La Chine comptera 350 millions de retraités en 2030

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Un quart de la population aura plus de 60 ans d'ici 15 ans. Un problème pour les jeunes générations qui n'ont pas les moyens de prendre en charge leurs aînés.

Comme des dizaines de millions d'autres Chinois, He Xiangying voit s'approcher l'âge de la retraite. Trop occupée à élever l'enfant d'un couple d'inconnus et à envoyer de l'argent à son propre fils, elle n'a guère le temps de se demander qui s'occupera d'elle pendant ses vieux jours. La nourrice prévoit de travailler tant que son état de santé le permettra. Après, dit-elle, elle regagnera son village natal, à la campagne, et cultivera des légumes pour économiser.

Madame He, une veuve de 51 ans, doute que son fils, sans emploi, puisse l'aider financièrement. «Déjà qu'il peine à subvenir à ses propres besoins, pourquoi aiderait-il sa mère vieillissante?», a-t-elle confié, près de la poussette de l'enfant dont elle s'occupe, à l'ombre dans un parc de Pékin. «Je m'occuperai de moi-même».

Un vieillissement dû à la politique de l'enfant unique

La population âgée croît si rapidement en Chine qu'elle laisse sans solution les enfants, pourtant censés, dans la tradition chinoise, s'occuper de leurs parents vieillissants. La prise en charge professionnelle, elle, demeure rare et chère. Les prévisions indiquent que 350 millions de Chinois - un quart de la population - auront 60 ans ou plus d'ici à 2030. Soit près du double du nombre actuel.

Ce vieillissement, dû à la politique de l'enfant unique, va peser très lourd sur le pays, réduisant la main d'oeuvre et rendant des héritiers - sans frère ni soeur - responsables de leurs multiples grands-parents. Beaucoup de ces jeunes adultes ont déjà du mal à joindre les deux bouts, face à la cherté de l'immobilier notamment.

La Chine en est toujours aux expérimentations s'agissant des personnes âgées, des maisons de retraite et du financement des retraites. Le pays ne dispose aujourd'hui que de 25 places en institution pour 1000 seniors, a indiqué le ministre des Affaires civiles Li Liguo cette semaine.

«C'est comme une tombe»

Dans la banlieue de Pékin, un hôtel trois étoiles a été converti en établissement d'accueil, la maison de retraite Yigangnian, où 300 résidents disposent de chambres simples et s'occupent en jouant au majong ou aux cartes. «Si je vivais chez moi, je me sentirais vraiment seul», assure Zhou Chuanxun, pensionnaire du centre depuis deux ans. «Au mois, ici, je peux discuter avec des gens. Le temps passe plus vite.» Sa fille et son fils «ont tous les deux de bonnes situations» mais sont trop débordés pour s'occuper de lui, a-t-il ajouté. L'établissement demande 8000 yuans par mois pour une personne, un luxe inaccessible à la majorité.

Autre problème: l'absence de personnel qualifié, la jeune main-d'oeuvre du pays cultivant d'autres rêves que celui de s'occuper des personnes âgées. Et comme dans beaucoup d'autres pays, ces centres sont souvent perçus comme de tristes antichambres de la mort. Au parc où se promène madame Hou, un sexagénaire évoque une connaissance qui vient d'être admise en maison de retraite: «C'est comme une tombe», dit-il. Un joueur d'harmonica ajoute: «Les personnes âgées ne veulent pas partir de chez eux. Peu importe la qualité de l'établissement, ce n'est pas comme à la maison».

Des freins culturels au recul de l'âge de départ à la retraite

La culture chinoise a beau prêcher le respect des anciens, le principe vacille sous la pression de la vie moderne. Le gouvernement, qui estime que seulement 3% des personnes âgées pourront être accueillies par des établissements, s'attend donc à ce que la majorité d'entre elles restent chez elles, engageant éventuellement une personne pour s'occuper d'eux. Mais le coût élevé d'une aide à domicile pose problème.

Plusieurs propositions déjà avancées --augmentation des cotisations de retraite et recul de l'âge de départ en retraite, pour l'instant à 60 ans pour les hommes et 55 pour les femmes-- rencontrent des résistances. En juillet, quatre grandes villes ont lancé des expérimentations défiant la tradition, encourageant les personnes âgées à vendre leur maison en échange d'un revenu régulier. «Pas question», a affirmé Madame Chen: «Il faut transmettre quelque chose à ses enfants».

Les solutions prendront du temps, ce dont manque le pays vieillissant, d'après Yanzhong Huang, spécialiste de la santé au Council on Foreign Relations, basé aux États-Unis. «Je n'ai vu aucun rapport du gouvernement dire 'cette expérimentation a été un franc succès, généralisons la'», a-t-il affirmé. Dans le parc, un homme de 79 ans fait ses étirements à côté d'autres anciens. Sa solution à lui: rester en forme, le plus longtemps possible, dit-il.

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