La centrale nucléaire de Fessenheim sera fermée d'ici 2016

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L?ÂGE DES 58 RÉACTEURS NUCLÉAIRES FRANÇAIS
L?ÂGE DES 58 RÉACTEURS NUCLÉAIRES FRANÇAIS

PARIS/STRASBOURG (Reuters) - La centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) sera fermée d'ici fin 2016, a déclaré vendredi François Hollande lors de son discours d'ouverture de la conférence environnementale.

L'annonce a provoqué la colère de la droite locale, les doutes de certains antinucléaires et la déception des syndicats de la plus ancienne centrale nucléaire de France.

François Hollande avait promis pendant la campagne électorale de fermer Fessenheim et de réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici 2025.

"La centrale de Fessenheim, qui est la plus ancienne de notre parc, sera fermée à la fin de l'année 2016", a dit le chef de l'Etat, en assurant que tous les emplois seraient préservés, notamment grâce au chantier de démantèlement.

La fermeture de cette centrale est demandée depuis longtemps par les mouvements antinucléaires, qui soulignent qu'elle est située sur une zone sismique et inondable.

EDF estime au contraire qu'elle est l'une des plus sûres de France car elle vient de subir une inspection décennale et bénéficie donc des dernières améliorations en matière de sécurité. Dotée de deux réacteurs de 900 mégawatts, la centrale a été mise en service en 1977.

L'inspection s'est soldée, pour le premier réacteur, par un avis positif de l'Autorité de sûreté nucléaire, sous réserve de travaux de consolidation et de sécurisation. EDF a commencé ces travaux et prévoit d'investir 20 millions d'euros sur ce réacteur.

L'avis sur le deuxième réacteur n'a pas encore été rendu.

Après un incident mercredi dernier dans le bâtiment réacteur de la centrale, des écologistes avaient de nouveau demandé une accélération de la fermeture de la centrale des bords du Rhin.

LES SYNDICATS INQUIETS

Le président UMP du conseil régional d'Alsace, Philippe Richert, a fait part de sa consternation.

"Je réagis avec beaucoup de déception et un sentiment de révolte", a-t-il dit à des journalistes.

"Colère parce que j'ai ce sentiment que l'Alsace est une monnaie d'échange pour un accord politique entre les Verts et les socialistes pendant la présidentielle", a-t-il dit.

"Lorsqu'on veut me faire croire que la sécurité sur la centrale de Fessenheim serait pire que sur une autre centrale, il n'en est évidemment rien", a-t-il ajouté.

Les syndicats regrettent la décision de fermer la centrale et ne croient pas au maintien de l'emploi.

"Alors qu'on parle de crise, c'est un énorme gâchis aussi bien technique que financier", a dit à Reuters Guy Klein, ancien technicien et délégué CGT, qui siège à la commission locale d'information et de surveillance de la centrale.

"Cette centrale est dans un parfait état technique. A un moment, il faut faire confiance à l'Autorité de sûreté. On est en train de sacrifier Fessenheim pour l'exemple", a-t-il ajouté.

Selon une étude du comité d'entreprise, 3.000 emplois sont concernés dans la région, au-delà des 700 salariés d'EDF.

La CFDT a regretté "l'annonce précipitée de la fermeture de Fessenheim".

"Un délai aussi court pose problème", écrit le syndicat dans un communiqué. "La fermeture est lourde de conséquences et nécessite du temps pour gérer les transitions professionnelles, des 3.500 agents EDF et salariés sous-traitants, comme pour la revitalisation du bassin d'emploi."

"ENCORE UN EFFORT"

L'annonce n'a pas non plus satisfait tous les écologistes.

L'Observatoire du nucléaire, géré par Stéphane Lhomme, un ancien du Réseau Sortir du nucléaire, a dénoncé "un leurre".

"La fermeture (...) est annoncée pour ?fin 2016', c'est-à-dire en pleine campagne de l'élection présidentielle de 2017, qui aura lieu quelques mois plus tard. Or, une centrale nucléaire ?fermée' en décembre pourra être réactivée en mai suivant", écrit-il dans un communiqué.

Europe Ecologie-Les Verts Alsace demande "encore un effort" à François Hollande en jugeant inconcevable que 20 millions d'euros soient investis dans une installation condamnée.

"Nous ne comprendrions pas que cette somme importante ne soit pas réinvestie rapidement sur cette filière de démantèlement et sur les emplois durables et non délocalisables liés à la transition énergétique", écrivent Alain Jund, porte-parole, et Sandrine Bélier, députée européenne, dans un communiqué.

Pour le Réseau Sortir du nucléaire, "c'est maintenant qu'il faut la fermer!"

Cinq ans après le "Grenelle de l'environnement", dont les objectifs sont considérés comme étant loin d'être atteints, la conférence environnementale doit préparer deux lois, sur la transition énergétique et la protection de la biodiversité.

Marion Douet et Julien Ponthus, avec Gilbert Reilhac à Strasbourg, édité par Jean-Baptiste Vey

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