La cavale d'Edward Snowden tourne à la crise diplomatique

le
0
LE PÉRIPLE D'EDWARD SNOWDEN
LE PÉRIPLE D'EDWARD SNOWDEN

par Thomas Grove

MOSCOU (Reuters) - Chine et Russie jugent inacceptables les allégations américaines selon lesquelles elles ont joué un rôle dans la cavale d'Edward Snowden, l'informaticien à l'origine des révélations sur le programme de cybersurveillance Prism dont le sort tourne à la crise diplomatique.

"Il a choisi lui-même son itinéraire. Nous en avons pris connaissance (...) par la presse. Il n'a pas franchi les frontières russes", a assuré mardi le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse en compagnie de son homologue algérien.

"Nous jugeons les tentatives de faire porter la responsabilité à la partie russe (...) absolument sans fondement et inacceptables", a-t-il ajouté.

Arrivé fin mai à Hong Kong avant les premières révélations dans la presse, Edward Snowden, recherché pour espionnage aux Etats-Unis, aurait pris dimanche la direction de Moscou où sa trace s'est perdue. La Maison blanche estime qu'il se trouve probablement "toujours en Russie".

De source proche des autorités aéroportuaires, on confirme qu'il est bien arrivé dimanche à l'aéroport de Moscou-Cheremetievo en provenance de Hong Kong et qu'il était accompagné de Sarah Harrison, juriste britannique au service du site WikiLeaks, spécialisé dans la divulgation d'informations sensibles. Il avait un billet pour un vol vers La Havane lundi, mais ne l'a pas utilisé, ajoute-t-on.

De fait, l'ancien sous-traitant de la National Security Agency (NSA) n'a pas été vu à la sortie de l'avion en question, à Cuba.

Les Etats-Unis ont averti lundi que la décision de Pékin de le laisser quitter Hong Kong aurait "des conséquences sur les relations sino-américaines".

"Les Américains n'ont aucune raison de mettre en question la manière dont le gouvernement de Hong Kong gère ses affaires conformément à la loi", s'est indignée mardi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

"Les critiques des Etats-Unis envers notre gouvernement sont sans fondement. La Chine ne peut absolument pas tolérer cela", a-t-elle poursuivi.

"LE MASQUE MORALISATEUR DE WASHINGTON"

Le Quotidien du peuple écrit de son côté que "d'une certaine façon, les Etats-Unis sont passés du rang de 'modèle des droits de l'homme' à celui d''espion de la vie privée', de 'manipulateur' du pouvoir centralisé sur le réseau international internet et d''envahisseur' fou des réseaux de pays tiers".

"Le monde se souviendra d'Edward Snowden, dont l'audace a fait tomber le masque moralisateur de Washington", ajoute le journal dans son édition de mardi.

Selon Julian Assange, fondateur du site WikiLeaks qui l'aide dans ses démarches, l'informaticien américain est "en sécurité" dans un lieu qu'il n'a pas voulu dévoiler.

"Edward Snowden a quitté Hong Kong le 23 juin à destination de l'Equateur via la Russie et d'autres Etats", a-t-il dit lors d'une conférence téléphonique. Julian Assange est lui-même réfugié depuis un an à l'ambassade d'Equateur à Londres.

En visite au Viêtnam, le ministre équatorien des Affaires étrangères, Ricardo Patino, a jugé qu'Edward Snowden était "persécuté" et assuré que les principes des droits de l'homme seraient le principal critère d'examen de sa demande d'asile politique.

Il a également promis une réponse "en temps voulu" à cette demande, en prenant en compte, a-t-il dit, la position du gouvernement américain sur la question.

Selon WikiLeaks, l'Equateur a d'ores et déjà octroyé un document de transit destiné aux réfugiés à l'informaticien américain.

S'adressant à la presse, Barack Obama a assuré lundi que "tous les moyens légaux à disposition étaient exploités auprès de divers pays pour faire en sorte que la loi soit respectée".

Les services de renseignement américains, qui soupçonnent Edward Snowden d'être en possession d'autres documents sensibles, craignent toutefois qu'ils ne soient publiés ou qu'ils ne tombent entre des mains étrangères, dit-on à Washington.

"Des gens pourraient mourir en conséquence de ce que cet homme a fait. Il est possible que les Etats-Unis soient attaqués parce que des terroristes savent désormais d'une façon ou d'une autre comment se protéger alors qu'ils l'ignoraient auparavant", a souligné Jay Carney sur l'antenne de CNN.

Avec Sui-Lee Wee et Michael Martina à Pékin, Steve Guterman à Moscou, Jeff Mason et Mark Hosenball à Washington; Eric Faye, Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant