La BoJ observe le statu quo et fait s'envoler le yen

le , mis à jour à 12:02
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    * Taux de dépôt maintenu à -0,1%, masse monétaire confirmée 
    * Le yen atteint un pic de 22 mois, la Bourse de Tokyo chute 
    * La hausse du yen peut affecter l'économie, 
l'inflation-Kuroda 
    * Le BoJ préoccupée par le risque d'un Brexit 
 
 (Actualisé avec des précisions, contexte, déclarations de 
Kuroda et d'un économiste) 
    par Leika Kihara et Stanley White 
    TOKYO, 16 juin (Reuters) - La Banque du Japon (BoJ) s'est 
abstenue de prescrire jeudi tout nouveau stimulant monétaire 
malgré une conjoncture extérieure difficile et une inflation 
pour le moins discrète, provoquant une envolée du yen à un pic 
de deux ans qui ne présage rien de bon pour une économie qui 
reste très tournée vers l'exportation. 
    Même si le statu quo de la BoJ n'a surpris personne, il a 
encouragé à persévérer ceux qui avaient déjà commencé à vendre 
du dollar après que la Réserve fédérale eut décidé la veille de 
ne pas poursuivre pour l'instant son cycle de resserrement 
monétaire. 
    Le gouverneur de la Boj Haruhiko Kuroda a été clair sur les 
dangers que la flambée du yen faisait peser sur l'économie 
nippone.  
    "Je ne peux rien dire sur le fait de savoir si la hausse du 
yen est découplée des fondamentaux car nous ne sommes pas 
chargés directement de la politique des changes", a-t-il déclaré 
en conférence de presse. 
    "Je dirai toutefois que la hausse du yen, telle que nous 
l'observons actuellement, risque d'avoir des effets indésirables 
sur l'économie du Japon et l'inflation à venir".  
    La Fed prévoit toujours deux nouvelles hausses des taux en 
2016 mais elle estime qu'un ralentissement de la croissance 
économique risque de freiner le rythme du durcissement monétaire 
dans les années à venir.   
    Haruhiko Kuroda s'est voulu rassurant, affirmant que les 
effets bénéfiques de la politique ultra-accommodante de la 
banque centrale se manifestaient peu à peu dans l'économie.  
    "La demande intérieure doit se redresser de manière durable, 
tandis que les exportations augmenteront sans doute 
progressivement grâce à des économies émergents qui se remettent 
de leur période où elles tournaient au ralenti", a-t-il dit, 
lors d'une conférence de presse. 
    "La tendance de fond des prix s'améliore régulièrement c'est 
pourquoi nous voyons l'inflation s'accélérer vers les 2% et nous 
pensons que le Japon parviendra à 2% d'inflation durant 
l'exercice budgétaire 2017", lequel sera clos le 31 mars 2018. 
    La BoJ a maintenu en l'état son programme massif d'achats 
d'actifs au terme de sa réunion de deux jours achevée jeudi, 
s'engageant à accroître la masse monétaire à un rythme annuel de 
80.000 milliards de yens (682 milliards d'euros). Elle a 
également laissé à -0,1% le taux de dépôt au jour le jour. 
    "Il n'y a rien dans les indicateurs économiques récents qui 
doive amener la BoJ à modifier ses perspectives économiques pour 
l'instant", observe Norio Miyagawa, économiste chez Mizuho 
Securities. "Toutefois, la hausse du yen c'est autant de 
pression baissière sur les prix de détail et c'est pourquoi je 
pense que la BoJ assouplira en juillet, mobilisant la totalité 
des trois dimensions de sa politique monétaire".  
     
    DOUTES INTERNES À LA BOJ 
    Le yen a progressé sur un large front après la décision de 
la BoJ, atteignant un pic de 22 mois de 104,06 par dollar  JPY=  
et des sommets face à l'euro et au sterling. La Bourse de Tokyo 
a elle terminé en baisse d'un peu plus de 3%. 
    Le risque d'un Brexit, soit d'une sortie de la 
Grande-Bretagne de l'Union européenne à l'issue du référendum du 
23 juin prochain, est pour l'heure la préoccupation principale 
de la BoJ, ce qui explique aussi qu'elle n'ait rien fait ce 
jeudi. 
    "Nous travaillerons en étroite collaboration avec les 
autorités locales et étrangères, tout en surveillant de près 
l'impact du résultat sur le marché obligataire et les marchés 
financiers mondiaux, Japon inclus", a dit Kuroda.  
    "Je ne ferai aucun commentaire sur (la question de savoir si 
nous pourrions tenir) une réunion d'urgence" après le vote sur 
le Brexit, a-t-il ajouté. 
    "Si un événement comme le vote du Brexit venait à perturber 
l'accès au dollar des banques, japonaises ou autres, nous avons 
des outils en nombre pour y parer".  
    Une enquête Reuters montre que les économistes anticipaient 
une probabilité bien plus forte d'assouplissement monétaire à 
l'issue de la réunion des 28 et 29 juillet, lorsque la BoJ 
publiera ses nouvelles prévisions trimestrielles de croissance 
et d'inflation, pour autant que les marchés ne s'emballent pas. 
    Cela fait pratiquement trois ans que la BoJ fait tourner la 
planche à billets, sans résultat notable sur une inflation que 
n'alimentent pas une consommation et des exportations atones. 
    En outre, comme les marchés ne voient plus la Réserve 
fédérale américain relever ses taux directeurs sous peu, la BoJ 
ne peut pas compter sur l'aide de son homologue américaine pour 
refroidir les ardeurs du yen. 
    Même si le gouverneur de la BoJ insiste sur le fait qu'il ne 
manque pas de ressources pour assouplir encore la politique 
monétaire, d'autres responsables de la banque centrale sont 
sceptiques sur ce point et doutent que toute nouvelle initiative 
en ce sens soit plus fructueuse que les précédentes. 
    Le rendement de l'emprunt japonais à 10 ans est tombé à un 
plus bas record de -0,210% jeudi, attestant des doutes sur les 
possibilités qui restent à la BoJ de réduire encore des coûts 
d'emprunt devenus parfois négatifs. 
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoît 
Van Overstraeten) 
 

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