La Bundesbank juge que Paris devra faire plus sur les déficits

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PARIS (Reuters) - Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, estime que la France devra prendre "des mesures supplémentaires" pour tenir ses engagements en matière de déficit public même si elle a obtenu un délai pour le ramener à 3% du produit intérieur brut.

Dans une interview à paraître jeudi dans Le Point, il souligne une nouvelle fois que la France et l'Allemagne, les deux grandes puissances économiques de la zone euro, ont une responsabilité particulière dans la gestion de sa crise.

"C'est pour cela que les règles budgétaires européennes doivent être respectées par nos deux pays, non seulement à la lettre mais aussi dans leur esprit", dit-il.

Il fait valoir que si la France est parvenue à améliorer ses comptes structurels ces trois dernières années, elle reste dans une procédure européenne pour déficits excessifs.

La Commission européenne table pour la France cette année sur un déficit public de 3,9% du PIB qui "devrait encore augmenter l'an prochain", indique Jens Weidmann, ajoutant : "Des mesures supplémentaires seront donc nécessaires."

"Il serait bon d'éviter de répéter les erreurs que nous Européens avons souvent commises dans le passé et de ne pas fonder les plans budgétaires sur des prévisions économiques trop optimistes", dit-il encore à l'hebdomadaire.

Fidèle à l'orthodoxie de la Bundesbank, Jens Weidmann souligne d'autre part la nécessité d'une "monnaie forte" pour la zone euro, car "faire baisser le taux de change donne certes au début un petit coup de pouce à la compétitivité, mais cela n'améliore en rien la situation de façon pérenne."

Et alors que François Hollande a relancé l'idée, lors de sa dernière conférence de presse, de doter la zone euro d'une capacité de lever de l'emprunt, il note que "la mutualisation de la dette requiert une mutualisation du contrôle", donc pour les Etats "de renoncer à leur souveraineté budgétaire".

La publication de cette interview intervient à la veille d'une visite à Paris du président de la banque centrale allemande qui interviendra notamment lors d'un colloque organisé en commun par celle-ci et la Banque de France.

Jens Weidmann multiplie les avertissements sur les déficits publics français depuis que la Commission européenne s'est dite prête au début du mois à donner deux ans de plus, jusqu'à fin 2015, à Paris pour ramener son déficit à 3% du PIB.

Il se défend de tout partage des rôles avec la chancelière Angela Merkel, qui a tenu récemment des propos conciliants sur la France, selon un scénario de "good cop, bad cop".

"Est-ce que j'ai vraiment l'air d'un 'bad cop'", dit-il en soulignant que sa position sur ces questions "n'est pas une vue isolée" ni de la Bundesbank ni de l'Allemagne. "La nécessité d'engager des réformes est souvent soulignée par Mario Draghi et Christian Noyer, par exemple", dit-il, en se référant au président de la BCE et au gouverneur de la Banque de France.

Yann Le Guernigou, édité par Gilles Trequesser

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