La cohabitation continuera au Congrès malgré l'élection d'Obama

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BARACK OBAMA OBLIGÉ DE COHABITER AVEC LES RÉPUBLICAINS
BARACK OBAMA OBLIGÉ DE COHABITER AVEC LES RÉPUBLICAINS

par Richard Cowan

WASHINGTON (Reuters) - Le président réélu Barack Obama devra continuer de composer avec une Chambre des représentants dominé par les républicains, le scrutin de mardi n'ayant montré ni vote sanction, ni volonté de changement, selon des résultats encore partiels.

Cette cohabitation prolongée risque de décevoir ceux qui, dans les deux camps, espéraient voir les électeurs délivrer au Congrès un mandat clair sur des sujets comme le déficit ou l'immigration.

Dans son premier discours après sa victoire, Barack Obama s'est adressé à l'opposition en se disant "impatient de tendre la main et de coopérer" avec les deux partis sur ces dossiers.

Avant lui, le chef de file des représentants républicains, John Boehner, s'était déclaré prêt à la même démarche tout en réaffirmant son opposition à une augmentation des impôts des contribuables les plus riches, l'un des axes de la politique démocrate.

"Par ce vote, le peuple américain a aussi clairement exprimé le fait qu'il n'y a aucun mandat pour relever les taux d'imposition", a-t-il dit.

Les résultats de mardi préfigurent au moins deux années supplémentaires de cohabitation entre un président démocrate dont le parti semble appelé à conserver le contrôle du Sénat et une Chambre des représentants à domination républicaine.

Le Washington Post donnait à 08h15 GMT une majorité assurée de 227 sièges sur 435 au camp républicain, contre 174 aux démocrates, alors que 34 sièges restaient à attribuer. Et les projections disponibles promettaient aux républicains une majorité proche de 240 sièges contre 190, cinq sièges restant vacants.

Pour Sarah Binder, universitaire de la Brookings Institution, les républicains pourraient conserver la majorité à la Chambre pendant plus longtemps: elle parle d'un "avantage structurel" qu'elle explique par "la manière dont les électeurs républicains sont répartis dans tout le pays (...) avec des points forts dans les zones périurbaines et rurales".

Les démocrates sont en revanche assurés de conserver leur majorité au Sénat.

LES ÉLUS TEA PARTY TOUJOURS INFLUENTS

Ainsi, l'impopularité record du Congrès dans son ensemble - elle est tombée à 10% seulement au plus bas ces derniers mois - ne semble pas avoir nui aux élus sortants lors des scrutins de mardi.

"L'essentiel est que les électeurs ont dit à Obama et à Boehner: revenez à la table des négociations, concluez un accord", a estimé David Kendall, membre du Third Way, cercle de réflexion de Washington.

Kendall faisait allusion aux négociations menées au cours de l'été 2011 par le chef de l'Etat et le président de la chambre des représentants pour tenter de réduire le déficit public.

Autre enseignement du scrutin de mardi: les ultraconservateurs du "Tea Party", dont l'irruption spectaculaire en 2010 avait ébranlé l'establishment de Washington et contribué pour une bonne part à la victoire républicaine, ont perdu de leur superbe: plusieurs figures du mouvement ont perdu leur siège au Sénat ou n'ont été réélus qu'avec difficulté à la Chambre.

Ainsi dans l'Illinois, le représentant sortant Joe Walsh, soutenu par le "Tea Party", a été vaincu par le démocrate Tammy Duckworth, un vétéran de la guerre d'Irak. Au total, les démocrates ont conquis quatre sièges dans l'Etat de Barack Obama.

Mais l'influence du "Tea Party" ne devrait pas pour autant disparaître.

"Il y aura toujours suffisamment de républicains épris des idées du Tea Party contre l'augmentation des impôts", estime Paul Sracic, de la Youngstown State University, qui s'attend à un nouveau bras-de-fer sur la fiscalité au Congrès au cours des prochains mois.

Les démocrates, eux, pourraient tenter de marquer des points sur d'autres dossiers.

Un haut responsable du parti a déclaré que le Sénat devrait transmettre à la Chambre un projet de loi sur l'emploi dénoncé jusqu'à présent par les républicains et ajouté que les sénateurs pourraient aussi présenter une proposition de loi sur l'immigration s'ils pensaient pouvoir réunir la "super-majorité" nécessaire pour faire adopter les textes importants.

Pierre Sérisier et Marc Angrand pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief

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