La Bosnie aux urnes loin des espoirs de février

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par Daria Sito-Sucic TOPCIC POLJE, Bosnie, 12 octobre (Reuters) - Les 3,3 millions d'électeurs de Bosnie sont appelés aux urnes ce dimanche pour une série de scrutins qui, vingt ans après la fin de la guerre de 1992-1995, ne suscitent aucun enthousiasme. Il y a huit mois pourtant, les manifestations spontanées avaient fait se lever l'espoir d'un changement dans un pays englué dans les divisions ethniques et la corruption. Mais les graves inondations du printemps ont tout balayé et les accusations de détournement de l'aide étrangère se sont multupliées, ravivant le ressentiment contre une classe politique jugée corrompue. Depuis la mi-mai, lorsque l'eau est montée à la suite de pluies sans précédent depuis un siècle, Senahida Kovacevic raconte qu'elle a chaussé tous les jours ses bottes en caoutchouc pour nettoyer la boue qui a recouvert sa maison de Topcic Polje. Sur les 800 millions d'euros d'aide promise par des donateurs étrangers pour aider la Bosnie à se relever, cette femme de 47 ans dit n'avoir reçu qu'une paire de portes et de fenêtres mal ajustées. "Nous avons tout nettoyé seuls, personne ne nous a aidés", poursuit-elle. "Ils ont distribué l'aide aux sympathisants de leurs partis, même à ceux dont les maisons n'avaient pas été inondées." Le rejet de la corruption et du chômage a été le facteur de la contestation populaire de février dernier, quand des manifestations contre la fermeture d'usines se sont muées en affrontements jusqu'à Sarajevo, la capitale, où le bâtiment de la présidence a été incendié. La violence est retombée et des assemblées populaires, ou plénums, ont émergé. Elles devaient canaliser la contestation. Mais l'élan est vite retombé et peu de choses ont changé dans une Bosnie où les institutions elles-mêmes, issues des accords de Dayton, en 1995, reflètent les déchirements entre Serbes orthodoxes, Croates catholiques et Bosniaques musulmans. 7.877 CANDIDATS ET 65 PARTIS POLITIQUES... Ce dimanche, les électeurs sont appelés à pourvoir à pas moins de 518 fonctions électives: les trois élus de la présidence collégiale, le parlement national, les assemblées des deux entités distinctes (la Fédération croato-musulmane de Bosnie-Herzégovine et la Republika Srpska) et dix assemblées cantonales. "L'impression d'impuissance qui accompagne ces élections est palpable. Le seul résultat possible semble en être une nouvelle rotation temporaire au sein de l'oligarchie au pouvoir", relève le politologue Jasmin Mujanovic, spécialiste des Balkans. "Dans un pays qui compte moins de quatre millions de personnes, 7.877 candidats brigueront 518 postes. Il y a 65 partis en lice au sein de 24 coalitions avec en plus 24 candidats indépendants", poursuit-il. Du fait de l'architecture institutionnelle, la Bosnie est de fait un pays dirigé par des partis dont les visions semblent inconciliables: les dirigeants de la Republika Srpska prônent la sécession, les Croates veulent disposer de leur propre entité et les Bosniaques musulmans plaident pour un Etat fort et uni. "Tant que la Bosnie-Herzégovine restera un pays défini par l'ethno-territorialisme et non par une représentation démocratique véritable, elle continuera d'être en sursis", souligne Kurt Bassuener, chercheur au Conseil pour une politique de démocratisation, un centre de réflexion basé à Sarajevo. (Henri-Pierre André pour le service français)

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