La BCE usera d'abord de persuasion au sujet des NPL-sces

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    par Balazs Koranyi et Francesco Canepa 
    FRANCFORT, 23 juin (Reuters) - La Banque centrale européenne 
(BCE) compte communiquer aux banques d'ici la fin de l'année ou 
le début 2017 des directives informelles sur les moyens de 
réduire leurs encours de créances douteuses, ont déclaré des 
sources jeudi. 
    La BCE, qui supervise 129 grandes banques de la zone euro, 
établira des objectifs qualitatifs et quantitatifs confidentiels 
mais tout ne sera pas forcément écrit, ont ajouté les sources. 
    Le procédé donnerait ainsi aux banques une certaine 
souplesse et laisse penser que la BCE compte dans un premier 
temps, sur ce dossier, user de persuasion plus que de 
contrainte. 
    Cela étant, la BCE ne s'est pas pour l'heure forgé d'opinion 
définitive, ce qui veut dire que cette dernière pourrait encore 
évoluer, surtout en ce qui concerne le calendrier de cette 
mesure, a observé l'une des sources.  
    La BCE n'a fait aucun commentaire. 
    Plombées par quelque 900 milliards d'euros de créances 
douteuses ou irrécouvrables, les banques tardent à tirer un 
trait sur cet héritage de la crise de la dette en Europe, 
redoutant de nouvelles pertes à inscrire à leur bilan et 
choisissant pour l'heure de restreindre la rémunération de leurs 
actionnaires et de leurs dirigeants. 
    C'est pourquoi les autorités sont soucieuses de donner un 
coup de pouce aux banques car cette montagne de créances 
pourries obère leurs valorisations, augmente leurs coûts de 
financement et en définitive freine la croissance économique, 
entravant ce faisant les efforts de la BCE pour la soutenir.  
    L'institut d'émission estime que 7,1% des prêts bancaires de 
la zone euro étaient en situation tangente à la fin de l'année 
dernière, près de cinq fois plus qu'aux Etats-Unis. L'Italie et 
la Grèce figurent parmi les plus mauvais élèves en la matière. 
    Les recommandations de la BCE, si elles n'étaient pas 
suivies, pourraient laisser place à un examen en bonne et due 
forme et à de nouvelles exigences en matière de fonds propres, 
ont encore dit les sources. 
    "En ce qui concerne les créances douteuses, certaines 
banques se contentent d'attendre des jours meilleurs", a 
expliqué l'une d'elles, au fait des réflexions de la banque 
centrale. "Il faut passer ces créances par pertes et profits 
sans quoi les banques devront augmenter leurs provisions à 50%, 
voire 70%".  
    Mais les analystes soulignent que vendre ou déprécier ces 
créances en toute hâte exigerait de bon nombre d'établissements 
d'augmenter leur capital car les provisions sont en moyenne d'un 
peu plus de 40% et que la valorisation actuelle de ces créances  
sur le marché conduirait à extérioriser des pertes. 
    Les autorités, même si elles veulent aller vite, admettent 
que le cadre réglementaire reste incohérent, au vu des 
différences nationales. Elles reconnaissent aussi que liquider 
rapidement les créances serait un remède de cheval susceptible 
d'être pire que le mal car le choc anaphylactique qui en 
résulterait aboutirait lui aussi à entraver les efforts déployés 
par la BCE pour la croissance et l'inflation. 
    "Il y a un marché mondial des créances douteuses mais il est 
illiquide parce qu'il dépend beaucoup des législations 
nationales", constate l'une des sources. 
    Même si certaines banques se verront peut être fixer un 
calendrier et des objectifs de provisionnement, il ne faut pas 
accorder une importance indue à ces objectifs chiffrés, font 
valoir les sources, car le but est d'amener les banques à être 
plus transparentes et à se démener un peu plus pour assainir 
leur passif. 
    Les directives informelles de la BCE stipuleront sinon un 
traitement différenciés des créances à problème, selon qu'elles 
seront plus ou moins anciennes dans le bilan des banques. 
    La banque centrale examinera aussi dans quelle proportion 
les banques auront réestimé les garanties attachées aux prêts, 
pour mieux prendre en compte par exemple une dégradation de la 
conjoncture, et le nombre d'entreprises clientes dont elles 
auront effectué un nouveau diagnostic pour réévaluer leurs 
chances d'être remboursées. 
    Il sera enfin demandé aux banques si elles ont passé des 
accords avec certains emprunteurs en vue de repousser leur 
saisie et ce pour quel délai et si elles ont recatégorisé des 
créances, par exemple de normales en non performantes (NPL), et 
sur quelle proportion elles ont entrepris de récupérer leurs 
fonds.   
     
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc 
Joanny) 
 
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