La BCE reste accommodante mais ne craint plus la déflation

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 (Actualisé après la conférence de presse de Mario Draghi) 
    par Francesco Canepa et Balazs Koranyi 
    FRANCFORT, 9 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne 
(BCE) a laissé jeudi sa politique monétaire inchangée mais la 
tonalité un peu moins accommodante de son président au cours de 
sa traditionnelle conférence de presse s'est traduite par une 
appréciation de l'euro et une remontée des rendements 
obligataires qui a bénéficié aux valeurs financières.  
    Mario Draghi a souligné que la mention stipulant que le 
conseil des gouverneurs utiliserait tous les moyens à sa 
disposition en cas de besoin pour atteindre ses objectifs, qui 
figurait jusqu'à présent dans sa déclaration introductive, avait 
été supprimée.   
    "Cela a été supprimé (...) pour indiquer fondamentalement 
qu'il n'y a plus un sentiment d'urgence à prendre de nouvelles 
mesures (...) comme cela avait été motivé par les risques de 
déflation. Cela a été l'évaluation du conseil des gouverneurs", 
a déclaré Mario Draghi lors de sa conférence de presse.  
    "Je dirais que les risques de déflation ont largement 
disparu. Les anticipations d'inflation sur les marchés 
financiers ont sensiblement augmenté", a-t-il ajouté.  
    L'euro s'est apprécié après ces propos, repassant 
momentanément au-dessus de 1,06 dollar  EUR= , tandis que le 
rendement des emprunts d'Etat allemands à 10 ans  DE10YT=TWEB  a 
pris 5 points de base à 0,43%. Les Bourses européennes ont 
effacé leurs pertes à la faveur de la hausse des valeurs 
financières. 
    En Allemagne, l'institut d'études économiques Ifo et la 
fédération bancaire allemande BdB ont appelé ce jeudi la BCE à 
cesser de stimuler l'économie à coup de mesures monétaires, 
arguant du fait que l'inflation de la zone euro a atteint le 
mois dernier son objectif d'une hausse proche de 2% l'an.  
    Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait 
aussi plaidé pour un "début de sortie en temps opportun" de la 
politique monétaire ultra-accommodante.   
    La BCE a toutefois laissé ses taux directeurs inchangés et a 
confirmé la prolongation de son programme d'achats d'actifs 
jusqu'à la fin de l'année bien qu'à un rythme ralenti de 60 
milliards d'euros par mois à compter d'avril contre 80 milliards 
actuellement, comme annoncé en décembre.  
     
    PRÉVISIONS D'INFLATION RELEVÉES 
    "Si les perspectives deviennent moins favorables, ou si les 
conditions financières ne sont plus compatibles avec de nouveaux 
progrès en direction d'un ajustement durable de la trajectoire 
d'inflation, nous sommes prêts à augmenter notre programme 
d'achats en termes de taille et/ou de durée", a dit la BCE dans 
un communiqué. 
    Mario Draghi a fait état d'un relèvement des prévisions 
d'inflation de la BCE pour cette année et l'année prochaine tout 
en prévenant que cela ne modifiait pas le contexte d'ensemble.  
    "Il n'y a pas encore de signes convaincants d'une tendance 
haussière de l'inflation sous-jacente", a-t-il dit au cours de 
sa conférence de presse ajoutant qu'il s'attendait à ce qu'elle 
n'augmente "que graduellement" à moyen terme.  
    La BCE prévoit désormais 1,7% d'inflation cette année, soit 
0,4 point de plus qu'en décembre.   
    Elle s'attend toutefois à ce que l'accélération de la hausse 
des prix soit temporaire, l'effet de base de la hausse du 
pétrole s'estompant peu à peu en fin d'année. 
    L'inflation devrait ainsi revenir à 1,6% en 2018 puis 
remonter à 1,7% en 2019.  
    Les observateurs ne s'attendaient à aucune inflexion majeure 
de la politique de la BCE ce jeudi alors que se profilent aux 
Pays-Bas et en France des élections lors desquelles des partis 
ouvertement hostiles à l'euro pourraient réaliser de bons 
scores, d'autant que la reprise économique reste fragile. 
    Au vu d'une enquête Reuters publiée au début du mois, 
l'institut d'émission ne devrait pas commencer à évoquer un 
abandon progressif de sa politique monétaire ultra-accommodante 
avant la fin de l'année ou le début 2018.   
    Des membres de la banque centrale ont laissé entendre 
jusqu'à présent qu'il faudrait attendre au moins jusqu'en juin 
avant que celle-ci commence à débattre d'une éventuelle 
modification des taux, qui pourrait n'intervenir qu'après les 
élections législatives allemandes de septembre. 
 
 (Wilfrid Exbrayat, Bertrand Boucey et Marc Joanny pour le 
service français) 
 

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