La CGT met en garde Ayrault avant ses consultations sociales

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PARIS (Reuters) - La CGT, "déçue" par le premier acte du quinquennat, accuse François Hollande d'avoir "lâché" sur sa politique économique et sociale pour obtenir un sursis de Bruxelles et le menace d'"une irruption des salariés sur le terrain social" s'agissant des retraites.

A la veille de consultations entre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et les partenaires sociaux, pour préparer la deuxième conférence sociale des 20 et 21 juin, le secrétaire général du premier syndicat français, Thierry Lepaon, a défendu le principe d'un "rapport de forces" avec le gouvernement.

"La question du rapport de forces est une question essentielle. Il faut que les salariés s'occupent de leurs affaires", a-t-il déclaré au "Grand Rendez-vous" Europe 1/i>Télé/Le Parisien-Aujourd'hui en France. "Le résultat d'une négociation, c'est avant tout le résultat d'une mobilisation".

"Il faut que les salariés arrêtent de penser que les syndicats, dans le cadre de négociations, peuvent obtenir des choses s'ils n'investissent pas le terrain social", a-t-il ajouté, les exhortant à "une irruption sur le terrain social" en vue de la future réforme des retraites.

La CGT sera reçue en dernier lundi par Jean-Marc Ayrault au terme d'une journée de discussions qui aura vu se succéder avant elle à Matignon, à partir de 08h30, le Medef, l'UPA, la CGPME, FO, la CFDT, la CFE-CGC, et la CFTC.

Selon le gouvernement, la conférence de juin doit notamment permettre d'approfondir la concertation sur la réforme des retraites qu'il souhaite présenter à l'automne au Parlement.

Face à un déficit annuel attendu à plus de 20 milliards d'euros en 2020 par le Conseil d'orientation des retraites, François Hollande s'est déjà prononcé pour un allongement de la durée de cotisation, une option rejetée notamment par la CGT.

"Si on augmente les salaires et si on augmente le nombre de salariés au travail, on n'a pas de problème de retraite", a dit Thierry Lepaon.

"PASSER LA SERPILLIÈRE"

Pour le secrétaire général - dont le syndicat n'a pas signé le projet de loi sur la sécurisation de l'emploi qui devrait être définitivement adopté mardi par le Parlement -, le nouveau pouvoir socialiste "n'a pas choisi la rupture d'un point de vue économique avec les gouvernements précédents".

"Les mêmes recettes vont sans doute produire les mêmes effets, contrairement aux engagements du président de la République", a-t-il jugé.

La Commission européenne a donné jusqu'à 2015 à la France pour ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB), un geste qui ne remet pas en cause, selon François Hollande, la nécessité du "sérieux budgétaire".

Ce sursis, estime Thierry Lepaon, est intervenu en contrepartie de décisions contraires aux intérêts des salariés.

Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, "a lâché sur la question de la flexibilité, sur la question de la retraite et aussi sur la politique industrielle, notamment sur la cession d'actifs de l'Etat dans deux grandes entreprises : EDF et la SNCF", a-t-il affirmé.

"Tout cela pour réussir à faire plaisir à Angela Merkel et à reculer les 3%", a-t-il déploré.

Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du Parti socialiste aux questions européennes, soutient que la France n'est plus "sur la défensive" vis-à-vis de Bruxelles.

"Aujourd'hui, le débat avec la Commission européenne ouvre la perspective de deux ans plus tranquilles", a-t-il commenté dimanche sur Radio J. "Nous sommes dans une nouvelle situation, nous avons la possibilité de desserrer les contraintes imposées de l'extérieur".

"Il était difficile de développer pleinement notre politique de redressement dans la justice alors qu'il fallait passer la serpillière après Nicolas Sarkozy", a dit l'élu socialiste en évoquant la charge d'"éponger les dettes".

Sophie Louet

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