La BCE s'adresse un satisfecit, prudence sur la croissance

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LA BCE MET EN GARDE CONTRE L'INFLATION
LA BCE MET EN GARDE CONTRE L'INFLATION

par Eva Kuehnen et Annika Breidthardt

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne a infléchi son discours jeudi avec une mise en garde inattendue sur l'inflation et un appel aux gouvernements et aux banques de la zone euro pour qu'ils prennent le relais afin de conforter la stabilisation de l'économie du bloc.

Elle a une nouvelle fois abaissé sa prévision de croissance pour cette année et l'an prochain après avoir laissé ses taux directeurs inchangés, soulignant que les perspectives pour les économies de la zone auraient été bien pires sans les injections massives de liquidités réalisées dans le cadre de ses deux opérations de refinancement à long terme (LTRO) de décembre et février.

La BCE a commencé à entrevoir des signes de stabilisation au début de l'année, mais la reprise attendue pourrait prendre plus de temps que prévu. "Les indicateurs économiques disponibles confirment des signes de stabilisation au sein de la zone euro, mais les perspectives économiques restent sujettes à des risques baissiers", a déclaré le président de la BCE Mario Draghi, lors de la conférence de presse qui a suivi l'annonce du maintien du taux refi à 1,0%.

Ainsi, pour 2012, la BCE table-t-elle sur une évolution du PIB comprise entre -0,5% et +0,3%. Pour 2013, elle anticipe une fourchette comprise entre 0% et 2,2%.Il y a trois mois, la banque centrale des pays de l'euro anticipait une variation comprise entre -0,4% et +1,0% pour 2012 et une fourchette de +0,3% à +2,3% pour 2013.

La récente hausse de 20% des prix du pétrole a, en revanche, conduit la BCE à relever ses prévisions d'inflation et à anticiper une hausse des prix comprise entre 2,1% et 2,7% cette année, contre une fourchette de +1,5% à +2,5% précédemment. Pour 2013, la hausse des prix devrait être comprise entre 0,9% et 2,3%, contre une prévision précédente de 0,8% à 2,2%.

"Du fait de la hausse des prix de l'énergie et des impôts indirects, les taux d'inflation devraient désormais demeurer au-dessus de 2,0% en 2012, les risques haussiers prédominant", a prévenu Mario Draghi.

Selon la dernière enquête Reuters réalisée auprès de 74 économistes, la BCE devrait maintenir ses taux inchangés cette année et sur une bonne partie de l'année 2013.

Les futures sur le Bund ont progressé tandis que les actions européennes et l'euro ont réduit leurs gains après la révision en baisse des prévisions de croissance de la BCE.

"De notre point de vue, les projections (de la BCE) sont encore relativement optimistes alors que les données économiques publiées n'ont pas montré de "stabilisation", en particulier dans la périphérie (de la zone euro). Les risques sont clairement orientés à la baisse", a déclaré Annalisa Piazza de Newedge Strategy.

PAS DE DISSENSIONS

Draghi s'est dit convaincu que les opérations de refinancement à long terme de la BCE qui se sont traduites par l'injection de plus de 1.000 milliards de liquidités dans le système bancaire du bloc lui ont évité une crise bien plus sérieuse.

Les coûts d'emprunt de pays en difficulté comme l'Italie ou l'Espagne ont fortement diminué et Mario Draghi a souligné que les marchés, y compris le marché interbancaire, fonctionnaient à nouveau et que les investisseurs étaient revenus sur les actifs libellés en euro.

"Tout bien considéré, nous voyons que de grands progrès ont été réalisés", a-t-il dit. "Comparez simplement la situation telle qu'elle était en novembre et ce qu'elle est aujourd'hui."

Le président de la BCE a toutefois appelé les gouvernements et les banques à prendre le relais pour conforter la convalescence des économies européennes, demandant de nouvelles avancées dans l'assainissement des finances publiques et la poursuite des réformes structurelles.

L'économie de la zone euro s'est stabilisée au cours des derniers mois, en partie grâce aux baisses de taux de novembre et de décembre de la BCE et à ses opérations massives de refinancement à long terme.

Ses marges de manoeuvre pour lutter contre la crise de la zone euro semblent désormais réduites, notamment en raison des réserves que son action suscite, notamment en Allemagne.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann a adressé un courrier à Mario Draghi le mois dernier pour lui faire part de ses inquiétudes et l'ancien responsable des études économiques de la BCE, et toujours très influent, Jürgen Starck a jugé jeudi dans un quotidien allemand que la qualité du bilan de la BCE était "épouvantable".

Jürgen Starck avait démissionné de ses fonctions au sein de la BCE l'année dernière pour protester contre des décisions dont il estimait qu'elles n'étaient pas conformes au mandat de l'institution.

"Ma relation personnelle avec Jens est excellente... Personne n'est isolé au sein du conseil des gouverneurs et la Bundesbank, en particulier, n'est pas isolée", a déclaré Mario Draghi. "Je suis vraiment très attaché à la culture et à la tradition de maintien de la stabilité des prix de la Bundesbank", a-t-il poursuivi.

Dans la lettre adressée à Mario Draghi et obtenue par le quotidien allemand des affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung, Jens Weidmann s'inquiétait des déséquilibres au sein du système de compensation interbancaire de la zone euro Target 2 et du risque qui en résulterait pour la Bundesbank, qui se trouverait exposée dans le cas d'un improbable éclatement de l'euro.

Mario Draghi s'est attaché à minimiser ces inquiétudes et s'est refusé à tout commentaire sur les progrès de l'opération d'échange de dette grecque qui doit être finalisée jeudi à 20h00 GMT au risque pour Athènes de s'exposer à un défaut de paiement.

Danielle Rouquié et Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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