La collection du Louvre Abou Dhabi se dévoile à Paris

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La collection du Louvre Abou Dhabi se dévoile à Paris
La collection du Louvre Abou Dhabi se dévoile à Paris

(AFP) - Un Christ montrant ses plaies côtoie une statuette africaine aux formes hermaphrodites et un Shiva dansant: avant son ouverture fin 2015, le Louvre Abou Dhabi présente à Paris une partie de sa collection d'art qui se veut "universelle" et ouverte à toutes les civilisations.

Une sélection de 160 ?uvres embrassant toutes les époques et balayant presque toutes les régions du monde sera dévoilée au public français à partir de vendredi au musée du Louvre. Cette exposition, intitulée "Naissance d'un musée", a déjà été montrée l'an dernier sur l'île de Saadiyat, où pousse le bâtiment du Louvre Abou Dhabi en forme de dôme conçu par l'architecte français Jean Nouvel.

Le président François Hollande inaugurera mardi l'exposition parisienne en présence de Cheikh Sultan Bin Tahnoon Al Nahyan, président de l'Autorité du Tourisme et de la Culture d'Abou Dhabi.

Cette collection nationale a été constituée par l'Emirat avec l'expertise de l'Agence France-Muséums, l'opérateur français du projet du Louvre Abou Dhabi décidé en mars 2007 par un accord entre les Emirats Arabes Unis et la France.

La collection a démarré début 2009 avec l'achat d'un Piet Mondrian, pour la somme de 21,5 milions d'euros, lors de la vente Yves Saint Laurent-Pierre Bergé. Puis elle s'est montée dans une grande discrétion. Cinq ans plus tard, elle comprend plus de 400 pièces, allant de la Haute Antiquité à l'art contemporain, et elle continue à s'étoffer.

L'accord franco-émirien prévoit un budget annuel d'acquisition de 40 millions d'euros. Plus de 200 millions d'euros ont donc déjà été dépensés.

Organisée chronologiquement, l'exposition permet de réfléchir à la représentation de la figure humaine avec une délicate princesse de Bactriane (Asie Centrale, IIIe millénaire avant Jésus-Christ). De comparer deux têtes de Bouddha, l'une venant d'Inde, l'autre de Chine du Nord.

De chercher dans un élégant Bodhisattva, du Gandhara (Pakistan), des éléments empruntés à l'art grec. Et de trouver qu'il a, somme toute, un peu le même nez que son voisin, un orateur romain en marbre.

- "Esprit d'ouverture et de tolérance" -

La réunion d'un grand Christ en bois du XVIe siècle, d'une sculpture djennenké (Mali) du XIIIe siècle et d'un gracieux Shiva dansant (Inde du Sud, Xe siècle) "atteste de l'esprit d'ouverture et de tolérance d'Abou Dhabi", déclare à l'AFP Laurence des Cars, co-commissaire de l'exposition.

"Ce musée est universel. Il entend accueillir toutes les civilisations et toutes les cultures, dans un esprit de dialogue et d'éducation", ajoute Mme des Cars, directrice scientifique de l'Agence France-Museums jusqu'à l'été dernier.

Les trois grandes religions du Livre sont là: une Torah du Yemen voisine avec une Bible et un Coran mamelouk.

"Nous n'avons subi aucune censure de la part des Emiriens que ce soit sur le plan des objets religieux ou sur celui de la nudité apparaissant dans certaines oeuvres", assure Mme des Cars, qui vient de prendre la direction du musée de l'Orangerie.

Elle désigne deux grands athlètes en plâtre d'Antonio Canova aux feuilles de vigne "très suggestives".

"Si il y a des gens qui ont encore des doutes sur le rapport au nu du Louvre Abou Dhabi...", dit-elle en souriant.

Le musée naissant est parvenu à s'offrir de grands noms de la peinture: Bellini, Jordaens, Murillo, Ingres. Mais aussi Caillebotte, Manet, Gauguin.

Le musée a aussi acheté un "Portrait de femme" (collage de 1928) de Picasso, un Magritte et une belle "Anthropométrie" d'Yves Klein où l'artiste et sa femme ont laissé l'empreinte de leur corps.

"La collection n'a que cinq ans mais elle est déjà d'un niveau international", considère Vincent Pomarède, directeur de la Médiation et de la Programmation culturelle au Louvre.

"L'exposition n'est pas la préfiguration du musée", tient-il à souligner. A l'ouverture, prévue le 2 décembre 2015, la collection dialoguera avec 300 ?uvres qui devront être prêtées par les principaux musées français. "La liste proposée a été acceptée par les Emiriens qui la rendront publique prochainement", ajoute M. Pomarède.

L'accord prévoit également la cession du nom du Louvre pour trente ans et l'organisation d'expositions temporaires. Pour la France, les contreparties totalisent près d'un milliard d'euros.

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