La chasse turque abat un avion russe à la frontière syrienne

le , mis à jour à 13:21
0
    * L'avion a ignoré les sommations, selon Ankara 
    * Moscou confirme la perte du SU-24, parle d'incident "très 
grave" 
    * Moscou dément que l'avion ait violé l'espace aérien turc 
    * Un groupe rebelle syrien annonce la mort d'un pilote russe 
    * Sergueï Lavrov normalement attendu en Turquie mercredi 
 
 (actualisé tout du long) 
    par Tulay Karadeniz 
    ANKARA, 24 novembre (Reuters) - L'armée de l'air turque 
annonce avoir abattu un chasseur-bombardier russe Soukhoï SU-24 
mardi à proximité de la frontière syrienne, après lui avoir 
adressé une série d'avertissements pour violation de l'espace 
aérien, version que Moscou conteste en assurant pouvoir prouver 
que l'appareil survolait exclusivement la Syrie. 
    C'est la première fois que les forces armées d'un pays de 
l'Otan abattent un avion russe ou soviétique depuis les années 
1950. Le Kremlin a parlé d'un "incident très grave" tout en 
ajoutant qu'il était trop tôt pour en tirer des conclusions. 
    La chaîne de télévision turque Haberturk TV a montré le 
Soukhoï en flammes, chutant et s'écrasant dans une zone boisée, 
en dégageant une colonne de fumée. Sur une vidéo de l'agence de 
presse turque Anatolie, on peut voir deux pilotes sautant en 
parachute. 
    Le porte-parole d'un groupe rebelle syrien a annoncé mardi, 
vidéo à l'appui, la mort d'un pilote russe après le crash dans 
le nord-ouest de la Syrie. Sur les images envoyées à Reuters par 
ces rebelles, on voit un homme à terre, immobile et portant la 
trace de graves blessures. 
    Un peu plus tôt, la chaîne CNN Türk, citant des sources 
locales, avait rapporté que l'un des pilotes était aux mains de 
combattants rebelles turkmènes du nord de la Syrie. Des 
hélicoptères de l'armée russe sont à la recherche des pilotes, 
écrit pour sa part l'agence de presse turque Dogan.   
    "L'avion volait à une altitude de 6.000 mètres. Le sort des 
pilotes n'est pas encore déterminé avec certitude. Selon les 
premières informations, ils ont été en mesure de s'éjecter", a 
déclaré le ministère russe de la Défense. 
    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a été informé de 
l'incident par le chef d'état-major de l'armée et le Premier 
ministre, Ahmet Davutoglu, a ordonné des consultations avec 
l'Otan ainsi qu'avec les Nations unies et les pays concernés, 
indiquent leurs services. 
     
    EN TROIS JOURS, 1.700 PERSONNES ONT FUI 
    L'armée turque dit avoir lancé dix avertissements en 
l'espace de cinq minutes pour violation de l'espace aérien. 
    "Les données dont nous disposons sont très claires. Deux 
avions s'approchaient de notre frontière, nous les avons avertis 
alors que nous nous rapprochions", a dit à Reuters un haut 
responsable turc. 
    "Nous leur avons dit avant qu'ils ne le fassent qu'ils ne 
devaient pas pénétrer dans l'espace aérien turc, et avons 
adressé de nombreux avertissements. Nos données montrent sans 
ambiguïté que l'espace aérien turc a été violé à de multiples 
reprises. Et ils l'ont violé en connaissance de cause", a assuré 
ce responsable.   
    Moscou a aussitôt contesté cette version. "Pendant toute la 
durée du vol, l'avion est resté exclusivement au-dessus du 
territoire syrien. Cela a été enregistré grâce à des méthodes 
fiables de contrôle", dit le ministère russe de la Défense.  
    Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, est attendu 
mercredi en visite en Turquie pour discuter du conflit syrien, 
déplacement qui avait été organisé avant l'incident aérien. De 
son côté, le président Erdogan doit se rendre fin décembre en 
Russie pour des entretiens avec son homologue Vladimir Poutine. 
    L'aviation russe tout comme l'aviation syrienne ont déjà 
mené des frappes dans le secteur où le Soukhoï s'est écrasé.     
Moscou a lancé le 30 septembre une campagne de frappes aériennes 
en soutien du régime syrien. 
    La semaine dernière, l'ambassadeur russe à Ankara avait été 
convoqué par les autorités turques pour recevoir une 
protestation officielle concernant les "intenses" bombardements 
de villages turkmènes du nord de la Syrie par l'aviation de son 
pays.  
    Ces raids menés dans des zones peuplées de civils pourraient 
avoir de "graves conséquences", avait dit à cette occasion le 
ministère turc des Affaires étrangères. 
    La Turquie se veut solidaire des populations turkmènes du 
nord de la Syrie, qui sont d'ascendance turque.  
    Selon un responsable turc interrogé lundi, environ 1.700 
personnes ont fui en trois jours les régions montagneuses du 
nord de la Syrie frontalières avec la Turquie après des 
bombardements. 
 
 (Avec Daren Butler, Melih Aslan et Asli Kandemir à Istanbul, 
Maria Kiselyova et Vladimir Soldatkin à Moscou, Tom Perry et 
Sylvia Westall à Beyrouth; Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye 
pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant