La BCE pourrait agir pour éviter la thésaurisation

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NOUVELLES MESURES ENVISAGÉES PAR LA BCE POUR SOUTENIR L'ÉCONOMIE
NOUVELLES MESURES ENVISAGÉES PAR LA BCE POUR SOUTENIR L'ÉCONOMIE

par Paul Carrel et Martin Santa

FRANCFORT (Reuters) - Plusieurs responsables de la Banque centrale européenne (BCE) ont évoqué jeudi la possibilité de nouvelles mesures pour soutenir l'économie de la zone euro, la décision de la BCE de ramener à zéro le taux de sa facilité de dépôt n'ayant pas suffi à inciter les banques à prêter davantage.

La décision de la BCE de ramener le taux de la facilité de dépôt de 0,25% à 0%, une première dans son histoire, et le taux de refinancement de 1% à 0,75% visait à redynamiser l'activité économique de la région.

L'institution espérait que cette initiative, qui signifie que les dépôts des banques effectués à la BCE ne leur rapportent rien, favoriserait la relance du marché des prêts interbancaires en encourageant les banques à se prêter entre elles.

La décision a certes eu un impact immédiat, les banques réduisant de moitié le montant des liquidités déposées auprès de la BCE. Mais ces dernières n'ont nullement semblé utiliser ces liquidités pour prêter davantage ou pour acheter des titres souverains de pays européens en difficulté.

Au lieu de cela, les banques ont transféré leurs liquidités d'un compte à l'autre de la banque centrale. Environ 500 milliards d'euros ont ainsi transité de la facilité de dépôts au jour le jour de la BCE vers les comptes courants des banques auprès de l'institution.

"C'est juste un transfert de liquidités d'un endroit à l'autre et finalement c'est un jeu à somme nulle", a estimé Simon Peck, analyste taux chez RBS.

Les liquidités déposées auprès de la facilité des comptes courants - qui ne procure également aucun rendement mais qui est plus simple à utiliser - sont passées entre mardi et mercredi de 74 milliards d'euros à 540 milliards d'euros.

Dans le même laps de temps, les dépôts au jour le jour des banques ont été ramenés à 325 milliards d'euros contre un peu plus de 800 milliards mardi, reflétant pratiquement le même montant qui est venu gonfler la facilité des comptes courants. (Données détaillées sur)

NOUVELLES MESURES ENVISAGÉES

La baisse du montant des liquidités déposées au jour le jour auprès de la BCE a été jugée "encourageante" par Josef Bonnici, l'un des membres du Conseil des gouverneurs de la BCE.

"Le fait que le taux de dépôt ait été ramené à zéro constitue une incitation pour le système bancaire à rechercher les alternatives dont il dispose pour améliorer ses résultats", a-t-il dit à des journalistes en marge d'une conférence à Casablanca. "Cela pourrait se traduire par une hausse des emprunts, notamment dans certains Etats membres."

Toutefois, d'autres responsables de la banque centrale, plus sceptiques, ont appelé à prendre de nouvelles mesures.

Le président de la BCE, Mario Draghi a ainsi dit s'attendre à un impact limité sur le marché interbancaire. Lundi, il avait laissé la porte ouverte à de nouvelles baisses des taux.

"Si la situation devait se détériorer, il n'y a rien qui nous empêcherait d'aller sous 0,75% (pour le taux de refinancement)", a de son côté indiqué Klaas Knot au Financial Times Deutschland dans un entretien à paraître vendredi.

Klaas Knot est pourtant réputé comme étant l'un des membres de la BCE le plus attaché à la lutte contre l'inflation. Son commentaire pourrait donc laisser présager d'une nouvelle baisse des taux de la banque centrale, déjà ramenés à des plus bas historiques la semaine dernière.

Un autre membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, l'Autrichien Ewald Nowotny, a indiqué que "les perspectives de croissance en Europe se détérioraient".

"À travers l'Union européenne et la zone euro, nous avons une différentiation croissante sur les évolutions des taux", a-t-il ajouté.

Klaas Knot a également soulevé la possibilité que la BCE abaisse son taux de facilité de dépôts pour le faire passer en territoire négatif. Les banques devraient alors payer pour que la banque centrale conserve leurs liquidités.

"Nous devrions tirer des leçons des expériences d'autres pays avec des taux d'intérêt négatifs avant de décider s'il s'agit d'une option pour nous", a-t-il dit.

Certains analystes restaient néanmoins pessimistes sur le fait que cela puisse inciter les banques à prêter davantage.

"Les liquidités resteront amples mais seront coincées dans les comptes courants", a estimé Patrick Jacq, responsable de la stratégie taux en Europe chez BNP Paribas.

"(Pour que cela change), il faut une nette amélioration des conditions mondiales, pas seulement sur les marchés monétaires, mais sur la dette souveraine, l'économie. (...) Cela prendra du temps avant que le marché monétaire et toute l'activité des marchés ne reviennent à la normale".

Avec Sakari Suoninen à Casablanca et Marc Jones à Francfort, Blandine Hénault et Marc Angrand pour le service français, édité par Natalie Huet

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  • pstl le jeudi 12 juil 2012 à 20:52

    tout ca est pour dire à quel point les décisions prises manquent de reflexion sur les conséquences ensuite ... y'a du boulot avant d'avoir des pros capables d'utiliser les bons leviers ... encore une somme d'incompétents surpayés