La BPI n'aidera pas les "canards boiteux", dit Jean-Pierre Jouyet

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LA BPI SURTOUT CENTRÉE SUR LES PROJETS D'AVENIR, SELON SON FUTUR PRÉSIDENT
LA BPI SURTOUT CENTRÉE SUR LES PROJETS D'AVENIR, SELON SON FUTUR PRÉSIDENT

PARIS (Reuters) - Jean-Pierre Jouyet, le futur président de la Banque publique d'investissement, a suscité vendredi des réactions syndicales et politiques indignées en affirmant que la BPI aurait pour mission de soutenir des projets d'avenir, non les "canard boiteux", une allusion notamment aux hauts fourneaux de Florange.

L'ancien président de l'Autorité des marchés, qui a choqué les sidérurgistes d'ArcelorMittal, a tenté d'atténuer ses propos en précisant "avoir le plus grand respect pour les salariés de Florange, héritiers d'une forte tradition sidérurgique française."

La réindustrialisation du pays "est une des missions" de la BPI", a-t-il précisé dans un communiqué, sans modifier sa position sur le fond.

Dans une mise au point diffusée par la suite, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, souligne que Jean-Pierre Jouyet lui a confirmé lors d'un entretien vendredi que la BPI avait "également pour mission de maintenir et de conforter les capacités de productions industrielles de la France".

"S'agissant de Florange, le FSI (Fonds stratégique d'investissement) qui est partie intégrante de la BPI, pourrait ainsi intervenir au côté d'un projet de reprise industrielle solide", précise-t-il dans un communiqué.

"LE LOUP DANS LA BERGERIE"

La direction d'ArcelorMittal a confirmé le 1er octobre sa décision de fermer les deux hauts fourneaux de Florange (Moselle), une décision qui affecte 629 emplois, mais elle a laissé deux mois au gouvernement français pour trouver un éventuel repreneur.

Invité vendredi matin d'Europe 1, Jean-Pierre Jouyet avait souhaité lever les craintes de voir la BPI, qui sera opérationnelle en janvier, s'épuiser à lutter contre les plans sociaux qui se multiplient dans les régions françaises.

"La BPI aura vocation à maintenir l'activité et non pas à aider les canards boiteux", a-t-il ainsi répondu à la question de savoir si "la BPI devra sauver Florange".

"La BPI aura vocation essentiellement à financer des PME et des entreprises de taille intermédiaire", a-t-il ajouté, en référence aux difficultés traversées par de grandes entreprises comme PSA. "Nous, nous souhaitons aider des projets d'avenir. Pour le reste, c'est à d'autres dispositifs de jouer."

Le syndicat CFDT d'ArcelorMittal à Florange a aussitôt réagi en termes vifs.

"Soit c'est de l'incompétence, soit c'est de la trahison", a dit à Reuters Frédéric Weber, l'un de ses responsables.

"On ne peut pas d'un côté venir nous dire qu'il y a des espoirs, qu'on va nous aider, qu'il y a des études disant que le site est viable alors que d'un autre, il y a quelqu'un qui, à peine en place, dit que Florange est un canard boiteux qu'on laisse tomber", a-t-il ajouté.

Le syndicaliste rappelle en outre que Jean-Pierre Jouyet, un proche de François Hollande, a été secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy. "Le président a fait entrer le loup dans la bergerie".

Il conteste aussi que la BPI, un outil orienté vers les PME, puisse se désintéresser totalement du sort de grosses entreprises telles PSA et ArcelorMittal.

"Une entreprise comme Florange, c'est près de 3.000 CDI et 2.000 emplois indirects dans des PME sous-traitantes", a souligné Frédéric Weber.

HOLLANDE AU SECOURS DE JOUYET

La présidente du Front national, Marine Le Pen, a exprimé dans un communiqué son "indignation" face à des propos qu'elle juge "méprisants".

François Hollande a affiché son soutien à Jean-Pierre Jouyet en marge du Conseil européen de Bruxelles, tout en soulignant que Florange n'était pas "un canard boiteux".

"Florange fait partie d'ArcelorMittal, ArcelorMittal n'est pas un canard boiteux à ma connaissance", a dit le président à la presse.

"Ce que le président de la BPI a dit, c'est que c'est une stratégie offensive que doit engager la BPI", a-t-il ajouté.

La banque est là "pour prêter à long terme ou pour prendre des participations au capital fonds propres dans des entreprises qui peuvent à un moment avoir besoin de ces fonds parce qu'elles ont des projets d'investissement ou parce qu'elles peuvent être un moment en difficulté mais parce qu'elles ont un avenir."

Jean-Pierre Jouyet, le numéro un de la Caisse des dépôts, à laquelle la BPI sera adossée, a assuré qu'il ferait preuve d'indépendance malgré sa proximité avec François Hollande.

"Je m'engage à être indépendant, à être au service du développement des PME, des entrepreneurs dont nous avons besoin pour combler le manque de croissance" dont souffre l'économie française, a-t-il dit sur Europe 1.

L'acte de naissance de la BPI, dont Nicolas Dufourcq assurera la direction générale, a été signé mercredi en conseil des ministres.

Sophie Louet, Patrick Vignal, avec Gilbert Reilhac à Strasbourg et Emmanuel Jarry à Bruxelles, édité par Yves Clarisse

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  • chatnour le vendredi 19 oct 2012 à 19:55

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