La BCE se réunit en Espagne, au coeur de la crise

le
0
La BCE se réunit en Espagne, au coeur de la crise
La BCE se réunit en Espagne, au coeur de la crise

par Marc Jones

FRANCFORT (Reuters) - En délocalisant jeudi à Barcelone sa réunion mensuelle de politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) prend le risque d'affronter directement la colère des Espagnols face à l'austérité budgétaire qu'elle défend alors que certains plaident pour des mesures de soutien aux pays les plus affaiblis par la crise.

La réunion ne devrait pas déboucher sur des décisions spectaculaires car les taux d'intérêt de la BCE sont déjà à leur plus bas historique et que de nombreux responsables, en Allemagne et ailleurs dans la zone euro, estiment qu'il faut désormais attendre que les injections massives de liquidités des derniers mois fassent leur effet.

Le conseil des gouverneurs -qui se réunit deux fois par an ailleurs qu'à Francfort- devrait pourtant débattre des derniers indicateurs économiques, que certains observateurs jugent suffisamment mauvais pour justifier une baisse supplémentaire des taux, ainsi que d'une éventuelle réactivation de son programme de rachats d'obligations souveraines, mis en sommeil depuis près de trois mois.

Les trois quarts des économistes interrogés la semaine dernière par Reuters ont dit s'attendre à ce que la BCE reprenne ces achats au cours des trois prochains mois mais les professionnels des marchés monétaires sondés dans une autre enquête sont d'avis contraire.

Ces rachats, auxquels la banque centrale a consacré près de 215 milliards d'euros depuis le début de la crise, se soldent par des résultats mitigés mais pour certains économistes, la remontée des rendements obligataires espagnols et italiens rendra leur reprise inévitable.

"Selon nous, la BCE n'hésitera pas à intervenir de nouveau si les tensions sur les marchés devaient augmenter", explique Carsten Brzeski, économiste d'ING.

Parallèlement aux tensions sur les marchés de la dette, économistes et investisseurs surveillent l'évolution des indicateurs économiques.

Après l'annonce la semaine dernière d'une baisse des indices PMI des directeurs d'achats, le vice-président de la BCE, Vitor Constancio, avait évoqué des risques "très significatifs" pesant sur la croissance, ajoutant que la banque centrale "adapterait" sa politique à une éventuelle matérialisation de ces risques.

Si ces propos trouvaient un écho à l'issue de la réunion de jeudi, les anticipations de baisse des taux en zone euro pourraient rapidement se renforcer sur les marchés.

CONTEXTE ÉLECTORAL

Des manifestations sont prévues à Barcelone jeudi aux abords de l'immeuble où se tiendra la réunion, pour protester contre la politique de la banque centrale.

Les autorités espagnoles ont temporairement suspendu l'application des accords de Schengen et elles ont dépêché 2.000 policiers supplémentaires dans la capitale de la Catalogne.

"En Espagne, tout le monde est d'accord sur la nécessité de réduire le déficit, mais nous apprécierions une certaine flexibilité, peut-être un report d'un ou deux ans des objectifs de déficit", explique Nicolas Lopez, de la société d'investissement M&G Valores à Madrid.

"Nous aimerions aussi que la BCE nous aide: les taux d'intérêt doivent rester bas pendant les années à venir et elle devrait être de nouveau plus offensive en matière de rachats d'obligations."

"Elle devrait au moins donner un signe montrant qu'elle ne laissera pas les taux (de rendement des obligations espagnoles) dépasser un certain niveau si les réformes sont mises en oeuvre."

L'imminence du second tour de la présidentielle française réduit encore la probabilité d'une initiative de la BCE dès jeudi.

La banque centrale n'a été épargnée par aucun des deux finalistes de la course à l'Elysée au cours de la campagne, Nicolas Sarkozy lui demandant de soutenir davantage la croissance tandis que Jérôme Cahuzac, chargé du budget auprès de François Hollande, a plaidé pour que la BCE favorise une baisse de l'euro afin de doper les exportations.

Mario Draghi, le président de l'institution, devrait rester de marbre face à ces appels du pied et souligner l'indépendance de la banque centrale.

Il pourrait néanmoins ouvrir la voie à une prolongation des opérations de refinancement à long terme dans le cadre desquelles la BCE a apporté plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités aux banques depuis décembre.

"Pendant les premiers mois de l'année, la BCE faisait partie des optimistes qui se sentaient confortés par l'amélioration de la confiance", rappelle Carsten Brzeski, d'ING.

"Les événements récents devraient l'avoir conduite à reconsidérer sa position. Pour commencer, les risques à la de dégradation des perspectives économiques ont encore augmenté depuis sa dernière réunion de politique monétaire."

Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant