La BCE pointe du doigt des « fuites d'informations » fréquentes sur les marchés boursiers américains

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Certaines statistiques économiques américaines seraient souvent connues d'avance par certains investisseurs avant leur publication officielle, souligne la BCE.
Certaines statistiques économiques américaines seraient souvent connues d'avance par certains investisseurs avant leur publication officielle, souligne la BCE.

Dans un rapport publié lundi 2 mai, la BCE pointe du doigt l’existence de « fuites d’informations » sur certaines données impactant les marchés financiers américains. Un tiers des publications économiques les plus impactantes auraient fait l’objet de fuites dont auraient tiré profit des traders informés en amont.

Publié de manière très discrète, le rapport a de la BCE dont il est question a été repéré lundi 2 mai par le site d’information américain CNBC qui en a fait ses gros titres sur son site Internet.

Dans cette étude, la BCE s’intéresse aux marchés financiers américains et à ses dysfonctionnements. La BCE a étudié l’évolution des indices boursiers et du prix d’échange des obligations d’Etat américaines avant, pendant et après l’annonce de publications économiques impactant significativement ces marchés.

Les « publications économiques » dont il est question sont les suivantes : « les chiffres de l’emploi, les permis de construire, les ventes de biens immobiliers dans l’ancien, l’indice ISM non-manufacturier, les ventes globales de logements et l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan », détaille le rapport.

Toutes ces statistiques sont en effet suivies par les investisseurs les plus actifs sur les marchés, et peuvent participer à faire décoller ou plonger les indices boursiers américains lorsque ces publications surprennent par rapport aux prévisions qui en sont faites.

Des « fuites de données » ont été observées pour un tiers des publications

Les conclusions du rapport de la BCE sont sans appel, et pointent du doigt l’existence persistante de mauvaises pratiques au sein des salles de marché en termes d’accès à l’information.

La phrase qui marque les esprits dans ce rapport est la suivante : « Seven out of 21 market-moving announcements show evidence of substantial informed trading before the official release time » (« sept des 21 annonces ayant provoqué des mouvements de marchés ont fait l’objet de fuites d’informations substantielles avant le moment officiel de leur publication »).

Dans ces cas clairement identifiés, « les prix ont commencé à évoluer dans la "bonne" direction environ 30 minutes avant le moment de la publication » observe la BCE, qui y voit un phénomène suspect. Dans les sept cas en question, « l’évolution des prix avant les annonces représente en moyenne la moitié de l’ajustement total des prix ».

Pour la BCE, « Ces résultats impliquent que certains traders ont des informations privées [comprendre : privilégiées] au sujet des fondamentaux macroéconomiques ». Un tiers des grandes statistiques économiques attendues aux Etats-Unis feraient ainsi l’objet d’informations connues en amont par certains investisseurs.

La BCE relativise légèrement son propos en soulignant qu’il reste possible que certains traders parviennent parfois à estimer avec justesse, par eux-mêmes, l’orientation à venir des statistiques économiques. Mais pas au point qu’un tiers des annonces « non conformes aux attentes » parviennent à être correctement anticipées.

Ce chiffre d’un tiers de statistiques économiques sujettes à des « fuites de données » varie en fonction des marchés étudiés (actions / obligations) et des statistiques en question. La BCE détaille ces éléments à travers un certain nombre de tableaux de régression et d’expressions mathématisées dans son étude en anglais, accessible en ligne.

La BCE, qui réalise cette même étude depuis plusieurs années, note dans ses conclusions que l’ampleur de ce type de dysfonctionnement de marché s’est accrue depuis 2007.

Les sites américains ayant repris l’information soulignent que cette étude pourrait provoquer une réaction du régulateur des marchés américains, la SEC, qui pourrait essayer d’y voir plus clair sur l’origine de ce phénomène, et sévir en conséquence.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • e.leliev il y a 7 mois

    Non ! C'est pas vrai ? "on m'aurait trompé à l'insu de mon propre gré" ??

  • frk987 il y a 7 mois

    Quel scoop !!!!

  • trebi il y a 7 mois

    Les lois, les règles et le système sont faits par les gens qui nous dirigent afin de mieux gérer et exploiter les petites gens et ici les petits investisseurs.

  • mlaure13 il y a 7 mois

    Toute notre vie n'est que pure illusion et mascarade théâtrale...:-(((

  • trebi il y a 7 mois

    On a beau parler d'économie de marché concurrentielle, de marchés financiers transparents, tout cela n'est que pure illusion.

  • trebi il y a 7 mois

    Encore une démonstration que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne.

  • trebi il y a 7 mois

    C'est les petits investisseurs qui subissent les marchés et qui paient le prix très souvent. Les dés sont pipés.

  • OSS119 il y a 7 mois

    La BCE le constate depuis 2007 (au moins...), et aucune supervision ? La FED et la SEC ne le constatent pas ? Et que dire alors des publications sur les entreprises ! C'est le délit d'initiés permanent !

  • 23425c il y a 7 mois

    Contrarement à l'AMF cette institution inéfficace selon moi et qui nous coute cher, si SEC va mettre son nez dans ces "fuites" les traders qui se sont enrichis de façon illégale, vont dérouiller. Affaire à suivre...

  • mlaure13 il y a 7 mois

    Des secrets de Polichinelle feraient-ils surface...???...:-(((