La chute des cours du pétrole gâche le Nouvel An russe

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    * Le prix du pétrole pèse sur le budget et les exportations 
russes 
    * Un an de réserves avec un pétrole à 30 dollars 
    * La réduction des dépenses aggraverait la récession 
 
    par Sujata Rao et Jason Bush 
    LONDRES/MOSCOU, 10 janvier (Reuters) - Après la parenthèse 
des fêtes du Nouvel An orthodoxe, les Russes retrouvent lundi 
une économie plombée par les cours du pétrole qui ont touché la 
semaine dernière leurs plus bas niveaux depuis 12 ans. 
    La forte dépréciation du yuan chinois a ébranlé les places 
boursières internationales et fait plonger le prix du pétrole 
Brent aux alentours de 32 dollars le baril, contre 45 début 
décembre, donnant corps au scénario catastrophe de Goldman Sachs 
d'un baril à 20 dollars. 
    L'effondrement du cours du baril de brut, qui valait 100 
dollars à la mi-2014, a déjà lourdement pénalisé la Russie, dont 
les revenus du pétrole représentent la moitié du budget et 40% 
des exportations. Leur nouvelle chute complique la situation 
pour Vladimir Poutine alors que la prochaine élection 
présidentielle aura lieu en 2018. 
    Le rouble a limité sa perte à 2% la semaine dernière, du 
fait de l'étroitesse des volumes en raison des fêtes. Il est 
ainsi revenu à 75 pour un dollar, se rapprochant de son plus bas 
niveau touché il y a 13 mois à 80,1 pour un dollar. 
    A l'époque, la Russie avait défendu sa monnaie en augmentant 
ses taux d'intérêt de 500 points de base d'un coup, une décision 
qu'elle pourrait être contrainte de prendre à nouveau si le 
rouble s'effondrait dans les semaines à venir. 
    L'inflation monterait en flèche et la récession dont le 
gouvernement a prédit la fin en 2016 pourrait se poursuivre. 
    Dans le pire des scénarios, avec un baril de pétrole aux 
alentours de 30 dollars, les coffres de l'Etat russe se 
videraient en tout juste un an. 
    Pour Poutine, les 100 milliards de dollars dont la Russie 
dispose encore dans deux fonds souverains sont "l'ultime 
assurance politique de parvenir (en bonne position) à 
l'élection", explique Christopher Granville, directeur général 
du cabinet de conseil en investissements Trusted Sources. 
    Christopher Granville relève que la prévision d'un déficit 
budgétaire de 3% repose sur un baril à 50 dollars, déficit que 
le gouvernement espérait combler en empruntant et puisant dans 
le fonds de réserve national. 
    Mais un baril à 30 dollars signifierait un déficit de 5%, 
voire plus, affirme le consultant. Si cela arrive, Vladimir 
Poutine pourrait devoir relever les impôts en période électorale 
et réduire drastiquement les dépenses, ce qui aggraverait la 
récession. 
    Ou alors il devra réaliser davantage d'économies. 
    Emprunter sur les marchés obligataires internationaux ou 
lancer des privatisations sont également possibles, mais aucune 
de ces deux solutions n'est satisfaisante dans un contexte de 
marchés actions déprimés et de hausse des taux d'intérêt. 
    L'appétit des investisseurs pour la Russie est freiné par 
les sanctions occidentales imposées à Moscou pour sa politique 
vis-à-vis de l'Ukraine. 
    La Russie a déjà puisé dans ses deux fonds souverains. Ils 
renfermaient 130 milliards de dollars début décembre, contre 180 
milliards à la mi-2014. Le gouvernement doit également trouver 
1.000 milliards de roubles, soit 1,2% du PIB,  pour renflouer la 
banque publique de développement VEB. 
    "Les réserves représentent désormais aux alentours de 6,5% 
du PIB et c'est la raison pour laquelle ils devraient être à 
court de liquidités au milieu de l'année prochaine - à moins que 
le prix du pétrole remonte", dit Christopher Granville. 
    "Mais faire durer ces réserves jusqu'à l'élection nécessite 
des coupes significatives dans les dépenses maintenant."  
    De nombreux Russes vont reprendre le travail pour 
s'apercevoir que la vie va devenir plus difficile. 
    Les salaires des fonctionnaires seront gelés pour la 
troisième année consécutive, les retraites augmenteront moins 
que l'inflation, les denrées étrangères et les vacances vont 
devenir plus chères. 
     
    DES PRÉVISIONS À REVOIR ? 
    Les investisseurs, qui ont fui la Russie après 
l'effondrement du rouble, sont progressivement revenus, 
encouragés par des rendements obligataires à deux chiffres, par 
un relatif dégel des relations avec l'Occident et par quelques 
signes d'amélioration de la situation économique. 
    La perspective d'une nouvelle baisse des taux d'intérêt, 
après un recul de 600 points de base en 2015, a permis au 
gouvernement de tabler sur une croissance économique de 0,7% en 
2016 et de 1,9% l'année prochaine. 
    Mais ces prévisions pourraient ne plus être valables si le 
prix du pétrole ne remonte pas, avertit David Hauner, stratège 
chez Bank of America Merrill Lynch (BAML). 
    "Tant que les cours du pétrole chuteront, l'économie russe 
continuera à chuter", explique-t-il. "Nous devons savoir que si 
le marché est déstabilisé, les choses peuvent changer rapidement 
et le terrain est peu sûr en ce moment." 
    David Hauner reste cependant optimiste sur les obligations 
russes, notant que BAML table sur un baril de Brent remontant à 
50 dollars dans le courant 2016. 
    Mais les marchés pétroliers se préparent à de nouveaux 
reculs, craignant notamment que l'économie chinoise soit en plus 
mauvais état qu'il n'y paraît. 
    Des investisseurs ont commencer à acheter des options qui 
leur donnent le droit de vendre des futures à 25 dollars, 
reflétant leur anticipation d'un recul du Brent sous ce niveau. 
Le pétrole brut de l'Oural s'échange habituellement à deux à 
trois dollars en dessous du cours du Brent qui est la référence 
du marché mondial. 
    Manik Narain, stratège chez UBS, est l'un des nombreux 
analystes qui révisent ses prévisions pour la Russie -- à la fin 
de l'année dernière, il voyait le cours du rouble à 75 pour un 
dollar, en moyenne, pour 2016. 
    Plus les cours du pétrole chutent, plus il est compliqué 
d'anticiper l'évolution du rouble et de l'économie russe, dit-il 
en citant le risque d'un effet de panique au sein de la 
population et des entreprises. 
 
 (Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité 
par Véronique Tison) 
 
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