La BCE mise sur l'euro pour l'aider à relancer l'économie

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par John O'Donnell et Paul Carrel FRANCFORT, 7 octobre (Reuters) - Confrontée à une économie de la zone euro atone et à une stagnation des prix, la Banque centrale européenne (BCE) espère obtenir une bouffée d'oxygène d'une manette qu'elle ne peut pas elle-même directement activer : la valeur de l'euro. Dans ce contexte, la BCE commence à employer des tactiques similaires à celles de la Réserve fédérale américaine, à savoir injecter en masse de la liquidité bon marché en espérant que cela redonnera des couleurs à l'économie. Le résultat de la méthode est au mieux incertain. Mais un élément peut toutefois jouer en faveur de la zone euro: au moment où la BCE semble s'orienter vers un véritable assouplissement quantitatif (QE), la Fed prend le chemin inverse, ce qui pourrait la conduire à relever l'an prochain les taux d'intérêt. Un message totalement reçu par les marchés, qui s'est traduit depuis mai par une flambée du dollar contre l'euro EUR= , une aubaine pour l'économie de la zone euro. Pour Richard Barwell, économiste de RBS, faire baisser la monnaie est "le meilleur antidote connu à la désinflation". Une baisse de l'euro renchérit en effet le coût des importations ce qui se traduit mécaniquement une hausse globale des prix. L'inflation de 0,3% en septembre dans la zone euro reste encore éloignée du taux d'un peu moins de 2% visé par la BCE. Ce coup de fouet aux exportations permet ainsi d'augmenter le taux d'utilisation des capacités de production des entreprises de la zone euro pour faire face à la demande. Le président de la BCE Mario Draghi insiste sur le fait que l'institut d'émission n'a pas d'objectif pour le taux de change, soucieux de ne pas se voir accuser par les Etats-Unis et d'autres de pratiquer une politique de dévaluation compétitive. Toutefois, Mario Draghi a laissé entendre la semaine dernière qu'il pourrait y avoir du changement, en faisant état de "divergences significatives et croissantes des cycles de politique monétaire entre les grandes puissances économiques". Pour les marchés financiers, cela revenait à encourager tacitement la baisse d'un euro déjà proche de ses plus bas niveaux en deux ans. L'EXEMPLE BRITANNIQUE La Grande-Bretagne est un bon exemple de ce qui pourrait se produire par la suite. L'effet sur l'économie de la forte baisse de la livre sterling contre le dollar GBP= juste avant le début de la crise financière - de plus de deux dollars à la mi-2008 à 1,35 environ début 2009 - s'était rapidement fait sentir. Les prix de détail sont passés d'une hausse de 1,1% en septembre 2009 à 5,2% deux ans plus tard, en grande partie en raison des effets de change. Ce constat rend bon nombre de responsables de la BCE, relativement optimistes, étant donné que l'euro est déjà tombé de près de 1,40 dollar en mai à 1,26 environ actuellement. La BCE a publié en septembre un rapport étudiant "une voie alternative pour l'euro", à savoir une baisse de sa valeur à 1,24 dollar d'ici 2016, un objectif presque atteint. Le PIB de la zone euro (8.500 milliards d'euros) s'en trouverait augmenté de 0,3% en 2015 et en 2016, sur la base d'une hausse de 0,3 point de l'inflation. Certains prédisent un recul encore plus marqué de l'euro, et donc un coup de fouet plus cinglant à l'économie. Deutsche Bank estime ainsi que l'euro pourrait tomber sous la barre d'un dollar d'ici la fin 2017. NÉCESSAIRE MAIS PAS SUFFISANTE Certains économistes mettent toutefois en garde contre tout excès d'optimiste, soulignant que comme en Grande-Bretagne, d'autres mesures seront nécessaires pour obtenir une croissance durable. "La dépréciation de l'euro est nécessaire mais pas suffisante", résume ainsi Paul De Grauwe, économiste de la London School of Economics. "Il faut autre chose, de l'investissement par exemple". De surcroît, la baisse de l'euro aidera les exportateurs dans les marchés extérieurs mais elle n'est d'aucune utilité pour les échanges réalisés à l'intérieur même de la zone euro. "Il faut que la demande intérieure augmente et de ce point de vue, ce ne sont pas les obstacles qui manquent", constate Santagio Carbo-Valverde, économiste de la Bangor University britannique. "On peut bien sûr vendre à la Chine mais on a besoin de la zone euro". Mario Draghi est bien conscient que jouer sur le taux de change ne suffira pas. Il exhorte sans cesse les Etats de la zone euro à réformer leurs économies en réduisant la fiscalité et en rendant le marché du travail plus flexible. En vain, le plus souvent, comme le montre par exemple le projet de loi de Finances 2015 présenté par la France. ID:nL6N0S20FK Ainsi, même avec une forte baisse de l'euro, la BCE ne devrait pas pouvoir échapper à un programme de QE passant par le rachat de créances obligataires souveraines. "Lorsqu'une monnaie gagne c'est au détriment d'une autre. Cela ne change rien au panorama de l'économie mondiale et au problème de la faible croissance européenne", estime Hung Tran, l'un des responsables de l'Institut de la Finance internationale, un organisme représentant les banques et les établissements financiers. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot)


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  • retornaz le mardi 7 oct 2014 à 16:27

    Revers de la médaille : en réévaluant le $, ne va t on pas gripper un des rares moteurs qui fonctionne et qui tire tous les autres pays ?