La coalition anti-EI en quête d'une nouvelle stratégie à Paris

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* Le sommet suit la prise de Palmyre et de Ramadi par l'EI * Paris souhaite une plus forte mobilisation internationale * Le gouvernement irakien pointé du doigt, casse-tête iranien par Marine Pennetier PARIS, 31 mai (Reuters) - Les membres de la coalition contre l'Etat islamique en Irak et en Syrie se retrouvent mardi à Paris pour faire le point sur la stratégie de lutte contre les djihadistes à l'heure où la perte des villes de Palmyre et de Ramadi met en doute l'efficacité des bombardements arabo-occidentaux. Organisé à l'initiative de la France, ce sommet, qui devrait réunir quelque 24 ministres et institutions internationales, sera co-présidé par Laurent Fabius, son homologue américain John Kerry et le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi. La réunion doit permettre à "chacun de prendre ses responsabilités", a prévenu le chef de la diplomatie française cette semaine, appelant la communauté internationale à renforcer rapidement sa mobilisation pour éviter la partition de l'Irak et de la Syrie et de nouveaux massacres. Le temps presse, souligne-t-on à Paris. La chute quasi simultanée de Palmyre en Syrie et de Ramadi en Irak a mis au jour les fragilités de l'action de la coalition arabo-occidentale mise sur pied en août 2014 pour contrer l'avancée fulgurante et inattendue de l'EI. Cette coalition, emmenée par les Etats-Unis, réunit une soixantaine de pays qui participent à des degrés différents à la lutte contre l'EI, des frappes aériennes aux échanges de renseignement en passant par l'assistance militaire ou la lutte contre le recrutement des candidats au djihad. "Les Etats-Unis ont échoué à trouver une stratégie capable d'aider les Irakiens à reconquérir les territoires aux mains de l'Etat islamique", estime Hasni Abidi, directeur du centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève. VIF ÉCHANGE En cause, selon lui, l'hétérogénéité de la coalition dont les membres ont des objectifs et des agendas différents, et l'échec du gouvernement irakien à tenir ses engagements. Depuis septembre, "rien n'a été fait", souligne-t-il. "Les conditions qui font prospérer l'Etat islamique sont toujours là : l'exclusion, l'absence de projet politique, la marginalisation des pans entiers de la société irakienne, la corruption qui gangrène". "Le gouvernement irakien aujourd'hui doit rendre des comptes à la communauté internationale parce qu'il a demandé beaucoup de choses, notamment des armes, et qu'il s'est engagé à avoir une politique inclusive et à dialoguer avec toutes les composantes pour délégitimer l'EI", ajoute-t-il. La chute de Ramadi, qui survient après celle de Mossoul en juin 2014, a donné lieu à un échange vif entre les Américains et les Irakiens, les premiers accusant les seconds de n'avoir pas "montré de volonté de se battre" pour conserver cette ville située à une centaine de kilomètres de Bagdad. A Paris, Laurent Fabius a quant à lui musclé son discours en appelant explicitement le gouvernement irakien à "mieux respecter" le contrat passé lors de la conférence de Paris en septembre qui avait lié le soutien militaire de la coalition à des engagements politiques. "Il est temps que les Américains, la communauté internationale conditionnent la vente d'armes et l'acceptation de la légitimité de ce gouvernement à un calendrier ou un plan bien précis de la part du gouvernement irakien", souligne Hasni Abidi. ENGAGEMENT AU SOL Les Etats-Unis ont annoncé le 21 mai qu'ils allaient livrer 2.000 lance-roquettes AT-4 aux forces irakiennes, mille de plus que ce qui avait été initialement annoncé. Ces armes, souligne-t-on à Washington, doivent permettre à l'armée irakienne de détruire les véhicules remplis d'explosifs lancés par les djihadistes contre leurs positions, une tactique utilisée par l'EI lors de la prise de Ramadi. La coalition doit changer de stratégie faute de quoi la menace que constitue l'EI ne fera que prendre de l'ampleur, a récemment mis en garde l'analyste australien David Kilcullen, ex-conseiller du général américain David Petraeus dans les années 2007-2008. Reste à savoir quelle direction pourrait prendre cette nouvelle stratégie. Pour l'heure, la coalition, qui a limité son intervention militaire à des frappes aériennes sur des positions djihadistes, reste très réticente à toute action au sol. Les actions ciblées des forces spéciales américaines, qui ont tué mi-mai un haut responsable de l'EI, Abou Sayyaf, dans l'est de la Syrie, pourraient être une option. Autre question sensible qui devrait être abordée mardi à Paris, l'aide de l'Iran chiite. Plusieurs pays arabes, au premier rang desquels l'Arabie saoudite sunnite, voient d'un mauvais oeil tout engagement plus avant des Iraniens dont la force d'élite Al Qods est engagée en Irak. Téhéran est parfois considéré comme la source du problème en Irak "pour avoir imposé (le Premier ministre chiite) Abadi et pour être derrière cette politique non inclusive qui a favorisé la progression de l'Etat islamique", explique Hasni Abidi. "Dans le même temps, on sait que les Iraniens sont importants sur le plan militaire et qu'ils ont une influence importante et non négligeable sur les acteurs chiites irakiens". (Edité par Yves Clarisse)

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  • 2445joye le dimanche 31 mai 2015 à 17:51

    Chapeau Sarkosy/ BHL ! Chapeau Hollande/ Fabius !

  • Berg690 le dimanche 31 mai 2015 à 16:51

    Ah!Ah! Fabius...Al-nostra fait toujours du bon boulot ?