La BCE saura-t-elle mettre un terme aux crises bancaires ?

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L'Union bancaire se met en place avec l'entrée en vigueur du Mécanisme de surveillance unique (MSU) le 4 novembre. Solution ultime aux crises ou nouvelle source de problèmes ?
L'Union bancaire se met en place avec l'entrée en vigueur du Mécanisme de surveillance unique (MSU) le 4 novembre. Solution ultime aux crises ou nouvelle source de problèmes ?

 

Mardi 4 novembre sera franchie une nouvelle étape du processus d'Union bancaire. La supervision des banques de détail par la BCE entre désormais en vigueur.

Etre « intrusif » pour mieux contrôler. Le mot est lâché sans hésitation par un membre du directoire de la BCE. Ainsi, l'institution européenne ne cache pas sa volonté de s'inviter à la table des négociations de chacune des 120 plus grandes banques européennes pour imposer ses règles. Le but affiché : éviter toute nouvelle crise à l'avenir.

Crises bancaires : « plus jamais ça »

Les banques de détail perdent ainsi un peu de leur autonomie dans leurs prises de décisions. Il faudra désormais s'habituer à un nouvel acronyme dans le monde bancaire : « MSU », qui désigne le nouveau « Mécanisme de surveillance unique » progressivement mis en place par la BCE et qui entre en vigueur le 4 novembre.

Le principe du MSU est simple : surveiller continuellement les 120 plus grandes banques européennes de manière à détecter à tout moment des prises de risques excessives. Le cas échéant, la BCE pourra ordonner aux banques de régulariser leur situation en imposant les mesures à adopter. Un principe qui, s'il avait été appliqué avant 2008, aurait évité certaines prises de risques qui se sont traduites par de lourdes pertes.

Organisation du MSU

La BCE n'hésite pas à se donner les moyens de sa puissance : environ un millier de personnes travailleront au sein de la BCE sous la direction de Danièle Nouy pour organiser cette supervision. Chacune des 120 banques concernées en zone euro sera ainsi supervisée par une équipe d'environ huit personnes. Les nouveaux régulateurs de la BCE s'intéresseront globalement au maintien des ratios habituels de liquidités bancaires, également pris en compte lors des stress tests organisés par la banque centrale.

La mise en place du MSU est ainsi une étape cruciale dans le processus d'Union bancaire qui se met progressivement en place. L'ensemble du projet arrivera à maturité en janvier 2016 avec la constitution progressive d'un fonds de résolution permettant aux banques en grandes difficultés d'être recapitalisées sans intervention des Etats.

Le risque : créer la crise de demain en voulant lutter contre la crise d'hier

L'entrée en vigueur du MSU ravive néanmoins un profond débat sur l'excès de régulation que subit désormais le secteur bancaire suite à la crise de 2008.

Règles renforcées de Bâle III, augmentation des ratios de fonds propres, désincitations à la prise de risque, « MSU » : tout semble avoir été fait pour contraindre les banques à adopter des attitudes plus vertueuses et mettre un terme à la « finance folle ». De quoi reléguer définitivement les crises bancaires à une page de l'Histoire qui pourrait être tournée ? Pas si sûr. En voulant répondre à la dernière crise, les régulateurs pourraient poser les fondements d'une nouvelle source de problèmes.

En effet, l'absence de prise de risques de la part des banques se traduit globalement par une baisse de leur rentabilité. Or, « manque de rentabilité » signifie également « prudence » pour les banques, qui contractent en conséquence leurs offres de crédit aux particuliers comme aux entreprises. Un mécanisme qui entraîne une faiblesse des investissements, du développement et de la croissance, notamment en Europe où l'intermédiation bancaire reste très forte.

Ce cercle vicieux est moins marqué dans d'autres zones géographiques et notamment en Amérique, où les entreprises préfèrent massivement avoir recours aux marchés plutôt qu'aux banques pour se financer.

Ainsi la question se pose de nouveau pour le Vieux continent : en voulant éliminer toute crise bancaire, n'est-on pas en train de créer la nouvelle « crise de la croissance » qui pourrait avoir des conséquences encore plus néfastes dans les années à venir ?

Xavier Bargue

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  • M9385839 le jeudi 6 nov 2014 à 08:46

    punir?? comme seule solution, on renfloue à l oeil meme les mauvais eleves....

  • y.batard le mardi 4 nov 2014 à 11:05

    je ne pense pas que les dérives principales proviennent des banques de détail mais bon.ce qui est "étonnant", c'est de voir se multiplier les annonces de mise en place de procédures/organisations pour empêcher toute "crise" nouvelle alors que les fameux stress teste indiquent que "tout va bien", les banques ont su s'adapter et sont aujourd'hui hors de danger.Bref, une masse d'informations totalement contradictoires où il un esprit critique peut identifier qui dissimule quoi.

  • c.voyant le mardi 4 nov 2014 à 10:55

    Prendre des risques quand se sont les contribuables qui paieront la note en cas de faillite se ne sont pas réellemnt des risques!

  • jy831 le lundi 3 nov 2014 à 18:34

    la solution serait de nationaliser les banques par le principe de réquisition et employer ces 1200 personnes pour retrouver ceux qui ont été a l origine de la crise et qui se sont gavés afin de les mettre en prison car une amende inferieure a leurs gains ne suffirait pas