La campagne anti-drogue fait 36 morts par jour aux Philippines

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    MANILLE, 23 août (Reuters) - Plus de 1.900 personnes ont été 
tuées aux Philippines dans le cadre de la campagne anti-drogue 
lancée depuis l'élection en mai du président Rodrigo Duterte, 
soit 36 par jour, a déclaré mardi le chef de la police. 
    Ronald dela Rosa a assuré devant une commission sénatoriale 
que la police n'avait pas reçu pour instruction d'éliminer les 
trafiquants et consommateurs de drogue. 
    Il a précisé que 750 d'entre eux avaient été tués au cours 
d'opérations policières et qu'une enquête avait été ouverte sur 
la mort d'environ 1.100 autres, soit en tout près d'une centaine 
de décès supplémentaires par rapport aux chiffres qu'il avait 
avancé la veille devant la même commission sénatoriale. 
    "Nous ne sommes pas des bouchers", a déclaré le chef de la 
police, qui a expliqué cette hause par une mise à jour des 
données de la police. 
    "Cela fait froid dans le dos", a commenté le sénateur Frank 
Drilon après la déposition de Ronald dela Rosa. "Nous sommes 
tous inquiets devant le nombre de morts. Quelle que soit la 
façon dont on tourne cela, c'est préoccupant." 
    Rodrigo Duterte, surnommé "le punisseur", a été élu sur la 
promesse d'éradiquer le trafic de drogue. 
    L'enquête sénatoriale sur les méthodes de la police est 
dirigée par une des plus virulentes critiques du chef de l'Etat, 
la sénatrice Leila de Lima, qui a demandé aux chefs de la police 
et aux responsables de la lutte anti-drogue de venir s'expliquer 
sur la hausse "sans précédent" du nombre de victimes. 
    L'Onu et les Etats-Unis, principal allié des Philippines, 
ont aussi dénoncé les exécutions extrajudiciaires et appelé 
Manille à respecter les droits de l'homme.  
    Brandissant une menace à peine voilée, Rodrigo Duterte a de 
son côté mis en garde les sénateurs qui critiquent ses méthodes 
sur le fait qu'ils pourraient "être tués" s'ils décidaient 
d'entraver sa campagne anti-drogue. 
    Des dizaines de partisans du président philippin étaient 
rassemblés mardi devant le Sénat pour soutenir le chef de la 
police. 
    Ronald dela Rosa a déclaré pendant sa déposition que 700.000 
consommateurs de drogue s'étaient livrés aux autorités pour 
échapper à la campagne de répression, et que 300 policiers 
étaient soupçonnés d'être liés au trafic. Il a ajouté que ces 
policiers seraient limogés et traduits en justice si les 
soupçons étaient avérés. 
     
 
 (Karen Lema et Manuel Mogato; Tangi Salaün pour le service 
français) 
 )
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