La Bosnie aux urnes loin des espoirs de février

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par Daria Sito-Sucic et Gordana Katana SARAJEVO, 12 octobre (Reuters) - Les 3,3 millions d'électeurs de Bosnie sont appelés aux urnes ce dimanche pour une série de scrutins qui, vingt ans après la fin de la guerre de 1992-1995, ne suscitent aucun enthousiasme. Il y a huit mois pourtant, les manifestations spontanées avaient fait se lever l'espoir d'un changement dans un pays englué dans les divisions ethniques et la corruption. Mais les graves inondations du printemps, consécutives à des chutes de pluies sans précédent depuis un siècle, ont tout balayé et les accusations de détournement des 800 millions d'euros d'aide étrangère débloqués pour faire face à l'urgence se sont multipliées, ravivant le ressentiment contre une classe politique jugée corrompue. Le rejet de la corruption et du chômage avait été le facteur de la contestation populaire de février dernier, quand des manifestations contre la fermeture d'usines se sont muées en affrontements jusqu'à Sarajevo, la capitale, où le bâtiment de la présidence a été incendié. Après les violences, des assemblées populaires, ou plénums, ont émergé. Elles devaient canaliser la contestation. Mais l'élan est vite retombé et peu de choses ont changé dans une Bosnie où les institutions elles-mêmes, issues des accords de Dayton, en 1995, reflètent les déchirements entre Serbes orthodoxes, Croates catholiques et Bosniaques musulmans. 7.877 CANDIDATS ET 65 PARTIS Ce dimanche, les électeurs sont appelés à pourvoir à pas moins de 518 fonctions électives: les trois élus de la présidence collégiale, le parlement national, les assemblées des deux entités distinctes (la Fédération croato-musulmane de Bosnie-Herzégovine et la Republika Srpska), dix assemblées cantonales et l'assemblée du district de Brcko. "L'impression d'impuissance qui accompagne ces élections est palpable. Le seul résultat possible semble en être une nouvelle rotation temporaire au sein de l'oligarchie au pouvoir", relève le politologue Jasmin Mujanovic, spécialiste des Balkans. "Dans un pays qui compte moins de quatre millions de personnes, 7.877 candidats brigueront 518 postes. Il y a 65 partis en lice au sein de 24 coalitions avec en plus 24 candidats indépendants", poursuit-il. Du fait de son architecture institutionnelle, la Bosnie est de fait un pays dirigé par des partis dont les visions semblent inconciliables: les dirigeants de la Republika Srpska prônent la sécession, les Croates veulent disposer de leur propre entité et les Bosniaques musulmans plaident pour un Etat fort et uni. Ces divergences freinent les réformes qui seraient nécessaires au rapprochement avec l'Union européenne et l'Otan. Lors de la campagne, Milorad Dodik, qui dirige la Republika Srpska depuis huit ans, a haussé le ton. "La Bosnie est un Etat impossible qui est incapable de répondre aux intérêts de ses habitants et devrait se dissoudre", a-t-il dit. Après les élections d'octobre 2010, il avait fallu seize mois avant qu'un gouvernement ne soit constitué. La multiplication des candidatures, et l'éparpillement attendu des voix, devraient une nouvelle fois retarder la formation des gouvernements à tous les échelons des institutions bosniaques. "Tant que la Bosnie-Herzégovine restera un pays défini par l'ethno-territorialisme et non par une représentation démocratique véritable, elle continuera d'être en sursis", souligne Kurt Bassuener, chercheur au Conseil pour une politique de démocratisation, un centre de réflexion basé à Sarajevo. (Henri-Pierre André pour le service français)

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