La BCE ignore les appels à plus de soutien à la zone euro

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La BCE ignore les appels à plus de soutien à la zone euro
La BCE ignore les appels à plus de soutien à la zone euro

par Mark Felsenthal

WASHINGTON (Reuters) - Les responsables de la Banque centrale européenne (BCE) n'ont montré ce week-end aucun signe de fléchissement face à la pression internationale croissante qui voudrait voir l'institution de Francfort faire davantage pour soutenir l'économie de la zone euro.

Les plus hauts membres de la BCE, qui participaient aux réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) ont poliment mais fermement rejeté la suggestion du FMI, qui souhaiterait voir l'institution monétaire abaisser son taux d'intérêt directeur sous 1% et se préparer à fournir de nouvelles liquidités aux banques pour limiter le risque d'une résurgence de la crise de la zone euro.

"(...) Nous en prenons note, mais laissez-moi vous dire qu'aucune des recommandations du FMI n'a été discutée par le conseil des gouverneurs, du moins ces derniers temps", a déclaré vendredi le président de la BCE Mario Draghi lors d'une conférence de presse.

La délégation de la BCE à Washington n'avait quant à elle rien à dire, du moins publiquement, à propos de la suggestion du secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner, qui voudrait voir l'institution de Francfort jouer un rôle de soutien aux économies fragilisées de la zone euro.

"Le succès de la prochaine phase de la réponse à la crise dépendra de la volonté et de la capacité de l'Europe, de concert avec la BCE, à utiliser ses outils (...) agressivement pour soutenir les pays pendant qu'ils mettent en oeuvre leurs réformes", a déclaré Timothy Geithner devant le conseil du FMI.

Mais les responsables de la BCE estiment en avoir fait suffisamment en abaissant le principal taux directeur à 1% et en procédant à deux opérations de refinancement à long terme qui ont injecté quelque 1.000 milliards d'euros dans le système bancaire de la région avec l'objectif d'éviter un tarissement du crédit. Et ils redoutent que les mesures sans précédent menées jusqu'à présent ne nourrissent un rebond de l'inflation.

L'AUSTÉRITÉ AUX DÉPENS DE LA CROISSANCE ?

"Nous pensons avoir fait notre travail au cours des derniers mois, par le grand nombre de mesures conventionnelles et non-conventionnelles que nous avons prises", a plaidé vendredi Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, en marge des réunions du FMI.

Il a estimé que la balle était à présent dans le camp des gouvernements de la zone euro, qui tentent de réduire leurs déficits budgétaires et de réformer leurs économies pour regagner la confiance des marchés et renouer avec la croissance.

Les économistes interrogés par Reuters s'attendent à ce que l'économie de la zone euro se contracte de 0,4% cette année puis connaisse une récession modérée jusqu'au troisième trimestre à mesure que la faiblesse de l'Italie, de l'Espagne et de la Grèce éclipse les performances plus solides des moteurs de la région que sont l'Allemagne et la France.

"L'orientation de notre politique monétaire est pleinement adéquate", a déclaré le vice-président de la BCE Vitor Constancio dans un discours. "Elle est adaptée à la situation et aux perspectives auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés."

Le président de la Banque de France, Christian Noyer, a rejeté l'idée que la BCE soit le sauveur de la zone euro, tout comme son homologue de la Bundesbank, Jens Weidmann.

"Vous ne pouvez pas résoudre les problèmes structurels de l'économie avec des instruments de politique monétaire", a déclaré Jens Weidmann.

Alors que les pays de la zone euro tentent d'assainir leurs finances publiques par de larges coupes budgétaires, la BCE est perçue par beaucoup comme étant la seule institution capable de prendre des mesures en soutien à la croissance dans la région.

Le conseil du FMI a souligné que les mesures d'assainissement budgétaire dans la zone euro devaient être mesurées, afin de ne pas saper la croissance et risquer ainsi de creuser encore plus les déficits - un équilibre délicat que l'Espagne et l'Italie tentent aujourd'hui de trouver.

"Les pays étaient plutôt divisés à ce propos. Les pays européens pensent majoritairement que vous avez simplement besoin de mettre en oeuvre la consolidation budgétaire et que les économies s'ajusteront ensuite", a commenté le ministre brésilien des Finances Guido Mantega.

Natalie Huet pour le service français

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