La Chine tisse sa toile dans l?industrie minière

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Commodesk - L'Etat chinois a développé une stratégie d'approvisionnement en métaux fondée sur des investissements miniers à travers le monde, qui est en train de redessiner le paysage minier international.

Les compagnies chinoises sont-elles en train de rafler les plus prometteurs gisements métallifères du monde ? Des rachats - ou tentatives inabouties de rachats - d'actifs miniers par des investisseurs chinois hors du pays sont régulièrement annoncés et largement relayés par les médias spécialisés. Citons, en 2012, la prise de contrôle par Zijin Mining de la compagnie aurifère Norton Gold Fields, en Australie, après celle de la kazakhe Altynken en 2011 ; le projet d'exploitation de cuivre et de zinc dans l'Arctique canadien par la minière MMG, basée en Australie mais détenue à 72% par la compagnie d'Etat chinoise Minmetals ; la tentative, avortée faute d'accord, de rachat d'African Barrick Gold par China National Gold ; la naissance d'une joint-venture entre Rio Tinto et Chinalco (Aluminium Corporation of China) pour le développement du projet de mine de fer de Simandou, en Guinée ; les investissements par plusieurs compagnies chinoises dans la construction d'usines de transformation des minerais en Indonésie...

Autant d'exemples qui illustrent la diversité des modèles d'investissements des minières chinoises, mais avec un objectif bien précis : sécuriser l'approvisionnement du pays en métaux à long terme (un mouvement qui vaut d'ailleurs aussi pour le secteur énergétique).

Une stratégie politique d'approvisionnement

A l'inverse des grandes majors multinationales à fonds privés, le plus souvent basées dans les pays anglo-saxons et qui dominent toujours l'industrie minière mondiale, les investissements miniers chinois se font essentiellement par des compagnies d'Etat, ou via des fonds publics. Cette intense activité dans l'industrie minière mondiale fait partie d'une stratégie politique bien établie, qui a débuté dès 2000 avec l'initiation de la politique dite de « going out », qui encourage les compagnies locales à investir à l'étranger. Sa concrétisation dans le secteur minier a commencé à réellement émerger vers 2005. A cette période, les actifs miniers étaient chers, et les compagnies chinoises, privées ou d'Etat, se contentaient donc d'investir dans les projets d'exploration, aux première phases de développement. A partir de 2008, elles ont pu profiter des difficultés de financement sur les marchés occidentaux pour se placer en première ligne. Les capacités financières chinoises ont permis de surenchérir face aux concurrents, y compris sur des projets très prometteurs davantage développés.

D'abord positionnés principalement sur des zones géographiquement assez proches, en Asie et en Australie, ou encore dans d'autres pays politiquement stables, comme le Canada, les entreprises chinoises se sont par la suite intéressées de très près aux actifs miniers en Amérique latine, puis en Afrique. Avec des priorités qui évoluent en fonction des besoins : d'abord minerai de fer et cuivre, puis uranium pour accompagner un vaste programme de construction de centrales nucléaire, or pour satisfaire la demande notamment pour le secteur de la bijouterie...

Des ressources locales insuffisantes

La Chine est, sur son territoire, un géant de la production de métaux. Elle est notamment le premier producteur de minerai de fer, d'or, de plomb, de zinc, et dans le trio de tête pour l'aluminium, le cuivre, l'étain, l'argent... Mais c'est surtout, de loin, le premier consommateur, le pays concentrant plus de 40% de la demande mondiale en métaux raffinés - une demande qui est largement liée à sa phase de développement économique actuelle, dominée par l'industrie manufacturière d'exportation et le développement des infrastructures. La Chine est donc importatrice nette sur la quasi-totalité des métaux ou minerais, qu'elle importe souvent sous cette forme pour les transformer sur place. Bien que grande productrice d'aluminium, la Chine dépend ainsi pour 59% des importations pour son approvisionnement en bauxite, essentiellement en provenance d'Indonésie. Les importants investissements réalisés dans les mines locales ne suffisent pas à faire progresser la production au même rythme que la demande, d'où l'intérêt d'investir à l'étranger. Ces financements de projets sont très souvent couplés à des contrats offtake, qui donnent un droit d'achat d'une part de la future production des projets miniers soutenus financièrement.

L'Afrique, terrain privilégié

C'est l'Afrique qui apparaît, désormais, comme un terrain de jeu privilégié par les minières chinoises. Un intérêt qui s'est manifesté lorsque, en 2008, la Banque industrielle et commerciale de Chine a pris une participation de 20% dans le capital de la banque sud-africaine Standard Bank, première banque pour le financement et le conseil dans le secteur minier en Afrique. Fin 2011, la chinoise Jinchuan a acquis pour 1,3 milliard de dollars la compagnie sud-africaine Metorex, qui possède des mines de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo et en Zambie, en surenchérissant l'offre de la brésilienne Vale. En 2011, les investissements chinois dans le secteur minier africain ont ainsi atteint 15,6 milliards de dollars, selon les autorités chinoises... soit 10 fois plus qu'en 2010, grâce à quelques grands projets de plusieurs milliards de dollars chacun.

Les compagnies anglo-saxonnes, toujours loin devant la Chine

Le poids de la Chine dans l'industrie minière internationale est toutefois moins important qu'il ne peut le paraître. Les compagnies chinoises ne possédaient en 2011 que 3% de la valeur des mines au niveau mondial, contre 14,3% pour les entreprises de l'Union européenne, 8,9% pour les australiennes, 7,2% pour les canadiennes et 5,6% pour les américaines. Et le nombre de projets en cours est lui aussi largement inférieurs côté chinois à ceux menés par des entreprises  canadiennes, australiennes ou européennes.

Mais c'est la rapidité du développement des investissements chinois qui est frappante. Au premier semestre 2012, la Chine a été le troisième acteur dans les fusions-acquisitions du secteur minier, avec 13%, juste derrière le Canada et le Royaume-Uni. Des compagnies chinoises pourraient bien dans les prochaines années intégrer le top 10 du secteur, dont elles sont encore loin actuellement. Le secteur local n'a pas connu encore la phase de concentration massive qui a profondément changé le paysage industriel minier mondial, avec l'émergence de géants comme BHP Billiton ou Rio Tinto.

La mauvaise réputation

Reste que les minières chinoises pâtissent d'une mauvaise réputation, qui peut parfois leur nuire dans les négociations. En Afrique notamment, les entreprises chinoises sont généralement perçues comme celles qui respectent le moins les normes sociales et environnementales, et qui sont les moins transparentes.
En Zambie particulièrement, l'un des pays africains auxquels les compagnies chinoises s'intéressent le plus, avec plusieurs milliards de dollars d'investissements réalisés ces dernières années dans les mines de cuivre, les rapports sociaux sont extrêmement tendus. En 2010, des cadres chinois avaient tiré à balles réelles sur des travailleurs en grève dans une mine de charbon ; en 2011, dans la même mine, ce sont des mineurs qui tuaient un responsable chinois, en marge d'actions pour réclamer l'application rapide d'un nouveau salaire minimum en vigueur dans le pays. Fin 2011, l'ONG Human Right Watch épinglait les compagnies minières chinoises présentes dans l'industrie du cuivre en Zambie,  pour multiples abus et non respect des normes sociales locales et internationales : mauvaises conditions de sécurité, horaires de travail bien au-delà des limites légales, pratiques anti-syndicales... des pratiques jugées pires que celles des compagnies occidentales.
Une mauvaise réputation dont se servent aussi les compagnies concurrentes pour communiquer en leur faveur, et masquer leurs propres errements.

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