La BCE trop proche de la politique budgétaire, juge Jens Weidmann

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LE PRÉSIDENT DE LA BUNDESBANK JUGE LA BCE TROP PROCHE DE LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE
LE PRÉSIDENT DE LA BUNDESBANK JUGE LA BCE TROP PROCHE DE LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE

par Leigh Thomas

JOUY-EN-JOSAS, Yvelines, France (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) devrait renouer avec une politique monétaire plus traditionnelle car sa politique actuelle est trop proche de la politique budgétaire, a déclaré lundi Jens Weidmann, président de la Bundesbank et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE.

Dans un discours prononcé en France, il a ajouté que Paris devrait tenir ses objectifs de déficit budgétaire et montrer ainsi l'exemple aux plus petits pays de la zone euro.

S'exprimant plus généralement sur les efforts destinés à résoudre la crise de la zone euro, il a réaffirmé que les banques centrales ne pouvaient pas résoudre seules la crise et qu'elles ne devaient pas s'engager dans un rôle plus proche de la politique budgétaire que de leurs missions habituelles.

"Les banques centrales doivent se concentrer sur la stabilité des prix, elles doivent rester indépendantes et elles ne doivent pas devenir trop impliquées dans la politique budgétaire", a-t-il selon le texte de son discours, prononcé à HEC, l'une des principales écoles de commerce françaises.

Il a cité l'exemple de la Banque du Japon, soumise aux pressions des dirigeants politiques du pays, mais il a aussi estimé que les espoirs placés dans les banques centrales de la zone euro étaient tels désormais qu'il fallait se préoccuper d'une possible résurgence de l'inflation.

Le président français, François Hollande, s'est prononcé au début du mois en faveur de la fixation d'un objectif à moyen terme de taux de change de l'euro, une proposition mal accueillie par l'Allemagne et par la BCE.

Pour Jens Weidmann, plus largement, l'hyperactivité des banques centrales est plus risquées car elle risque de conduire à une dépréciation de la monnaie unique.

"Si nous nous soucions de la stabilité des prix et si nous nous soucions du pouvoir d'achat, alors nous avons des raisons d'être inquiets", a-t-il dit. "Nous avons des raisons d'être inquiets car, sur la piste de danse européenne, les politiques monétaire et budgétaire sont en train de se rapprocher l'une de l'autre."

Et un tel rapprochement peut mal finir, a prévenu celui qui est connu pour son discours anti-inflation.

CRÉDIBILITÉ

"Si vous dansez trop serré avec la politique budgétaire, elle vous épousera. Et en général, cela donne naissance à une hausse de l'inflation et à une baisse de la discipline budgétaire."

Jens Weidmann a également jugé que la France, en tant que deuxième économie de la zone euro, avait une responsabilité spécifique en terme de respect de ses engagements budgétaires.

"Dans les circonstances actuelles, nous devons admettre que nous sommes confrontés à une crise de confiance", a-t-il dit, estimant qu'une application laxiste des règles avait conduit certains à considérer les objectifs de déficit comme des cibles mouvantes.

"Dans un tel contexte, il est particulièrement important selon moi que les poids lourds de l'UEM (l'union économique et monétaire) donnent des signaux clairs qui renforcent la crédibilité des règles budgétaires et des accords de l'UEM et la crédibilité de leur stratégie de consolidation. Les engagements devraient toujours être contraignants."

Ce week-end, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a pris la défense de la France à propos de ses déficits face aux critiques exprimées à l'encontre de Paris par Jörg Asmussen, l'un des membres du directoire de la BCE, en disant croire que les autorités françaises tiendraient leurs engagements.

La Commission européenne a annoncé vendredi s'attendre à ce que la France affiche cette année un déficit de 3,7% du PIB, loin du seuil de 3% auquel le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s'était engagé à le ramener.

Pour Jens Weidmann, si la consolidation budgétaire peut avoir des effets défavorables à court terme sur la croissance, elle constitue la seule solution et elle est "cruciale" pour la croissance à long terme.

Leigh Thomas et Sakari Suoninen, Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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