« La BCE ne bougera pas, dommage ! » par Véronique Riches-Flores du Cercle des analystes indépendants

le
11

Le retour de la croissance n'offre aucune garantie d'échapper à la déflation selon Véronique Riches-Flores.
Le retour de la croissance n'offre aucune garantie d'échapper à la déflation selon Véronique Riches-Flores.

A l'instar des autres grandes banques centrales, la BCE a les moyens d'engager une politique monétaire plus agressive pour enrayer le risque de déflation. Mais les réticences restent hélas trop fortes déplore Véronique Riches-Flores, économiste (Riches-Flores Research) et membre du Cercle des analystes indépendants.

L'Allemagne ayant levé son veto à des achats de titres de la dette publique par la banque centrale, à travers les propos du Président de la Bundesbank la semaine dernière, la BCE aurait potentiellement les moyens d'actionner une politique monétaire plus agressive que ce qu'elle a fait jusqu'à présent pour contrer le risque de déflation auquel est confrontée la zone euro. Le fera-t-elle dès demain ? C'est peu probable. Cela pour plusieurs raisons :

- La première est d'ordre culturel. De telles pratiques sont tellement éloignées de la philosop hie de la Banque Centrale Européenne qu'il se passera forcément du temps entre leur acceptation et le passage à l'acte éventuel.

- La seconde est d'ordre conjoncturel. L'idée, selon laquelle le retour de la croissance suffira à normaliser l'inflation est encore très forte au sein de la BCE, en témoignent ses prévisions de début mars. L'embellie récente des indicateurs ne l'incite ainsi certainement pas à aller dans le sens d'une action supplémentaire.

- La troisième est d'ordre presque moral. La crise souveraine étant perçue comme le résultat de la négligence des États, ces derniers doivent assumer. Dans l'esprit de la BCE, les aider les inciterait à relâcher les efforts en cours, elle ne le souhaite pas.

Nous sommes évidemment en désaccord avec chacun de ces points.

Avec le premier tout d'abord, qui depuis le début de la crise conduit irrémédiablement la BCE à, systématiquement, agir avec tellement de retard que l'effet de ses actions s'en trouve dilué et largement réduit.

Avec le second, le retour de la croissance n'offrant aucune garantie de pouvoir chasser la déflation. En témoigne l'expérience japonaise, où croissance économique et déflation se sont entremêlées pendant plus de dix ans. Fin 2000-début 2001, lors du premier pic de déflation enregistré par ce pays, le PIB japonais avait à son actif quatre trimestres consécutifs de progression et affichait une croissance annuelle de plus de 2 % ; en 2010, lors du second pic déflationniste, le PIB nippon, alors en phase de rattrapage, progressait de plus de 5 % l'an quand l'inflation hors énergie et produits frais commençait seulement à marquer les effets de la crise et chutait jusqu'à 1,5 % l'an. Il faudrait assurément une croissance bien plus forte que celle aujourd'hui escomptée en zone euro pour pouvoir prendre le pari d'une éradication naturelle des forces déflationnistes en place.

La troisième raison n'est pas cohérente avec la volonté de lutter contre le risque de déflation qui trouve sans doute la plus robuste de ses racines dans des politiques pro-cycliques à l'œuvre depuis plus de deux ans dans les pays du sud tout d'abord puis, plus récemment en France. La BCE ne peut effectivement pas tout faire seule, elle a besoin d'une orientation budgétaire plus souple de la Commission Européenne.

Quoiqu'il en soit, la BCE ne modifiera probablement pas sa politique à brève échéance et nous le déplorons. Car, si les actions quantitatives ne sont pas la panacée, un rachat massif d'obligations souveraines, à l'instar de ce qu'ont fait la Fed, la Banque du Japon ou la Banque d'Angleterre ces dernières années pourrait :

Provoquer une baisse additionnelle des taux de financement auxquels les États de la région se financent, avec pour conséquence d'alléger leur charge d'intérêts

Assécher les marchés des titres souverains, ce qui serait susceptible 1/ de freiner les entrées de capitaux, donc de faire refluer le cours de l'euro, 2/ d'inciter les banques à placer leurs liquidités ailleurs que sur les actifs grassement rémunérés, avec une chance éventuelle de doper l'offre de crédit à l'économie au moment où les perspectives économiques sont elles-mêmes moins alarmantes.

Permettre de jouer à armes égales avec les autres grandes banques centrales mondiales et protéger la région du risque d'une dangereuse spirale à l'appréciation du change de l'euro.

Transférer de la sorte au reste du monde une partie des pressions concurrentielles dont souffrent les entreprises de la région, réduisant de facto les pressions déflationnistes tout en et instillant un peu d'inflation importée à l'intérieur de la zone euro...

... En somme une politique d'accompagnement de la reprise susceptible, en effet, d'améliorer durablement les perspectives de la région. Dommage !

Véronique Riches-Flores

 

« La BCE ne bougera pas, dommage ! » par Véronique Riches-Flores du Cercle des analystes indépendan
« La BCE ne bougera pas, dommage ! » par Véronique Riches-Flores du Cercle des analystes indépendants

 

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M9385839 le samedi 5 avr 2014 à 13:40

    L EURO EST TROP FORT??? LOL annonce gratuite, airbus n a jamais vendu autant d avions.....ceci n est que propagande mme pas étayée par des chiffres.tu répète bêtement le discours DE ts nos medias et economistes payés par les banques ou l etat...NEU NEU.

  • M7414218 le samedi 5 avr 2014 à 13:30

    en attendant, l´euro est trop fort et nuit gravement à la compétitivité de la zone, donc à l´emploi, donc à la consommation, etc..

  • M9385839 le vendredi 4 avr 2014 à 17:08

    elle travaille pour la SG, donc en quoi elle est independante??????

  • patydoc le vendredi 4 avr 2014 à 16:07

    Pourquoi donnez vous toujours la parole à ces néo keynésiens incompétents qui prône le laxisme et la lâcheté, et jamais aux économistes "classiques" rigoureux ? Posez-vous la question !

  • M4145072 le jeudi 3 avr 2014 à 17:59

    Il y en a assez de tous ces observateurs et autres commentateurs qui donnent des leçons à des gens qu'ils ne seraient de toute façon pas capables de remplacer.

  • remimar3 le jeudi 3 avr 2014 à 16:55

    Les bonnes raisons sont les suivantes : si on laisse la bride sur le cou à certains états, il va se passer la même chose que ce qui s'est produit 5 ans plus tôt -> laisser filer les déficits en espérant que la croissance va compenser. On connaît par exemple les exagérations espagnoles : bulle d'endettement pour de l'immobilier surévalué, aéroport inutile financé à perte. Et en France : maintien d'une croissance artificielle aux prix d'un endettement de 600 milliards supplémentaires...

  • mlaure13 le jeudi 3 avr 2014 à 16:54

    Peut-être que la priorité doit-être donnée à l'Amérique...et non à l'Europe ?...L'Amérique étant la seule encore aujourd'hui, à pouvoir garantir un peu de liberté sur la planète...et tout ça, a un coût !!!...

  • motz le jeudi 3 avr 2014 à 16:30

    ..."cercle"..déjà veut tout dire ! Les cercles divers et variés d'économistes rémunérés par les organismes public passent leur temps a imputer la faute ..aux autres...typiquement français

  • deltafin le jeudi 3 avr 2014 à 15:49

    La BCE considère que la faible inflation dans la zone euro provient du fait que 70% celle-ci est consécutive à la baisse des prix de l'énergie et des matières premières dans le monde. S'agissant de causes exogènes, la BCE ne craint pas la déflation et donc, rien ne justifie, pour l'instant, une modification de sa politique.

  • tmoyer le jeudi 3 avr 2014 à 13:28

    le graph ne permet pas de soutenir la théorie. si on regarde, on voit bien que l'inflation remonte systématiquement après chaque série de trimestres de croissance; seulement, il y a un effet d'hystérèse, quelques trimestres de décalage, qu'est ce que ça donne si on calcule une corrélation en décalé?