La Colombie face aux défis de la mise en oeuvre de la paix

le , mis à jour à 21:37
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Un homme tient une affiche "Oui à la paix" lors d'une manifestation pour l'application immédiate du nouvel accord de paix avec les Farc, devant le Parlement colombien, le 30 novembre 2016 à Bogota ( AFP / GUILLERMO LEGARIA )
Un homme tient une affiche "Oui à la paix" lors d'une manifestation pour l'application immédiate du nouvel accord de paix avec les Farc, devant le Parlement colombien, le 30 novembre 2016 à Bogota ( AFP / GUILLERMO LEGARIA )

La Colombie a réussi à ratifier la paix avec la guérilla marxiste des Farc, mais doit maintenant relever les défis de sa mise en oeuvre pour clore le chapitre d'un conflit qui a fait des centaines de milliers de morts.

Le décompte a débuté jeudi: dans cinq jours à partir de ce "Jour J" les guérilleros doivent entamer leur ultime marche à travers les montagnes et les jungles du pays, pour rejoindre les 27 zones où ils vont déposer leurs armes et préparer leur retour à la vie civile.

La première étape sur la voie d'une paix réelle consiste à permettre à ces combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) de se déplacer sans risquer d'être arrêtés par les forces de l'ordre.

Pour cela, le gouvernement prépare des mesures de grâce, dans l'attente du vote de la loi d'amnistie prévue par l'accord de paix.

"Le président de la République, le gouvernement, a la faculté d'octroyer des grâces en faveur de ceux qui ont commis des crimes politiques", a déclaré le Haut commissaire pour la paix, Sergio Jaramillo, jeudi lors d'une conférence de presse.

- Amnistie 'urgente' -

Le Parlement colombien lors de la session sur l'adoption du nouvel accord de paix avec les Farc, le 30 novembre 2016 &ag
Le Parlement colombien lors de la session sur l'adoption du nouvel accord de paix avec les Farc, le 30 novembre 2016 à Bogota ( AFP / GUILLERMO LEGARIA )

Soulignant que "la loi d'amnistie est urgente", le ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, a précisé qu'elle serait présentée la semaine prochaine au Parlement.

Le gouvernement espère que la Cour constitutionnelle donnera son feu vert au mécanisme de "fast track" qui, en réduisant les débats parlementaires, permettra une approbation rapide des textes d'application du pacte avec les Farc, qui une fois désarmées, vont se transformer en parti politique. La Cour a annoncé jeudi qu'elle l'étudierait le 12 décembre.

L'accord, qui prévoit la fin du regroupement des guérilleros d'ici le 31 décembre et de leur désarmement d'ici six mois, a été approuvé mardi par les sénateurs, puis mercredi par les députés.

La mission de l'ONU en Colombie a estimé jeudi que cette ratification était porteuse de "la promesse d'une nouvelle ère de paix après plus de cinq décennies d'un conflit prolongé et brutal".

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a salué "l'énorme mérite du peuple colombien pour sa persévérance, son engagement" et estimé qu'une "reconnaissance particulière" était due au président Juan Manuel Santos".

Après son rejet lors du référendum non obligatoire du 2 octobre, le texte, négocié pendant presque quatre ans avec les Farc, a été révisé pour y inclure des propositions de l'opposition, menée par l'actuel sénateur et ex-président de droite Alvaro Uribe.

- 'Avancer rapidement' -

Puis le chef de l'Etat a choisi la voie parlementaire afin que l'accord entre en application le plus vite possible.

Les FARC
Les FARC ( AFP / Kun TIAN, Vincent LEFAI )

"La situation actuelle du cessez-le-feu et de pré-regroupement de la guérilla est fragile", a argué le chef négociateur de paix du gouvernement, Humberto de la Calle, en référence à la mort de deux guérilleros et aux assassinats de leaders communautaires depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 29 août.

Le conflit armé, dans lequel ont été impliquées une trentaine de guérillas, des milices paramilitaires d'extrême droite et l'armée, a fait au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Le ministre de l'Intérieur a précisé, qu'outre l'amnistie, le Parlement examinera dès la semaine prochaine un paquet de projets de loi, portant entre autres sur la participation politique des Farc. "Nous espérons tous (...) avancer rapidement dans la démobilisation et le désarmement des membres des Farc", a ajouté M. Cristo.

Avant l'annonce des mesures de grâce, les Farc, principale guérilla de Colombie issue en 1964 d'une insurrection paysanne, avaient averti que leurs quelque 5.700 combattants ne rejoindraient les zones de démobilisation qu'une fois l'amnistie votée. Jeudi, le Haut commissaire pour la paix a considéré qu'elles "ne peuvent introduire de nouvelles conditions à l'accord".

M. Santos, lauréat du prix Nobel pour sa détermination à en finir avec la guerre, entend parvenir à une "paix complète" en négociant aussi avec l'Armée de libération nationale (ELN). Mais les discussions préparatoires avec cette guérilla, qui compte environ 1.500 combattants, sont en suspens jusqu'en janvier.

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