La Chine veut tirer leçon des erreurs passées du Japon

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par Kazunori Takada et Leika Kihara SHANGHAI/TOKYO, 8 mars (Reuters) - La Chine veut prendre des leçons d'histoire économique auprès du Japon pour éviter qu'il ne lui arrive la même chose qu'à ce dernier: 20 années de récession et de déflation. Pékin estime que c'est dans la manière dont Tokyo a géré la libéralisation des flux de capitaux et du yen pendant 30 ans qu'est la source de la création puis de l'éclatement de la bulle spéculative du début des années 90, selon des sources du gouvernement japonais et d'ailleurs qui sont en contact direct avec les régulateurs chinois. "Ils ne sont pas le moins du monde intéressés par les réussites du Japon; ce sont ses erreurs qui les intéressent", a dit à Reuters une source basée en Chine. "Les économies japonaise et chinois partagent bien des points communs et je suppose donc qu'il y a beaucoup à apprendre de nos expériences". Responsables et analystes des cercles de réflexion chinois ont déjà une bonne connaissance des expériences du Japon et d'autres pays et les sources soulignent que les échanges bilatéraux, publics et privés, n'ont jamais cessé en dépit d'un différend territorial en 2012. "Il y a des échanges de vues très fréquents mais habituellement de manière informelle parce qu'il est parfois difficile de se rencontrer en public lors d'événements importants", a dit un responsable japonais. Mais la Chine veut en savoir encore plus sur les tenants et aboutissants de la politique économique nippone depuis qu'elle-même est touchée par un ralentissement de la croissance et par de premiers signes de déflation, selon les sources. Lors d'une réunion parlementaire annuelle qui a débuté jeudi, la Chine a annoncé un objectif de croissance de l'ordre de 7% cette année contre 7,4% en 2014, taux qui était déjà le plus faible depuis 24 ans. ACCORDS DU PLAZA La Chine se lance dans trois réformes financières d'ampleur que le Japon avait entreprises auparavant: la libéralisation des taux d'intérêt, l'internationalisation de la monnaie et l'ouverture de son compte de capitaux. Les autorités chinoises considèrent que les Accords du Plaza de 1985 entre les puissances occidentales et le Japon, qui se traduisirent dans les faits par une appréciation du yen et l'ouverture du compte de capitaux du Japon durant les années 80 et 90, sont l'événement critique qui a abouti aux "deux décennies perdues" du Japon, disent encore les sources. La flambée du yen qui a suivi les accords a plombé les exportations japonaises, provoquant des délocalisations, et par contrecoup l'ensemble de l'économie nippone, obligeant la Banque du Japon (BoJ) à assouplir la politique monétaire. Mais la plus grande partie des liquidités qui ont afflué à la suite de cet assouplissement, ainsi que les flux de capitaux étrangers mobilisés à la suite de la libéralisation du compte de capitaux, ont abreuvé la Bourse et l'immobilier, souvent par le biais d'un effet de levier intensifié. "La Chine tire déjà les leçons de l'expérience japonaise. Même si la croissance ralentit, les autorités chinoises ne prennent pas de mesures susceptibles de magnifier les déséquilibres financiers. C'est très sage de leur part", a dit Takahide Kiuchi, membre du conseil de la BoJ. Même lorsque les bulles financières étaient en formation, le Japon n'avait pas la possibilité de resserrer sa politique monétaire en raison de l'impact que cela aurait eu sur les Etats-Unis, son principal partenaire commercial. "L'une des leçons à tirer de l'expérience japonaise est que la priorité doit être accordée à la stabilité économique intérieure (et non pas les considérations internationales", a ajouté Kiuchi. Selon les sources, les régulateurs chinois ont également demandé comment le Japon avait traité la question des faillites bancaires et l'on peut se demander si cela ne veut pas dire que Pékin se prépare à une consolidation probable d'un secteur bancaire fragmenté une fois que les taux auront été libéralisés. Comme au Japon, les entreprises chinoises dépendent essentiellement des banques pour se financer et non des marchés financiers. Par ailleurs, la Chine réglemente rigoureusement son secteur bancaire en limitant par exemple le nombre d'agences que peut ouvrir une banque, comme cela se passait au Japon dans les années 70 et 80. "La consolidation qu'a connu le Japon dans les années 70 et 80 tenait surtout au fait que les banques les plus solides se portaient au secours des plus faibles, développant ainsi leurs réseaux; il est possible que cela se passe pareillement en Chine", a dit une source basée à Shanghaï. (Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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