La CGT entre dans l'ère Martinez, tente une sortie de crise

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* Martinez dirigeait la fédération métallurgie depuis 2008 * Le mystère plane encore largement sur sa personnalité * Une large place aux partisans d'une ligne radicale * Martinez est crédité d'un certain pragmatisme (Avec analyse, portrait de Martinez, contexte) par Emmanuel Jarry PARIS, 3 février (Reuters) - La CGT a confié mardi à un nouveau secrétaire général, Philippe Martinez, pratiquement inconnu il y a encore trois mois, le soin de la sortir de la crise la plus grave de son histoire, quitte à passer par une phase de raidissement d'ici son prochain congrès. Son comité confédéral national (parlement) a massivement adoubé le bureau confédéral constitué par le successeur, crédité de 93,4% des voix, de Thierry Lepaon. Un dénouement à l'usure, après trois ans de crise ouverte en 2012 par la succession ratée de Bernard Thibault à la tête de la première organisation syndicale française, que n'a pas permis de solider la désignation en 2013 de Thierry Lepaon, poussé à la démission en janvier après une polémique sur son train de vie. "Tout le monde a envie d'en sortir (...) quelles que soient les crispations sur tel ou tel nom", dit un de ses dirigeants. Numéro un de la puissante fédération de la métallurgie, Christian Martinez est sorti de l'ombre début décembre, quand Thierry Lepaon, qui envisageait encore d'aller au bout de son mandat, a proposé d'en faire, le moment venu, son successeur. Cet homme de 53 ans, taille moyenne, visage rond, épaisse moustache noire à la gauloise sous un crâne dégarni, devra préparer le congrès du printemps 2016, rassembler et remettre au travail une CGT coupée en deux et paralysée par les dissensions. Un défi sera de "mettre sur la table les débats de fond que nous n'avons pas eus depuis des années", dit un membre du bureau sortant : "Quel syndicalisme ? Quelle stratégie revendicative ? Comment mettre plus de démocratie dans la maison ?" A quoi bon multiplier les "journées de mobilisation qui mobilisent de moins en moins de monde", demande Jean-Dominique Simonpoli, directeur général de l'association Dialogues. Pour Alain Alphon-Layre, membre de la Commission exécutive (le "gouvernement") de la CGT, cela implique aussi de prendre à bras le corps les problèmes d'organisation de la confédération. SCEPTICISME "La structuration de la CGT et son fonctionnement pyramidal ne sont plus adaptés à la réalité du salarié", dit-il. "Chaque fédération a tendance à faire un peu ce qu'elle veut." La composition de la nouvelle direction laisse cependant sceptique plus d'un observateur sur ses capacités à s'attaquer à de tels défis dans la période de transition qui s'ouvre. Cinq des neuf membres du bureau entourant Philippe Martinez défendent une ligne radicale d'opposition au gouvernement et au patronat proche de celle du Parti communiste et du Front de gauche, dont Pascal Joly, membre du conseil national du PCF. Ces cinq-là ont été en première ligne contre Thierry Lepaon. Les quatre autres sont réputés proches de l'ex-numéro un, donc plus "ouverts", sans pour autant faire figure de "réformistes" -- un courant évincé du bureau, comme les rares membres de l'équipe sortante qui pouvaient paraître proches du PS. Autre particularité, hors Philippe Martinez et une des cinq femmes du bureau, tous les autres viennent du secteur public, loin des objectifs affichés d'équilibre avec le privé. Pour les "cégétologues", ce bureau est un gage donné aux éléments les plus remuants de la CGT et se traduira par un raidissement, au moins dans un premier temps. Mais les mêmes analystes jugent un tel raidissement intenable sur la durée. "Thibault a essayé de remettre la CGT au coeur des négociations sociales (...) Il ne faut pas qu'on perde ça", dit pour sa part à Reuters un dirigeant de fédération. "Une CGT qui s'écarte du jeu du dialogue social est une CGT qui ne sert pas à grand-chose aux salariés", poursuit-il. "Une CGT dans la posture est probablement beaucoup plus confortable mais ça nous éloignerait durablement des salariés." Or la CGT a reculé un peu partout aux dernières élections professionnelles. Et avec près de 700.000 adhérents, elle est loin du million de syndiqués qu'elle s'est fixé pour objectif. "PAS COMMODE" Beaucoup dépendra de l'autorité que saura imposer Philippe Martinez, lui-même étiqueté CGT "canal historique" et encarté au PCF. Or sa personnalité reste un mystère, bien qu'il ait été à la tête de la fédération de la métallurgie depuis 2008. Ses homologues des autres syndicats disent ne l'avoir jamais vu lors de négociations avec le patronat de la métallurgie et ne pas savoir grand chose de lui. Même le service de presse de la CGT ne disposait pas encore lundi d'une notice biographique. La plupart de ses homologues le jugent capable de s'adapter. "Il saura remettre une certaine stabilité dans la CGT. Il a un vrai don pour dialoguer avec les militants et saura faire la synthèse", dit un dirigeant de la CFDT. Avis partagé par l'ex-conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie : "Il n'est pas commode mais c'est quelqu'un avec qui on peut discuter. Il a contribué à démêler des situations compliquées comme le conflit de l'usine PSA d'Aulnay." Avare en interventions médiatiques, Philippe Martinez n'a livré que du bout des lèvres quelques éléments biographiques : il a été embauché en 1982 comme technicien chez Renault et a travaillé à l'usine de Boulogne-Billancourt, fermée depuis lors. On sait aussi qu'il a pour compagne la secrétaire générale de la fédération CGT de la Santé, Nathalie Gamiochipi. Devant la presse, le 14 janvier, il plaidait pour un "syndicalisme de lutte" et une CGT "combative". Les premiers tests viendront vite, avec les négociations sur les retraites complémentaires, puis l'assurance chômage. (Edité par Yves Clarisse)

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