La chute des cours du minerai de fer plombe l'avenir des miniers

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LA CHUTE DES COURS DU MINERAI DE FER PLOMBE LES MINIERS
LA CHUTE DES COURS DU MINERAI DE FER PLOMBE LES MINIERS

par Henning Gloystein et Manolo Serapio Jr

SINGAPOUR (Reuters) - Après une chute de 30% des cours à terme en l'espace d'un mois, le marché du minerai de fer se prépare à une nouvelle crise et ses perspectives sont désormais bien plus sombres que celles du pétrole.

Les cours du minerai pour livraison immédiate ont baissé de 60% sur un an, conséquence du ralentissement rapide de la demande, notamment en Chine.

Mais malgré cet effondrement, les cours à terme se sont longtemps maintenus nettement au-dessus des cours "spot": il y a un mois, les producteurs arrivaient encore à vendre leur production 2017 à près de 70 dollars la tonne, alors que le cours avril 2015 était tombé sous 60 dollars pour la première fois depuis plus de cinq ans.

Aujourd'hui, les cours à terme se sont eux aussi effondrés, sous 47 dollars pour toutes les livraisons jusqu'à la fin 2017, ce qui prive bon nombre de groupes miniers de tout espoir de rentabilité sur les deux ans à venir.

Cette capitulation du marché à terme s'explique par une conjonction de facteurs mais principalement par l'annonce de la volonté de la Chine de soutenir ses propres producteurs de minerai de fer afin de protéger son secteur sidérurgique, en finançant le maintien de la production de certains gisements.

L'afflux massif de minerai en provenance d'Australie et du Brésil a aussi pesé sur les cours.

Et si le mouvement se poursuit, "la question se posera en terme de cash-flow: les miniers qui n'auront pas les liquidités suffisantes pour encaisser le choc risquent de s'effondrer", estime Jeremy Platt, analyste au cabinet de conseil londonien MEPS.

Trois seulement des 10 principaux producteurs de minerai de fer du monde sont jugés capables de rester rentables à ce niveau de prix: pour Rio Tinto et BHP Billiton, le point mort est estimé autour de 35-36 dollars la tonne, et chez l'australien Fortescue Metals Group, il avoisine 44 dollars la tonne, selon UBS.

GUERRE D'USURE

Pour tous les autres poids lourds du marché, y compris le numéro un, le brésilien Vale, le point mort estimé est supérieur à 50 dollars la tonne.

Des spécialistes du marché expliquent donc guetter désormais les signes montrant que des producteurs non-chinois à coûts élevés accélèrent la réduction de leur production.

Les perspectives sombres du marché du minerai de fer tranchent avec celles du pétrole, qui a certes lui aussi encaissé une chute rapide des cours depuis près d'un an mais auquel le marché à terme promet un rebond.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le pétrole brut livrable fin 2016 se traite en effet près de 10 dollars au-dessus du cours spot, ce qui entretient l'espoir de jours meilleurs pour les compagnies.

Cet espoir explique en partie la prime de 50% que Royal Dutch Shell a accepté de débourser cette semaine pour racheter BG Group, valorisant ce dernier à 70 milliards de dollars. L'opération a d'ailleurs nourri les spéculations sur une nouvelle vague de consolidation du secteur.

Les producteurs de minerai de fer, eux, peinent à trouver des financements: le mois dernier, Fortescue a dû renoncer à une émission obligataire à haut rendement de 2,5 milliards de dollars faute d'intérêt du marché et les investisseurs américains passent pour se délester progressivement des obligations des compagnies minières australiennes.

"C'est une guerre d'usure et la situation sera assez terrible pendant un bon moment puisque les cours du minerai de fer vont rester bas à moyen terme à cause de la pression liée à l'offre", dit Jeremy Platt.

(Avec James Regan à Sydney, Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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