La Chine doit soutenir davantage la croissance, juge un expert

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LA CHINE DOIT INVESTIR POUR SOUTENIR SA CROISSANCE, PRÉCONISE UN EXPERT
LA CHINE DOIT INVESTIR POUR SOUTENIR SA CROISSANCE, PRÉCONISE UN EXPERT

par Xiaoyi Shao et Nick Edwards

PEKIN (Reuters) - La Chine doit intensifier sa politique de soutien à l'activité économique dans les trois prochains mois sous peine de ne pas atteindre son objectif de croissance annuelle de 7,5%, a déclaré à Reuters un haut responsable d'un centre de réflexion gouvernemental.

Selon Zheng Xinli, vice-président du China Centre for International Economic Exchanges (CCIEE), Pékin doit encourager les investissements, de préférence en augmentant les dépenses consacrées au réseau de trains à grande vitesse, pour enrayer le ralentissement de sa croissance économique constaté pendant les six derniers trimestres.

"Il n'y a eu jusqu'à présent aucun signe de rebond de l'économie. La croissance du PIB et de la production industrielle pourrait se tasser davantage au troisième trimestre", souligne-t-il.

Le produit intérieur brut (PIB) chinois était en progression de 7,6% sur un an en juin, sa croissance la plus faible depuis trois ans.

"Si l'économie chinoise ne rebondit pas au troisième trimestre, il n'y a aucune chance d'y parvenir au quatrième et nous pourrions manquer notre objectif de croissance de 7,5%", prédit Zheng Xinli dont le centre de réflexion -comme toutes les institutions de ce genre en Chine- soumet des recommandations directement au gouvernement.

Dirigé par l'ancien vice-Premier ministre Zeng Peiyan, le CCIEE travaille sous la responsabilité du principal organisme établissant la politique économique chinoise, la Commission nationale pour le développement et la réforme.

"Si l'économie chinoise ne montre pas de signes de reprise au troisième trimestre, cela va provoquer des problèmes sur le front de l'emploi, une nouvelle détérioration des bénéfices des entreprises et une aggravation de la dette", note Zheng Xinli.

EXPORTATIONS EN BERNE

Pékin tient à ce que le XVIIIème Congrès du parti communiste, prévu en octobre, se déroule dans le climat de prospérité économique et de stabilité sociale que le régime de parti unique est censé fournir aux Chinois.

Le gouvernement a essayé à plusieurs reprises de soutenir la croissance depuis un an, en abaissant à deux reprises les taux d'intérêt de la banque centrale, en débloquant quelque 1.200 milliards de yuans (153 milliards d'euros) des réserves des banques pour favoriser de nouveaux prêts et en accélérant la mise en place de projets d'infrastructures étatiques.

Mais les derniers indicateurs disponibles montrent que cette politique tarde à produire des effets, avec en juillet un coup d'arrêt pour les exportations, qui n'ont progressé que de 1% sur un an et une croissance de la production industrielle à son plus bas niveau depuis mai 2009.

Ces statistiques décevantes ont incité la plupart des banques d'investissement à revoir à la baisse leurs prévisions de croissance 2012 de la Chine -qui se préparait déjà à connaître sa croissance annuelle la plus faible depuis 1999, autour de 8%, selon le consensus des économistes interrogés par Reuters.

"Dans une situation aussi difficile, la Chine doit maintenir un certain niveau d'investissements pour mener à bien sa restructuration économique et tirer son économie vers le haut", insiste Zheng Xinli.

Selon lui, le gouvernement doit donc soutenir la consommation intérieure et stimuler les investissements du secteur privé dans le secteur ferroviaire, les services aux collectivités et les infrastructures.

LE CHANTIER DES TGV

Les prix à la consommation sont attendus en recul en août, après avoir baissé sans interruption depuis le pic de trois ans atteint en juillet 2011, à 6,5%, pour retomber bien en-dessous de l'objectif de 4% fixé pour cette année. Des signes de déflation pourraient même apparaître, estime Zheng Xinli.

Le responsable du CCIEE plaide pour une hausse des dépenses consacrées au développement du réseau de trains à grande vitesse, déjà le plus important au monde avec 8.358 kilomètres de voies opérationnelles fin 2010, d'après les chiffres de l'agence officielle Chine nouvelle.

Le ministre des Sciences et de la Technologie a dit que le gouvernement souhaitait que la Chine soit équipée de 20.000 km de lignes à grande vitesse d'ici 2020.

Pékin a dépensé dans cet objectif 708 milliards de yuans (90 milliards d'euros) en 2010, et annoncé le mois dernier qu'il ajouterait 64 milliards de yuans aux 580 milliards déjà programmés pour 2012.

Le secteur ferroviaire a été affecté par un scandale qui a coûté son poste au ministre des Chemins de fer après la collision meurtrière de deux trains à grande vitesse l'an dernier.

"Après avoir tiré les leçons de l'accident, il nous faut investir fortement dans les lignes à grande vitesse", argumente Zheng Xinli, qui met en avant la nécessité pour l'économie chinoise de bénéficier d'un meilleur réseau de transports.

Très endetté, le ministère des Chemins de fer a perdu sept milliards de yuans au premier trimestre, selon les médias locaux, et le développement des lignes à grande vitesse lui permettrait de devenir plus rentable, fait encore valoir le CCIEE.

Tangi Salaün pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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