La Chine stocke du riz

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Commodesk - La Chine importe du riz en quantité, et le monde s'interroge sur ses motivations.

Premier producteur mondial, autosuffisant pendant 20 ans, la Chine est devenue importatrice en 2011, avec 575.700 tonnes achetées au Pakistan, au Vietnam et en Thaïlande.

Des achats régionaux au meilleur prix

Mais 2012 marque un tournant, les transformateurs chinois préférant désormais s'approvisionner à l'étranger, parce que les prix au Vietnam sont largement inférieurs au prix garanti par le gouvernement chinois à ses paysans. Quand le riz chinois est négocié à 625 dollars la tonne sur les marchés intérieurs, le Vietnam en exporte à 450 dollars, et le Pakistan à moins de 400 dollars, d'après le suivi des marchés de la FAO. La Thaïlande est moins compétitive, à 600 dollars la tonne, mais les entrepreneurs qui accompagnaient le dernier voyage à Bangkok du président chinois en ont acquis quelques milliers de tonnes.

En définitive, la prévision de 2,6 millions de tonnes de riz importées par la Chine en 2012 de l'USDA s'est révélée exacte, tandis que celle de la FAO, à 2,4 mdt, était sous-évaluée. Ce nouvel appétit des Chinois pour le riz mondial inquiète Concepcion Calpe, économiste senior à l'Organisation mondiale de l'Agriculture et pour l'Alimentation, parce que le marché chinois est considérable en comparaison des quantités relativement faibles de riz échangées dans le monde (37,5 millions de tonnes en 2013 selon la FAO). La Chine consommerait 30% du riz mondial, soit 137,4 millions de tonnes en 2011-2012.

Des stocks qui s'ajoutent à une production suffisante

Or, la Chine produirait 200 millions de tonnes de riz, sur un total pays de 571 millions de tonnes, toutes céréales confondues, selon ses chiffres officiels. Le ministère de l'Agriculture américain considère que la production réelle serait plus proche de 140 millions de tonnes, ce qui n'expliquerait encore pas le besoin d'importer, puisque le pays serait à l'équilibre.

De fait, il n'y a pas pénurie de riz, puisque les quantités mondiales produites augmentent constamment depuis 2003, avec des stocks de report important. En 2012-2013, l'excédent mondial de l'offre par rapport à la demande serait de 10 millions de tonnes, portant à 170 millions de tonnes les volumes entreposés, soit le tiers de la consommation mondiale, rappelle l'économiste spécialiste du marché du riz. L'alimentation humaine représente 402 millions de tonnes par an.

En Chine spécifiquement, la FAO évaluait les stocks stratégiques de riz à 93,7 millions de tonnes fin septembre dernier, soit 8 mois et demi de consommation, tandis que l'USDA les situe à 45,8 millions de tonnes à la fin de la saison, en juin-juillet prochain.

La Chine se justifie

Le ministère du Commerce extérieur chinois cherche à atténuer les craintes que suscitent ses achats, notant que l'ensemble des céréales importées de l'étranger (10,78 millions de tonnes de riz, maïs et blé jusqu'en novembre selon les douanes)  reste en-deçà des quotas que la Chine s'est fixée. A savoir 5,3 millions de tonnes pour le riz en 2012-2013, jusqu'à 7,2 millions de tonnes pour le maïs et 9,6 millions de tonnes pour le blé. (En cumul, la Chine a produit 510,4 millions de tonnes de ces trois céréales l'an dernier.) Les 1,43 million de tonnes de riz achetées au Vietnam jusqu'en octobre représentent 1% de la production chinoise de riz 2012.

Selon Thomas Pugh, expert auprès de la Banque asiatique de Développement, et économiste des matières premières, il existe une décorrélation entre le riz acheté par le gouvernement, qui vient grossir les stocks publics, et celui consommé par la population, qui provient de l'étranger parce qu'il est moins cher, donc plus rentable pour les industriels.

La perspective suscite des convoitises, chez les négociants indiens par exemple, qui ont obtenu pour la première fois en avril 2012 l'autorisation de vendre leur riz basmati en Chine, après six ans de démarches de certification. Le marché est dominé par le riz parfumé thaïlandais et les riz aromatiques du Pakistan.

La Chine ne se perçoit pas comme une menace pour la sécurité des approvisionnements mondiaux, et justifie sa démarche par le prix bas du riz par rapport aux autres denrées. Elle reste le 2e importateur mondial de riz, après le Nigeria, qui a acheté 3,2 millions de tonnes en 2012.

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