La brusque remontée des taux longs va-t-elle se poursuivre ?

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LA BRUSQUE REMONTÉE DES TAUX LONGS VA-T-ELLE SE POURSUIVRE ?
LA BRUSQUE REMONTÉE DES TAUX LONGS VA-T-ELLE SE POURSUIVRE ?

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - L'image idéale de marchés, toutes classes d'actifs confondues, risqués et non risquées, marchant d'un même pas vers l'embellie, a commencé à se brouiller cette semaine avec la brusque remontée des taux longs américains et, dans une moindre mesure, allemands.

La hausse des prix du pétrole, une économie américaine qui accumule les signes de reprise, l'endettement massif des Etats et une offre abondante de papier souverain ont suffi à propulser les taux des Treasuries américains à 10 ans à 2,32% vendredi contre 2,04% en début de semaine, et celui du Bund 10 ans, référence de la zone euro, à 2,06% contre 1,77% lundi - soit quelque 30 points de base de plus en quatre jours.

Ce mouvement va-t-il se poursuivre? Des professionnels sont d'accord pour dire qu'il risque de durer quelques semaines mais que les taux longs retrouveront, à terme, un niveau plus bas.

"Des banques centrales accommodantes, une abondance de liquidités dans les banques (grâce à la générosité des banques centrales) et dans les portefeuilles des investisseurs, le souvenir des reprises manquées (de 2009 et 2011), étaient autant de facteurs qui ont contribué à la résistance inhabituelle des Treasuries", souligne Vincent Chaigneau, responsable de la stratégie taux chez Société générale.

"Mais, l'accélération du rally des actions et l'analyse légèrement moins baissière de la Fed sur l'économie provoquent la correction", écrit-il dans sa note hebdomadaire.

Il reste toutefois prudent sur l'ampleur de la reprise économique.

"En Europe, les LTRO (opération de refinancement à long terme de la Banque centrale européenne, ndlr) ont apporté un bol d'oxygène mais elles ont accru la consanguinité entre les banques et les souverains et n'ont certainement pas réglé les problèmes budgétaires et de compétitivité (au coeur de la crise de la zone euro, ndlr)", explique-t-il.

"Il est bien trop tôt pour devenir fondamentalement baissier sur les obligations mais dans l'immédiat ce n'est pas non plus le moment d'acheter", dit-il.

GRANDE MANIPULATION MONÉTAIRE

Benjamin Melman, directeur du pôle Performance absolue chez Edmond de Rothschild investment managers (Edrim), reste prudent à court terme en raison des signes de reprise mais écarte l'hypothèse d'une tension prolongée sur les taux longs.

Lors d'un point de presse, il a estimé qu'aujourd'hui, le grand problème des Etats était de réduire leur endettement gigantesque sans asphyxier l'économie.

"Dans ce contexte il reste un seul paramètre : le taux d'intérêt", a-t-il dit. "La politique monétaire va jouer un rôle majeur pour organiser la soutenabilité des dettes publiques".

"On a besoin de cette grande manipulation monétaire", a-t-il ajouté citant les mesures d'injection massive de liquidités dans les systèmes bancaires décidées par la Réserve fédérale, la BCE, la Banque d'Angleterre et la banque du Japon.

Il explique qu'au moyen de ces différentes mesures non conventionnelles, la BCE et surtout la Fed s'emploient à maintenir des taux bas.

"On ne voit pas la Fed organiser la hausse des taux longs", ajoute-t-il en faisant remarquer que la politique de la Réserve est parvenu à obtenir des taux longs nominaux inférieurs à la croissance nominale.

Benjamin Melman voit un repositionnement sur les Treasuries 10 ans quand leur taux atteindra les 2,5%.

En zone euro, selon lui, le désendettement est loin d'être achevé, les banques ayant, contrairement aux Etats-Unis, à peine enclenché le processus.

"En dépit du succès du LTRO, il y a un risque de credit crunch. Il y a un durcissement de la politique de crédit des banques qui doivent alléger leurs bilans, notamment en France", a-t-il souligné.

Dans l'attente d'une vision claire de la direction que prendront les taux long le marché de la dette privée (crédit coporate) prospère depuis trois mois.

Selon une étude réalisée par Thomson Reuters, le montant de dette corporate émise en euro depuis le début de l'année est en augmentation de 68% par rapport à la même période en 2011 et les coupons sont tombés à des plus bas record depuis l'entrée en vigueur de l'euro en 1999. Le coupon moyen s'établit à ce stade à 4,53%, un plus bas record.

De nombreuses opérations ont été réalisées à un taux de 3% ou moins contre un taux moyen de 3,2% pour les émetteurs souverains.

Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot

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