La BCE vient compliquer le message de la Fed sur ses taux

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par William Schomberg LONDRES, 25 octobre (Reuters) - En donnant le signal de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire en décembre, la Banque centrale européenne est venue compliquer la tâche de la Réserve fédérale américaine qui aimerait prendre le chemin inverse mais hésite quant au meilleur moment pour s'y engager. Alors que la Fed tient son comité de politique monétaire mardi et mercredi, les déclarations de Mario Draghi, le président de la BCE, promettant un réexamen de sa politique en décembre ont fait bondir le dollar de 2% face à l'euro jeudi dernier, un facteur que ne manqueront pas de prendre en compte les banquiers centraux américains dans leur débat interne sur l'opportunité d'une hausse de taux dès décembre. "L'annonce de la BCE va pousser la Fed à réfléchir à deux fois", dit Marco Valli, économiste chez UniCredit à Milan. "Elle voudra donner l'impression qu'une hausse de taux reste sur les rails pour la fin de l'année mais après l'initiative de la BCE, il ne faudra pas non plus laisser le sentiment d'avoir les mains liées." Les taux de la Fed sont proches de zéro depuis sept ans maintenant, et la planète entière se demande quand ils repartiront à la hausse. La crise qui avait motivé ce traitement choc, accompagné d'un programme de rachat d'actifs terminé en 2014, est largement derrière les Etats-Unis même si les chiffres préliminaires du produit intérieur brut du troisième trimestre, attendus jeudi, devraient montrer un ralentissement de la croissance à 1,7% en rythme annualisé contre 3,9% au deuxième trimestre, selon l'estimation moyenne des économistes interrogés par Reuters. L'activité devrait cependant repartir à la hausse vers la fin de l'année et rester vigoureuse en 2016, selon les différentes enquêtes. Janet Yellen, la présidente de la Fed, et d'autres responsables de la banque centrale répètent depuis longtemps qu'il serait préférable de commencer à relever les taux avant la fin de l'année. Mais deux gouverneurs de l'institution se sont prononcés contre il y a quelques jours, et les marchés financiers n'attendent plus de resserrement avant le début 2016. A l'origine, la hausse de taux était prévue en septembre mais les turbulences venues de Chine, avec le krach boursier et la dévaluation du yuan, ont incité la Fed à attendre. A présent que la BCE pourrait encore baisser ses taux d'intérêt ou amplifier ses rachats d'actifs, la Fed s'expose au risque d'élargir la divergence des politiques monétaires des deux côtés de l'Atlantique. Ethan Harris, économiste mondial chez Bank of America/Merrill Lynch, ne suit pas le consensus et se demande au contraire si la Fed ne va pas être encouragée à agir après les déclarations de Mario Draghi. La perspective d'un plus grand stimulus de la BCE pourrait pénaliser l'économie américaine en faisant monter la valeur du dollar. Mais cet impact serait plus que compensé par d'autres effets, comme des taux longs raisonnables ou une hausse du marché boursier américain, estime-t-il. "Tout le monde pense que cela va arrêter la Fed. Je crois à ce stade qu'elle pourrait plutôt être encouragée à relever ses taux", dit-il. (Véronique Tison pour le service français)

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