. 
    Certains, comme l'ancien président Alvaro Uribe, n'admettent 
pas que l'accord permette aux rebelles de se faire élire au 
Congrès et de ne pas purger la moindre peine de prison. 
    L'accord doit être ratifié par un référendum qui aura lieu 
le 2 octobre, mais les sondages laissent penser qu'il sera 
entériné sans difficulté. 
    Lundi à Carthagène, de grands panneaux appelaient à voter 
"oui", tandis qu'Alvaro Uribe et plusieurs centaines de ses 
partisans, qui portaient des parapluies aux couleurs du drapeau 
colombien, demandaient de voter "non". 
    Les Farc, qui au plus fort de leur lutte ont disposé de 
20.000 combattants, devront remettre leurs armes aux Nations 
unies dans les 180 jours. 
    Les Colombiens se demandent comment les 7.000 guérilleros 
restants vont être intégrés à la société, mais la majeure partie 
d'entre eux estiment que la paix apportera davantage de points 
positifs que de problèmes. 
    "Je n'arrive pas à croire que ce jour est enfin arrivé, la 
paix arrive en Colombie!", s'est exclamé un homme de 43 ans, 
Juan Gamarra, joaillier à Carthagène. 
    Cet accord de paix ratifié, le président Santos espère 
pouvoir tirer parti de son crédit politique pour faire adopter 
ses projets économiques, notamment une réforme fiscale destinée 
à compenser la baisse des revenus pétroliers provoquée par la 
chute des cours de l'or noir. 
    Dans toute la Colombie, des écrans géants ont été érigés 
pour permettre aux 49 millions de Colombiens d'assister à la 
cérémonie de signature en direct. 
    "C'est un jour tellement important; maintenant nous pouvons 
lutter sur le plan politique, sans verser de sang, sans guerre", 
a déclaré Duvier, un rebelle âgé de 25 ans qui a participé au 
congrès des Farc qui a ratifié l'accord la semaine dernière dans 
les plaines amazoniennes du Yari. 
 
 (Eric Faye et Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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