La campagne électorale creuse les divisions en Irlande du Nord

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    * Le Sinn Fein a fait tomber le gouvernement en janvier 
    * Unionistes et nationalistes multiplient les insultes 
    * Un nouveau partage du pouvoir jugé peu probable 
    * L'Irlande du Nord pourrait repasser sous le contrôle 
direct de Londres 
 
    par Ian Graham 
    BELFAST, 27 février (Reuters) - La campagne en vue des 
élections législatives anticipées de jeudi en Irlande du Nord a 
accentué les divisions entre unionistes pro-britanniques et 
nationalistes du Sinn Fein, favorables à la réunification avec 
l'Irlande, sur fond de divorce entre le Royaume-Uni et l'Union 
européenne. 
    Les deux camps se partageaient le pouvoir jusqu'en janvier, 
lorsque le nationaliste Martin McGuinness a annoncé sa démission 
du poste de vice-Premier ministre, entraînant automatiquement 
celle de la Première ministre Arlene Foster, la dirigeante du 
Parti unioniste, à laquelle il reprochait de refuser de quitter 
ses fonctions alors qu'elle est sous le coup d'une enquête 
judiciaire. 
    L'initiative de l'ancien commandant de l'Armée républicaine 
irlandaise (Ira) a réveillé les inquiétudes des unionistes au 
moment où la perspective du Brexit alimente les aspirations des 
nationalistes à une réunification irlandaise. Et ce d'autant que 
les Nord-Irlandais ont voté majoritairement contre une sortie de 
l'Union européenne en juin dernier. 
    Les élections anticipées que le ministre britannique chargé 
de l'Irlande du Nord, James Brokenshire, a été contraint de 
convoquer "pourraient être les plus dangereuses pour l'unionisme 
depuis la création de l'Irlande du Nord", a estimé Arlene Foster 
dans une tribune publiée lundi dans le Belfast Telegraph. 
    Si les nationalistes les remportent, prévient la Première 
ministre sortante, ils pousseront de nouveau en faveur d'une 
réunification de l'Irlande.  
    "Gerry Adams et le Sinn Fein mettront à profit une victoire 
électorale pour conforter leur position selon laquelle la 
frontière entre le Royaume-Uni et l'Union européenne devrait 
être la mer d'Irlande", a-t-elle insisté. 
     
    CONTRÔLE DIRECT DE LONDRES? 
    Bien que Londres et Dublin se soient engagées à ne pas jeter 
d'huile sur le feu, unionistes et nationalistes ont attisé les 
peurs de leurs communautés respectives pendant la campagne, même 
si personne n'imagine une reprise de la guerre civile qui a fait 
3.600 morts pendant les trois décennies qui ont précédé l'accord 
de paix de 1998. 
    Le Sinn Fein a accusé le Parti unioniste démocrate (DUP) de 
faire preuve d'"arrogance" et de "mépris" envers les catholiques 
et a posé, pour partager à nouveau le pouvoir, des conditions 
que les unionistes ont d'ores et déjà dit qu'ils n'accepteraient 
pas, dont l'adoption d'une loi reconnaissant les droits des 
habitants parlant le gaélique. 
    Arlene Foster, dont le père avait réchappé de justesse à un 
attentat de l'Ira, a exclu de donner gain de cause au Sinn Fein 
en expliquant que "quand on nourrit un crocodile, il revient en 
demander davantage". Il serait plus utile de traduire les 
documents officiels en polonais, a-t-elle ajouté. 
    Pour Brian Feeney, un historien et commentateur politique de 
Belfast, la situation devrait rester figée après les élections, 
le Sinn Fein étant peu susceptible de participer de nouveau au 
gouvernement à court terme. 
    Si tel était le cas, l'Irlande du Nord repasserait pour la 
première fois depuis une décennie sous le contrôle direct de 
Londres ("Direct Rule"), une situation qui fait horreur aux 
nationalistes mais qu'ils pourraient, selon certains experts, 
mettre cette fois à profit pour discuter directement avec les 
autorités de Dublin, tandis que les unionistes n'auraient pas 
leur mot à dire lors des négociations sur le Brexit. 
 
 (Tangi Salaün pour le service français) 
 
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