La cession de Maroc Telecom, étape clef du changement de Vivendi

le
0

par Leila Abboud et Sophie Sassard

PARIS/LONDRES (Reuters) - Vivendi, qui réunit ses actionnaires en assemblée générale cet après-midi, devrait boucler prochainement avec Maroc Télécom sa première cession d'actif majeure dans le cadre de sa stratégie de recentrage sur les médias engagée il y a un an.

L'AG devrait être l'occasion de faire le point sur la cession des 53% que Vivendi possède dans l'opérateur Maroc Télécom, une transaction qui pourrait rapporter entre 4,1 milliards et 4,5 milliards d'euros, soit moins que les 5 milliards attendus par le groupe, selon deux sources proches du dossier.

Selon la presse, Jean-René Fourtou, l'actuel président du conseil de surveillance, pourrait céder sa place d'ici un an à Vincent Bolloré, le principal actionnaires de Vivendi avec 5% du capital, dont l'entrée au conseil de surveillance en décembre devrait être ratifiée lors de l'assemblée générale.

Une fois son désengagement de Maroc Télécom finalisé, Vivendi devra décider de la façon dont il utilisera le produit de la cession et quelle sera la prochaine étape de sa revue stratégique.

Julien Roch, analyste chez Barclays, estime que Vivendi a deux options : il peut racheter des actions pour un montant de deux milliards d'euros et utiliser le reste pour réduire sa dette ; ou alors il peut avancer sur un projet de scission de SFR.

"Avec la dette et le niveau d'imposition lié à la holding, nous pensons qu'il serait plus facile de se séparer d'Activision, Canal+, GVT ou Universal Music Group que de SFR", écrit l'analyste dans une note.

"Dans un scénario de scission, nous pensons donc que Vivendi deviendrait SFR avec une dette nette d'environ 7 milliards d'euros, tandis qu'une nouvelle entité intégrerait les quatre autres actifs", ajoute Julien Roch.

L'HYPOTHÈSE NUMÉRICABLE

Plusieurs personnes proches des discussions ont néanmoins indiqué que le conseil de surveillance de Vivendi n'avait pas pris de décision sur une scission.

"Il n'est pas certain que Vivendi se lance dans une scission", a indiqué une de ces personnes. "Il s'agit d'une option parmi d'autres qui est envisagée pour SFR mais les implications que cela pourrait avoir en termes de fiscalité, de dette et de structure du groupe n'ont pas encore été étudiées et aucune présentation n'a été faite au conseil de surveillance."

Une autre personne a estimé qu'une autre option pour Vivendi serait de redresser SFR, confronté à une forte pression sur les prix depuis l'arrivée fracassante sur le marché de Free Mobile (Iliad), sur les deux prochaines années avant de rechercher un nouvel acquéreur.

Un rachat de SFR par Numericable pourrait aussi être relancé si le câblo-opérateur français allait au bout de son projet d'introduction en Bourse, ce qui permettrait d'établir une juste valeur à l'entreprise, a indiqué cette personne.

SFR et Numericable ont discuté l'an dernier de la possibilité d'un rapprochement mais les discussions ont achoppé sur des divergences touchant à la valorisation et à la structure du projet.

Ce que pense Vincent Bolloré de ce projet de scission, et les intentions de l'homme d'affaires breton pour SFR ne sont pas encore connues. Son approbation sera nécessaire pour toute opération qui pourrait être engagée.

Selon une source proche du dossier, Vincent Bolloré a plaidé, lors de son premier conseil de surveillance de Vivendi en décembre, contre un rapprochement avec Numericable, estimant que les résultats de SFR devaient d'abord être stabilisés avant qu'une cession soit envisagée.

"Le message de Bolloré a vraiment été : prenez votre temps, il n'y a pas d'urgence, ne cédez pas des actifs à n'importe quel prix ; et c'est déjà ce que Fourtou était en train de faire", a déclaré une autre source.

Blandine Hénault pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant