La Chine s'engage à laisser un rôle "décisif" aux marchés

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LA CHINE S'ENGAGE À LAISSER UN RÔLE "DÉCISIF" AUX MARCHÉS
LA CHINE S'ENGAGE À LAISSER UN RÔLE "DÉCISIF" AUX MARCHÉS

par Kevin Yao et Jason Subler

PEKIN (Reuters) - Le Parti communiste chinois (PCC) a décidé d'accroître la place laissée aux marchés pour réguler l'économie dans le programme de réformes pour la décennie à venir adopté mardi à l'issue de quatre jours de réunions à huis clos.

Les marchés vont jouer un rôle "décisif", selon le communiqué diffusé par l'agence Chine nouvelle dans son compte rendu du troisième plénum du 18e comité central du PCC. Auparavant, le parti décrivait plutôt les marchés comme devant jouer un rôle "de base", précise l'agence de presse officielle.

Il s'agit, précise le PCC, de parvenir à des "résultats décisifs" d'ici 2020, le changement économique étant le point central d'une réforme d'ensemble.

"La question clé est de clarifier la relation entre le gouvernement et le marché, en permettant au marché de jouer un rôle décisif dans l'allocation des ressources et en améliorant le rôle du gouvernement", déclare le PCC dans son communiqué.

Une équipe chargée d'orchestrer cette grande réforme va être mise sur pied, précise le communiqué. Elle sera responsable de l'élaboration de la réforme sur une base générale, de son avancement et de la supervision de sa mise en oeuvre.

Quand Deng Xiaoping a engagé le mouvement de réforme et d'ouverture à la fin des années 1970, il avait lui aussi créé un groupe de travail doté de nombreux pouvoirs, rappelle Steve Wang, économiste chez The Reorient Group à Hong Kong.

"Ces gens rendent directement compte au centre du pouvoir du Parti communiste. Ce n'est donc pas du tout une nouvelle couche dans la bureaucratie, cela vise à accélérer les choses, à les rendre plus efficaces", commente Steve Wang.

L'économie chinoise, très endettée, moins compétitive et en surcapacité industrielle, doit trouver de nouveaux relais de croissance après trois décennies d'un développement rapide tiré par les exportations, estiment le président Xi Jinping et le Premier ministre, Li Keqiang.

"RÉVOLUTIONNAIRE"

"Ils ont mis le changement de la relation entre le gouvernement et les marchés tout en haut de leurs priorités. (...) Ils cherchent à rompre avec le contrôle de l'Etat, autorisant les marchés à prendre la direction. (...) C'est une philosophie révolutionnaire, à l'aune chinoise", commente Dong Tao, économiste chez Credit Suisse à Hong Kong.

Toutefois, le PCC n'a pas présenté de réforme des entreprises publiques. Et, tout en soulignant que les entreprises publiques et les entreprises privées sont importantes et que ces dernières seraient encouragées, il réaffirme que la prééminence du secteur public sera maintenue.

Dans son communiqué, le PCC est avare de détails. Mais ce texte sert en quelque sorte de signal donné aux différents services de l'Etat pour prendre les mesures qui vont permettre de réduire le rôle de l'Etat dans l'économie.

Traditionnellement, le troisième plénum d'un nouveau comité central est le point de départ de grandes réformes économiques. Celui-ci va permettre aussi de juger de la détermination des nouveaux dirigeants à engager ces réformes.

Parmi les questions spécifiquement évoquées, le PCC s'engage à approfondir la réforme des finances publiques, à établir un marché du foncier unifié dans les villes et à la campagne, à créer un système de sécurité sociale solide et à accroître les droits des agriculteurs, toutes choses considérées comme nécessaires pour renforcer la solidité de la deuxième économie mondiale.

Les observateurs s'attendent également à ce qu'avec la fixation d'un horizon 2020, Pékin s'attache à laisser le taux de change du yuan évoluer plus librement.

Ils ne s'attendaient de toutes façons pas à ce que le président et son Premier ministre s'attaquent aux puissants monopoles d'Etat. Leur pouvoir va être limité par des mesures indirectes, ce qui permettra d'ouvrir un espace à la concurrence privée, qu'elle soit chinoise ou étrangère.

Certaines réformes risquent de se heurter à une résistance importante de la part de divers groupes d'intérêt dans un pays de 1,3 milliard d'habitants, tels que les gouvernements locaux ou les monopoles d'Etat, ont indiqué ceux qui participent aux discussions sur la mise en place des réformes.

Henri-Pierre André pour le service français

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