La BCE veut se démarquer des agences de notation

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La BCE veut se démarquer des agences de notation
La BCE veut se démarquer des agences de notation

par Andreas Framke et Marc Jones

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) étudie la possibilité d'évaluer elle-même, et non plus par le biais des agences de notation, la valeur des obligations souveraines de la zone euro, lorsqu'elles sont employées comme collatéral, ont dit jeudi des sources de la banque centrale.

Face à cet objectif à moyen terme, la BCE étudie par ailleurs les moyens d'aider tout de suite l'Espagne et ses banques, par exemple en élargissant à nouveau la gamme de collatéraux que ses dernières peuvent présenter.

L'Espagne se prépare à être déclassée par la petite agence de notation DBRS, ce qui, sans changement des normes de la BCE, déclenchera une pénalité supplémentaire de 5% lorsque les obligations espagnoles sont soumises en garantie pour obtenir des financement très bon marché de la BCE.

Des membres de la BCE ont vivement critiqué les décisions des agences de notation en pleine crise de la zone euro et entendent se désolidariser le plus possible de leurs notes.

"Au cas où le conseil des gouverneurs prendrait une telle décision, cela réduirait l'influence amplement vilipendée de Standard & Poor's, Moody's et Fitch", a dit une source de banque centrale de la zone euro.

"Par ailleurs, cela pourrait élargir le gisement, qui va en diminuant, de collatéraux disponibles pour les banques de pays en difficulté".

La décision sur les moyens d'aider immédiatement l'Espagne et ses banques reste largement ouverte, a dit un autre banquier central.

L'Espagne compte recapitaliser son secteur bancaire par le biais d'une aide d'une centaine de milliards d'euros apportée par la zone euro mais si la BCE veut éviter aux banques espagnoles de se retrouver étranglées, elle veut également éviter de trop faciliter la tâche à Madrid.

L'Espagne doit publier dans le courant de la journée un premier audit de son secteur bancaire, dont on pense qu'il révèlera un besoin de fonds propres de l'ordre de 70 milliards d'euros.

CONVERGENCE ET HARMONIE

Les banques doivent présenter des garanties (collatéraux) à la BCE si elles veulent bénéficier de ses financements très intéressants. Tout au long de la crise, les normes de garantie n'ont cessé d'être assouplies pour que les banques en difficulté puissent se refinancer auprès de la banque centrale.

Ce qui ne plaît pas à tout le monde et en particulier à la Bundesbank qui voit dans cette mansuétude un gros risque pour la BCE en particulier et les banques centrales locales en général.

On ne sait trop quelle méthodologie emploierait la BCE si elle ignorait les ratings des agences de notation. Selon une source de banque centrale, elle continuerait à appliquer une grille de décotes aux différentes obligations soumises en tant que collatéral.

"Il est évident que la BCE continuera de pratiquer des décotes suivant la qualité de la signature du pays qui lui soumet des obligations en garantie", a expliqué la source.

En la matière, la BCE ne manquerait pas d'audace car il lui faudrait sa propre équipe d'experts et une méthode d'évaluation de la qualité du crédit à toute épreuve, tout en faisant l'impossible pour qu'aucun doute n'émerge sur son indépendance politique.

Un autre responsable de banque centrale a dit que ce pourrait être une première étape vers une plus grande coordination entre banques centrales, en particulier avec la Réserve fédérale et la Banque d'Angleterre, en vue de saper le pouvoir des agences de notation.

"Nous ne sommes pas encore opérationnels mais (cette coordination entre grandes banques centrales) pourrait bien représenter une solution à moyen terme", a-t-il énoncé.

"Pour l'heure, nous nous contentons d'évoquer entre nous le genre de méthodes que l'on pourrait employer pour nos propres évaluations internes; donc, il serait un peu prématuré de dire si à l'avenir nous aurons vraiment une démarche convergente et harmonisée", a-t-il ajouté.

"Mais même si nous n'avons pas une convergence totale, nous aurons une situation où les banques centrales seront plus aptes à évaluer les choses en interne plutôt que se reposer sur des agences de notation".

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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