La Birmanie entame le processus de désignation du gouvernement

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LA BIRMANIE FRANCHIT UNE NOUVELLE ÉTAPE DU PROCESSUS DÉMOCRATIQUE
LA BIRMANIE FRANCHIT UNE NOUVELLE ÉTAPE DU PROCESSUS DÉMOCRATIQUE

par Hnin Yadana Zaw et Antoni Slodkowski

NAYPYITAW, Birmanie (Reuters) - La Birmanie entame lundi le processus de désignation de son premier gouvernement démocratique depuis près d'un demi-siècle avec la session inaugurale du Parlement issu des législatives de novembre remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi.

La LND a obtenu près de 80% des sièges pourvus au suffrage universel lors du scrutin qui a marqué la dernière étape d'une transition démocratique après 49 ans d'un régime de junte. Les militaires avaient transmis en 2011 le pouvoir au réformateur Thein Sein et à un gouvernement semi-civil. Ils conservent un quart des membres du Parlement.

Suu Kyi, qui a passé 15 années en résidence surveillée sur ordre du général Than Shwe après la répression sanglante du mouvement pro-démocratique mené à la fin des années 1980, ne peut prétendre à la présidence.

La Constitution de 2008 rédigée par les généraux prévoit que la fonction ne peut être confiée à une personne dont le conjoint ou les enfants sont d'origine étrangère. Les deux enfants de Suu Kyi sont britanniques.

La loi fondamentale assure par ailleurs aux militaires de conserver la main sur trois ministères clés, l'Intérieur, la Défense et les Affaires frontalières, et de disposer d'un quart des sièges de l'Assemblée de l'Union composée de deux chambres.

La fin de la législature a été marquée vendredi par des célébrations réunissant élus sortants et entrants de tous les partis lors d'une cérémonie animée par des danses traditionnelles et un banquet à Naypyitaw, la capitale.

"Je suis très contente d'être là. Je vais travailler dur pour promouvoir les droits des femmes et créer de nouvelles opportunités en leur faveur", a dit Myint Myint Soe, nouvelle députée de la LND.

SUU KYI NÉGOCIE EN COULISSES

Si l'atmosphère est plutôt à l'optimisme, les prochains mois pourraient être marqués par des tensions après un demi-siècle d'affrontements politiques entre civils et militaires.

Les dirigeants de la LND se sont appliqués ces dernières semaines à rassurer les généraux, promettant qu'ils entendaient se concentrer sur l'avenir et qu'ils souhaitaient tourner la page du passé.

"La stratégie actuelle de la LND est de ne pas faire peser de pression sur les militaires", a commenté Tin Oo, général en retraite et membre influent du parti de Suu Kyi.

Les parlementaires éliront leur président la semaine prochaine puis procéderont à la désignation d'un chef de l'Etat pour remplacer Thein Sein, dont le mandat arrive à terme fin mars.

Dans les prochaines semaines, la Chambre des représentants (chambre basse, 440 sièges), l'Assemblée nationale (chambre haute, 224 sièges) et le bloc des militaires non élus présenteront chacun un candidat à la présidence.

Le Parlement votera alors pour désigner un chef de l'Etat qui aura la charge de former un gouvernement et diriger le pays à partir du 1er avril.

Pour l'instant, la LND entretient le mystère sur le candidat qu'elle soutiendra pour la présidence et évite de brusquer les soldats dans les intenses tractations menées en coulisses.

Avant le scrutin, Suu Kyi avait affirmé qu'elle dirigerait le pays en se plaçant "au-dessus du président" mais pour être désignée, elle doit obtenir une réforme de la Constitution et pour cela obtenir le soutien d'une partie des parlementaires nommés par l'armée.

La LND a indiqué ne pas vouloir exiger une réforme de la loi fondamentale dans l'immédiat. Les spéculations tournent donc autour de la désignation d'un fidèle de Aung San Suu Kyi sur lequel la "Dame de Rangoun", sans avoir de fonction officielle, pourrait exercer son influence après 30 ans de marche vers le pouvoir.

(Pierre Sérisier pour le service français)

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