La Chine rêve de rivaliser avec Hollywood, mais le chemin sera long

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L'"Oriental Movie Metropolis", un ambitieux complexe cinématographique lancé en Chine par le conglomérat Wanda AFP PHOTO / Ed Jones
L'"Oriental Movie Metropolis", un ambitieux complexe cinématographique lancé en Chine par le conglomérat Wanda AFP PHOTO / Ed Jones

(AFP) - Un ambitieux complexe cinématographique lancé en Chine par le conglomérat Wanda pourrait renforcer la visibilité des films chinois sur la scène internationale, mais le chemin promet d'être long avant qu'ils ne soient en mesure de rivaliser avec les superproductions américaines.

Qingdao, ville portuaire de l'est de la Chine bordée de collines de pins, peut-elle devenir la rivale orientale de Hollywood, comme en rêve Wang Jianlin, patron de Wanda et homme le plus riche de Chine?

A grand renfort de stars internationales -- de Nicole Kidman à Leonardo diCaprio --, M. Wang y a dévoilé dimanche son projet de "Cité du cinéma": un investissement massif de 50 milliards de yuans (6,1 milliards d'euros), 376 hectares et dix studios, dont le "plus grand du monde" (10.000 m2).

Des moyens colossaux destinés à relever le niveau de la production nationale: "C'est la raison d'être du projet. Je ne sais pas si quiconque sera jamais en mesure de concurrencer Hollywood, mais étant donné la taille du box-office chinois (2e marché mondial après les Etats-Unis, ndlr), il faut être attentif à ce qui s'y passe", a commenté Hawk Koch, ancien président de l'Académie des Oscars, dans un entretien à l'AFP.

Wanda projette de tourner à terme 100 films par an --dont une trentaine pour le compte de producteurs étrangers-- dans ses studios de Qingdao.

"L'argent seul ne suffit pas. Il y a un écart monumental en termes de technique entre la Chine et Hollywood (...) et il faut bien plus que des structures matérielles pour faire de bons films", tempère Robert Cain, de la maison de coproduction Pacific Bridge Pictures et actif en Chine depuis 26 ans.

Même le recours à des talents étrangers peut s'avérer délicat: le Wall Street Journal a ainsi raconté l'an dernier la mésaventure de David Franzoni, scénariste du péplum hollywoodien à succès "Gladiator".

Recruté par un studio d'Etat chinois pour rédiger un scénario sur un épisode historique, M. Franzoni avait adopté le point de vue du général trahissant l'Empereur: une approche trop insolite, retoquée par l'Administration d'Etat en charge de la censure. Et l'Américain d'être invité à se concentrer sur des scènes de romance et d'action fidèles à la tradition.

Alors que Pékin rêve de voir s'épanouir le "soft power" culturel du pays, l'Etat contrôle étroitement le secteur cinématographique, et très rares sont les films de Chine continentale à séduire un public international.

"La Chine est surtout connue pour ses films de kung-fu et d'action. Pour être considérée plus sérieusement, elle doit produire des films plus intimes, avec des histoires plus personnelles, qui émeuvent les gens", se désole M. Koch.

Le public chinois lui-même accorde un accueil mitigé aux productions nationales: alors qu'un quota de 34 films étrangers seulement est distribué dans le pays chaque année, ces long-métrages importés représentaient plus de la moitié du box-office chinois en 2012.

Un timide renversement s'est amorcé au premier semestre 2013: les recettes de billetterie pour les films chinois ont doublé sur un an, et ont dépassé les productions étrangères pour la première fois depuis cinq ans.

Fin juin, le succès de l'atypique "Tiny Times", qui décrit le quotidien de jeunes Chinois fortunés, a détrôné contre toute attente dans le pays la superproduction américaine "Man of Steel" -- mais ses débouchés à l'international restent incertains.

Dans ce contexte, les studios chinois désireux de s'étendre par-delà les frontières misent volontiers sur des coproductions avec des studios étrangers: c'était le cas du dernier volet d'"Iron Man". De son côté, le chinois Dreams of Dragon Pictures a participé à la production du récent succès international "Cloud Atlas".

"Je serai étonné si on n'assistait pas, dans les prochaines années" au rachat d'un studio américain par un groupe chinois, a ajouté Robert Cain, estimant que Wanda "semble le mieux placé" pour mener une telle opération.

Conglomérat géant dont les activités vont de l'immobilier aux ventes de détails, Wanda était devenu en 2012 le premier propriétaire de salles de cinéma dans le monde en acquérant le spécialiste des multiplex aux Etats-Unis, AMC.

Mais l'heure n'est pas encore venue de parler d'un "Hollywood chinois", a estimé le comédien austro-allemand Christoph Waltz, invité à Qingdao: "C'est une contradiction dans les termes", a-t-il souri.

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