La chambre de commerce d'Ajaccio, objet de convoitises

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par Roger Nicoli

AJACCIO (Reuters) - L'assassinat de Jacques Nacer mercredi à Ajaccio replace la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Corse-du-Sud au centre des interrogations des enquêteurs, tant l'institution consulaire fait l'objet de convoitises.

Le président de la CCI est le quatrième proche de l'ex-leader indépendantiste Alain Orsoni, président de l'AC Ajaccio, club de football de Ligue 1, abattu dans l'île depuis deux ans.

En dépit de l'assassinat à la mi-octobre de l'avocat Antoine Sollacaro, Jacques Nacer, un commerçant de 49 ans, "ne se sentait pas menacé", dit son entourage.

Il a été abattu par un homme armé d'un revolver en fin de journée dans sa boutique de vêtements située rue Fesch, l'artère la plus commerçante de la ville.

L'élu a été atteint par trois balles, deux dans la tête et une au thorax, selon les premiers éléments de l'autopsie, indique une source policière.

L'enquête tourne autour d'un tireur solitaire qui "est entré dans la boutique, a fait feu avec un revolver, puis est reparti à pied", dit-on au parquet d'Ajaccio.

"Les images de vidéosurveillance ont montré que le tueur mesure plus d'1,80m et qu'il portait un bonnet qu'il a pu dérouler pour masquer son visage", ajoute-t-on.

Les enquêteurs s'attachent à la personnalité d'un homme qui n'avait jamais été inquiété par la justice mais dont l'entourage a été frappé par plusieurs morts violentes.

DES ANCIENS DU MPA

Dans les années 2000, Jacques Nacer était proche de la famille libérale insulaire, avant de rejoindre la CCI aux côtés d'anciens nationalistes du Mouvement pour l'autodétermination (MPA) animé par Alain Orsoni.

Premier vice-président de la CCI, il avait assuré l'intérim puis en avait pris la tête en 2008, après la mise en examen de son président d'alors, Raymond Ceccaldi, dans le scandale financier de la société méditerranéenne de sécurité (SMS).

Dix-sept personnes ont été condamnées en 2011 pour des abus de biens sociaux et des fraudes sur les marchés publics.

"La piste des répercussions de l'affaire SMS est étudiée, mais elle n'est pas la seule", souligne une source proche de l'enquête.

Cette société avait remporté les marchés de la sûreté aéroportuaire dans le sud de la Corse et à Hyères-Toulon, dans le Var.

L'un des dirigeants de fait de la SMS était Antoine Nivaggioni, un ancien du MPA tué le 4 septembre 2010 à Ajaccio dans un règlement de comptes.

Un autre ancien gérant de la SMS, Yves Manunta, ex-militant de l'ANC, (Accolta naziunale corsa, Rassemblement national corse), relaxé dans l'affaire, avait dénoncé lors du procès un "sytème politico-mafieux".

Victime le 8 novembre 2011 à Ajaccio d'une tentative d'assassinat dans laquelle sa femme et sa fille ont été blessées par balles, Yves Manunta a été tué le 9 juillet 2012 dans cette même ville.

Début septembre, à Ajaccio, Charles Cervoni, gérant la buvette de l'AC Ajaccio et proche lui aussi d'Alain Orsoni, échappait à une tentative d'assassinat dans le centre de la cité impériale.

Deux mois plus tard, le 16 octobre, des tueurs abattaient l'ancien bâtonnier d'Ajaccio Antoine Sollacaro, conseil de certains prévenus de la SMS.

Jacques Nacer avait été entendu à sa demande dans cette affaire, le ministère public lui reprochant la non-constitution de partie civile de la CCI dans ce dossier où plus de 2 millions d'euros avaient été détournés au profit de la SMS.

Le commerçant était également le secrétaire général de l'AC Ajaccio. "Nous essayons de comprendre pourquoi il a pu être une cible", dit la source proche de l'enquête.

Les commerces d'Ajaccio baisseront leur rideau lors des obsèques de Jacques Nacer samedi matin dans la cathédrale d'Ajaccio.

Edité par Gérard Bon

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