La classe politique corse salue avec prudence l'annonce du FLNC

le
0
PRUDENCE EN CORSE APRÈS L'ANNONCE DU FLNC
PRUDENCE EN CORSE APRÈS L'ANNONCE DU FLNC

par Roger Nicoli

AJACCIO (Reuters) - La classe politique corse a salué jeudi avec prudence l'annonce par le Front de libération nationale de la Corse (FLNC) de l'abandon de la lutte armée et d'une sortie progressive de la clandestinité.

Après 38 ans de lutte clandestine, l'organisation séparatiste a annoncé mercredi dans un communiqué de 14 pages vouloir passer d'une phase de "résistance et de combat" à une "phase politique" de "dialogue" et "d'ouverture".

Elle a appelé en échange les élus insulaires à se mobiliser pour négocier un "nouveau statut" pour l'île avec "l'Etat français" et oeuvrer en faveur des prisonniers "politiques".

La victoire aux élections municipales de Bastia (Haute-Corse) en 2012 de l'avocat Gilles Simeoni, premier maire nationaliste d'une grande ville corse, a pu influer sur la décision de l'organisation clandestine.

Pour Dominique Bucchini, le président communiste de l'Assemblée de Corse, ce retrait annoncé de la lutte clandestine "est une bonne chose à partir du moment où l'on veut intégrer un processus démocratique".

Interrogé par Reuters sur la question des "prisonniers politiques", il a répondu que "l'assemblée territoriale avait à chaque fois qu'elle en avait été saisie entrepris des démarches pour leur rapprochement en Corse, conformément à la loi".

Dominique Bucchini espère que l'annonce du FLNC mettra un terme à la violence politique mais se veut prudent. "Par le passé, on a connu des trêves, des dépôts des armes et des succursales clandestines comme le canal habituel, historique, qui poursuivaient la lutte armée", explique-t-il.

Jean-Guy Talamoni, le chef de file de Corsica Libera, parti qui a toujours été solidaire du FLNC, estime que cette annonce prend à "contre-pied" le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve qui, lors de sa visite à Ajaccio le 12 juin dernier, s'était prononcé contre les évolutions institutionnelles réclamées par l'assemblée insulaire.

"UNE PORTÉE HISTORIQUE"

"Cette annonce a une portée historique qui renforce la cohésion des élus insulaires à l'assemblée de Corse, qui est une arme très performante, c'est un pari sur la capacité des Corses à faire front commun", a-t-il dit à Reuters.

Le député UMP de la Corse-du-Sud, Camille de Rocca-Serra, qui a "toujours condamné toutes les formes de violence" s'est voulu "positif" face à cet abandon de la lutte armée.

"C'est peut-être une prise de responsabilité, enfin ! Il est clair que le débat d'idées doit l'emporter sur la force", a-t-il déclaré à la presse. "Je ne ferme pas la porte à ceux qui veulent participer au débat démocratique, et ce n'est pas le passé qui compte, mais l'avenir", a-t-il poursuivi.

Camille de Rocca-Serra s'est néanmoins interrogé : "Est-ce que le FLNC représente l'ensemble des forces clandestines ? Par le passé, on a connu des fragmentations de la violence".

Jean Zuccarelli (PRG), président de l'agence du développement économique de la Corse et farouche opposant des nationalistes, voit pour sa part dans cette annonce un "aveu d'échec des méthodes violentes du FLNC qui ont conduit à toutes les dérives (... ), y compris mafieuses et affairistes".

"Ces agissements ont été profondément rejetés par la population et entravés par la mobilisation sans faille des Républicains en Corse", a-t-il dit à des journalistes, précisant "rester vigilant "pour s'assurer qu'au-delà des effets d'annonce, des actes concrets suivront".

La Corse a connu trois statuts: la loi Defferre sur la décentralisation conférant en 1982 un statut particulier à l'île, le statut Joxe de 1991 reconnaissant la notion de peuple corse, censurée par la suite par le Conseil Constitutionnel, et les accords de Matignon voulus en 2002 par Lionel Jospin pour une plus grande autonomie.

(édité par Gérard Bon)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant