La CGT ne signera pas le plan "Transform 2015" d'Air France

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La CGT ne signera pas le plan "Transform 2015" d'Air France
La CGT ne signera pas le plan "Transform 2015" d'Air France

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - La CGT, premier syndicat d'Air France, a fait savoir mercredi qu'elle ne signerait pas les accords sociaux du plan "Transform 2015" censé permettre à Air France-KLM d'économiser deux milliards d'euros en deux ans et demi afin de réduire sa dette d'autant.

La compagnie Air France, largement responsable des pertes du groupe franco-néerlandais, veut réduire ses coûts de 20%, soit de 1,8 milliard d'euros, d'ici fin 2014. La moitié devrait provenir des 5.122 réductions de postes d'ici fin 2013, annoncées la semaine dernière, desquelles direction et syndicats doivent discuter jeudi et vendredi.

"La CGT ne valide pas le plan Transform 2015 qui, pour nous, n'est pas un plan de sauvegarde", a déclaré David Ricatte, secrétaire national de la CGT Air France, lors d'une conférence de presse au siège de la compagnie à Roissy.

"Nous n'attendons plus de grosses nouveautés (dans le plan). Vu ce qui nous est proposé, la CGT ne signera pas".

Air France n'a pas souhaité faire de commentaires.

L'accord d'une majorité des syndicats représentatifs d'Air France est nécessaire pour que le plan soit définitivement validé début juillet.

En clair, pour être adoptés, les accords devront être signés par un ou des syndicats disposant au total de plus de 30% des voix au sein d'Air France et ne devront pas être contestés par un ou des syndicats représentant au total plus de 50% des suffrages.

Après un nouveau comité central d'entreprise jeudi matin, une ultime journée de discussions aura lieu vendredi. Une signature pourrait intervenir le 6 juillet pour le personnel et un peu plus tard pour les personnels navigants, qui doivent soumettre les accords à un référendum.

Si les discussions échouent, les accords collectifs existants seront dénoncés mais continueront à s'appliquer pendant 15 mois. A l'issue de cette période, la convention collective du secteur aérien sera appliquée si aucun nouvel accord n'est conclu entre-temps.

Un échec des discussions dans les prochains jours pourrait déboucher sur un conflit social au moment même des grands départs en vacances et empêcher une remontée du cours en Bourse d'Air France-KLM, les marchés attendant beaucoup de l'issue des négociations.

Le titre du groupe gagnait 0,53% à 3,599 euros mercredi après-midi. Il affiche un recul de 9,5% depuis le début de l'année après une chute de 70,9% en 2011. A ce niveau de cours, Air France-KLM est valorisé moins de 1,1 milliard d'euros.

ENCORE PRÉMATURÉ DE PARLER DE GRÈVE

David Ricatte a précisé qu'il était encore prématuré d'envisager un recours à la grève, la CGT menant avec les salariés des consultations qui se prolongeront jusqu'à la semaine prochaine.

La compagnie s'est engagée jeudi dernier à ne procéder à aucun licenciement sec d'ici la fin de l'an prochain, voire en 2014 si elle constate au second semestre 2013 que le plan se déroule comme prévu.

Mais cette promesse ne répond qu'en partie aux demandes des syndicats, qui réclament qu'elle s'applique pendant toute la durée du plan.

La CGT a dénoncé un plan basé sur un diagnostic "partiel", un "chantage à l'emploi" de la direction, à laquelle elle reproche d'avoir sous-estimé la concurrence des compagnies du Golfe et peu innové pour relancer son activité long-courrier.

"Ces erreurs de diagnostic pèsent très lourd dans la facture qui est présentée aux salariés aujourd'hui", a souligné David Ricatte. "Nous, salariés, payons les pots cassés de cette absence de stratégie pendant des années".

David Ricatte a également jugé qu'un plan de départ volontaire, par nature coûteux, n'était pas une "solution miraculeuse" et il a mis en garde contre la démotivation du personnel.

"On ne veut pas se retrouver comme chez France Télécom", a-t-il dit, faisant référence à la vague de suicides qui a touché l'opérateur télécoms. "Un personnel qui n'est plus motivé, qu'est-ce qu'il produit comme richesses ?"

Air France, dont l'activité court- et moyen-courrier a perdu quelque 500 millions d'euros en 2011, prévoit de créer un pôle régional regroupant trois compagnies existantes, Régional, Brit Air et Airlinair.

La CGT a interpellé l'Etat français, qui détient 15,9% d'Air France-KLM, en demandant au nouveau gouvernement d'organiser des assises du transport aérien pour définir l'évolution du secteur.

"Voulons-nous un transport aérien low-cost au même type de ce qui se passe actuellement dans l'industrie alimentaire et les grandes surface ?", s'est interrogé Mehdi Kemoune, secrétaire général adjoint de la CGT d'Air France, soulignant les impacts d'une telle évolution sur la sécurité.

Edité par Marc Angrand

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